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Culture

À 66 ans, le philosophe polémique Alain Finkielkraut devient Immortel

© AFP Archives | Le philosophe français Alain Finkielkraut, le 16 juin 2015, à Paris.

Texte par Sarah LEDUC

Dernière modification : 29/01/2016

Le philosophe français Alain Finkielkraut a fait son entrée à l'Académie française, jeudi 28 janvier. La candidature de cette personnalité "clivante", régulièrement taxée de "néoréactionnaire" par ses détracteurs, avait divisé les Immortels.

"C’est à ne pas y croire", a déclaré le philosophe Alain Finkielkraut dans son discours d’intronisation à l’Académie française. C’est aussi ce que pensaient ses détracteurs, lors de son élection plus que controversée, il y a vingt mois, à la prestigieuse institution. Pourtant les voix discordantes se sont tues, du moins le temps de la cérémonie qui a réuni, jeudi 28 janvier quai de Conti, à Paris, les Académiciens au grand complet ainsi que le Premier ministre Manuel Valls.

"C'est aux miens que je pense", a poursuivi, ému, Alain Finkielkraut, en préambule de son discours. "À mes parents bien sûr, qui ne sont pas là pour connaître ce bonheur : l'entrée de leur fils à l'Académie française alors que le mérite leur en revient", a ajouté le philosophe, connu pour ses emportements et son ardeur à défendre l'identité française ou l'école républicaine.

Une élection qui a fait grincer des dents

Son élection n’allait pas de soi. Si l’auteur de "l’identité malheureuse" a été désigné au premier tour par 16 voix sur 28 en avril 2014, son nom avait été barré d’une croix, en signe de désaveu, sur huit bulletins. La candidature du polémiste, régulièrement taxé de "néoréactionnaire" notamment pour ses plaidoyers contre l’islam, ses saillies sur le délitement de l’école ou sur l’identité nationale, a divisé le petit monde des Immortels.

>> À lire sur France 24 : "Immigration : les approximations d'Alain Finkielkraut"

Ses détracteurs ont dénoncé une personnalité "trop clivante", certains allant jusqu'à évoquer l'entrée à l'Académie du Front national. Les Académiciens Dominique Fernandez, Angelo Rinaldi, François Weyergans ou Michel Serres, notamment, étaient monté au front contre son arrivée, l’accusant de racisme et d’homophobie. Dominique Fernandez, dans un entretien à la revue Transfuge, l’avait qualifié "d’immonde".

D’autres au contraire ont vigoureusement plaidé sa cause. Ses partisans, dont Max Gallo, Frédéric Vitoux, Pierre Nora, Jean D’Ormesson, ou Hélène Carrère d'Encausse, secrétaire perpétuelle de l'institution fondée en 1635, ont défendu un "intellectuel incontournable" au "profil idéal". Cela n’allait pas de soi, mais ils ont finalement eu gain de cause.

Un hommage contre-nature

"Finki" a un peu hésité avant d’accepter son siège sous la coupole. D'autres l'avaient refusé avant lui.  Mais finalement, l'ancien mao a enfilé le costume un peu pompeux, jugeant après tout que l'Académie incarne "la résistance de la civilisation" face à "une nouvelle élite arrogante et barbare". Il s’est même plié à la tradition : faire l’éloge de son prédécesseur, Félicien Marceau (condamné pour collaboration). L’exercice n’avait rien d’évident pour le nouvel Académicien, descendant de juifs polonais, dont le père fut rescapé du camp d'Auschwitz.

Écrivain célèbre en son temps, Félicien Marceau fut aussi collaborateur pendant la Seconde guerre mondiale. Condamné par contumace en 1946 à quinze ans de travaux forcés, ce dernier fut déchu de sa nationalité belge, avant que le général de Gaulle ne lui accorde la nationalité française. Son élection en 1975 avait poussé le poète et résistant, Pierre Emmanuel, à annoncer sa démission de la Coupole.

Après avoir mené son enquête, et lu tous les livres du dramaturge à succès, l’auteur du "Juif imaginaire", a trouvé la parade. "Un défenseur exalté de l'identité nationale, oublieux de ses origines vagabondes et astreint à faire l'éloge d'un collabo : il n'y a pas de hasard, pensent nos vigilants, et ils se frottent les mains, ils se lèchent les babines", a déclamé Finkielkraut qui a su trouver dans cet éloge imposé les ressources d’une dramatisation bien tournée.

Car "Finki" se moque bien des procès et des critiques de la doxa bien-pensante, des "collabos de la modernité", lovés dans ce qu'il considère comme "la paresse de la pensée". Sur la symbolique épée de l’Académie française, il a fait graver une vache, un Aleph – la première lettre de l’alphabet hébraïque – et cette citation de Charles Péguy : "La République Une et indivisible, notre royaume de France", comme autant de signes de son engagement intellectuel. Il a désormais une épée pour se défendre.

 

Première publication : 28/01/2016

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