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FRANCE

Christiane Taubira publie un réquisitoire contre la déchéance de nationalité

© Jewel Samad, AFP | L'ex-Garde des Sceaux Christiane Taubira lors d'une conférence à New York, le 29 janvier 2016.

Texte par FRANCE 24

Dernière modification : 01/02/2016

Quatre jours avant que l'Assemblée nationale ne commence à débattre de la réforme constitutionnelle, l'ex-garde des Sceaux, Christiane Taubira, publie "Murmures pour la jeunesse", un réquisitoire contre la déchéance de nationalité.

Lors d'une allocation à la New York University (NYU), Christiane Taubira avait réaffirmé, vendredi 31 janvier, qu'elle resterait "loyale" au président François Hollande. Le mardi 2 février, l’ancienne garde des Sceaux sortira pourtant en librairie "Murmures à la jeunesse" (Éditions Philippe Rey), un livre réquisitoire dans lequel elle réaffirme haut et fort son opposition à la déchéance de nationalité, ce projet de l'exécutif qui a motivé son départ du gouvernement.

"Céder à la coulée d'angoisse et se laisser entraîner, au lieu d'endiguer, signe la fin du Politique et de la politique. Le glas. Plus fatal que l'hallali", écrit-elle.

D’après Le Monde, l’ouvrage, tiré à 40 000 exemplaires, a été imprimé discrètement en Espagne, acheminé sur des palettes opaques et présenté aux librairies comme un "livre sous X" pour réduire les risques de fuites. Seul François Hollande s’est vu adresser un jeu d’épreuves, vendredi 22 janvier, cinq jours avant que ne soit rendue publique la démission de Christiane Taubira.

Si le premier tiers de ce livre de 94 pages est consacré au terrorisme en général, Christiane Taubira déroule en longueur ses arguments contre la déchéance de nationalité. Elle fustige son "inefficacité" en raison de ses "effets nuls en matière de dissuasion". Mais, plus fondamentalement, elle pointe son enjeu symbolique.

"Osons le dire: un pays doit être capable de se débrouiller avec ses nationaux. Que serait le monde si chaque pays expulsait ses nationaux de naissance considérés comme indésirables? Faudrait-il imaginer une terre-déchetterie où ils seraient regroupés ?", écrit Christiane Taubira qui avait expliqué son départ de la Chancellerie, le 26 janvier, par un "désaccord politique majeur".

Entre fidélité politique et acquit de conscience

À la lecture de ces lignes, difficile en effet d’imaginer qu’elle ait pu rester à sa place au sein du gouvernement plus longtemps. Le livre a néanmoins été imprimé avant sa démission - Christiane Taubira y est encore présentée comme la garde des Sceaux – et elle y fait part de ses tourments et hésitations.

"Je ne suis sûre de rien, écrit-elle. Le tourment m'habitera jusqu'à la tombe. L'inquiétude. L'intranquillité. Peut-être est-ce faire trop de bruit pour peu de chose. Peut-être serait-il plus raisonnable d'être raisonnable et de laisser passer. En convenir. S'en accommoder. Ne pas ajouter au trouble. (…) Ne vaut-il pas mieux alors un cri et une crise plutôt qu'un long et lent étiolement? Je ne suis sûre de rien, sauf de ne jamais trouver la paix si je m'avisais de bâillonner ma conscience."

Si elle n’a pu se taire, "Murmures à la jeunesse" n’est pour autant pas une diatribe contre le gouvernement qu’elle a quitté le 26 janvier. Celle qui a toujours su conjuguer fidélité au gouvernement et esprit d’indépendance prend notamment soin de rendre hommage au président de la République, dont elle salue l’attitude après les attentats du 13 novembre 2015.

Sa loyauté n’empêchera pas que soit relancé, avec plus de vigueur encore peut-être, le débat déjà sur la déchéance de nationalité, alors que commence vendredi à l’Assemblée nationale l'examen de la réforme constitutionnelle, pour un vote attendu le 10 février.

Première publication : 01/02/2016

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