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Economie

Espace Schengen : rétablir des frontières n'est pas gratuit

© Sakis Mitrolidis, AFP | Des migrants attendent de pouvoir passer la frontière entre la Grèce et la Macédoine.

Texte par Sébastian SEIBT

Dernière modification : 29/01/2016

Face à la crise des réfugiés, la tentation de rétablir des frontières au sein même de l’espace Schengen gagne du terrain. Du point de vue économique, en finir avec la libre circulation des personnes n’est pas un bon calcul.

De la crise des réfugiés à la crise de l’espace Schengen. L’afflux de migrants et les difficultés des pays européens à y faire face a mené ces dernières semaines plusieurs gouvernements et responsables politiques à remettre en question la libre circulation des personnes en Europe ces dernières semaines.

Pour l’instant, certains pays – dont l’Allemagne, l’Autriche ou encore la Suède – ont rétabli temporairement les frontières en accord avec les protocoles de Schengen. La France, pour des raisons liés aux attentats parisiens, a aussi réintroduit les contrôles aux frontières. De son côté, la Commission européenne a officiellement averti, mercredi 27 janvier, la Grèce qu’elle devait mieux contrôler l’arrivée des migrants sans quoi l’Europe serait contraint d’isoler le pays pendant deux ans.

Contrecoup économique du repli sur soi

Ce cordon sanitaire, prévu à l’article 26 des règles de Schengen, permettrait "à l’Allemagne et à l’Autriche de continuer à exercer des contrôles aux frontières au-delà du mois de mai, sans pour autant être en infraction avec le code de Schengen", explique à France 24 Yves Pascouau, spécialiste des migrations au sein du cercle de réflexion European Policy Centre.

L’air du temps n’est donc plus à la libre circulation des personnes. L'impression qui s’en dégage est qu’avec le grand retour des douanes et des gardes frontières, comme avant l’entrée en vigueur du protocole de Schengen en 1995, le flux des migrants serait plus facile à contrôler et la menace terroriste moins prégnante. Mais il y a un revers à ce rétablissement des frontières.

"On oublie à quel point Schengen a vraiment contribué au développement humain et économique du continent", rappelle Yves Pascouau. L’exemple classique concerne les frontaliers qui sont "les principaux bénéficiaires de l'ouverture des frontières", soulignent plusieurs économistes allemands dans un rapport de 2014 sur les "30 ans de Schengen" [le premier accord a été signé en 1985, NDLR]. "40 % de la population active luxembourgeoise a une activité dans plusieurs pays et le pouvoir d’achat des frontaliers est en moyenne plus élevé que les autres", assurent les auteurs du rapport.

Un retour des frontières ne leur ferait pas de bien au portefeuille. Mais ce n’est que l’illustration du contrecoup économique général d’un repli sur soi. "Certes, Schengen ne concerne pas directement les marchandises, mais les individus ont une valeur économique intrinsèque et s’ils ont de nouveau à attendre aux frontières, cela va affecter négativement les déplacements des travailleurs et des touristes", note Evelien Brouwer, juriste néerlandaise spécialiste du droit communautaire et des droits de l’Homme.

Et la sécurité aux frontières ?

Le transport des biens est aussi tributaire de l’ouverture des frontières. "Plus de 50 % de l’ensemble des marchandises circulent par voie routière et la fin de l’espace Schengen rallongerait les délais à cause de l’attente aux frontières, ce qui implique de mobiliser plus longtemps le matériel et les chauffeurs. Ce temps supplémentaire a un coût qui serait très certainement répercuté sur les prix appliqués aux consommateurs", détaille Yves Pascouau.

La liberté de circulation des personnes a également profité au commerce intra-espace Schengen d’une autre manière. "La facilité d’aller d'un pays à l’autre a permis aux résidents de découvrir des articles dans d'autres pays qu'ils aimeraient bien importer, et a aussi renforcé la confiance entre les partenaires commerciaux", résume une étude publiée par deux économistes américains en 2014 sur les "effets positifs de Schengen sur le commerce". Le président de la Commission européenne, Jean-Claude Juncker, s'est même livré à un pronostic : le contrôle aux frontières intérieures coûterait trois milliards d'euros en temps perdu à attendre et en impact sur le transport des marchandise.

Pour rétablir ces frontières, les États dépenseraient en outre "une fortune", affirme à Libération un diplomate français. Il y aurait toute une infrastructure à reconstruire, qui passerait par le doublement des effectifs de police de l’air et des frontières et la remise en état de guérites qui ne servait plus depuis des décennies. Sans compter tout un système informatique à déployer à grande échelle. Pas sûr que les budgets déjà très serrés des États européens y survivent.

Mais cet effort pourrait être nécessaire s’il permettait de renforcer la sécurité aux frontières en ces temps de menace terroriste. C'est en tout cas, la position française. Mais, mettre un terme à Schengen signifierait aussi se priver d’un système de communication entre les services de polices européens. En effet, les règles permettent "l'échange d’informations concernant des papiers d'identité et voitures volés, de mandats d’arrêt ou encore de personnes soumises à des interdictions de territoire", souligne Evelien Brouwer. C'était l'un des rares outils à disposition des autorités dans un espace souvent critiqué pour son manque de coopération policière.

Première publication : 29/01/2016

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