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Bernie Sanders, la seconde jeunesse d'un "socialiste fumeur de haschich"

© Joshua Lott, AFP | Le candidat démocrate Bernie Sanders à Des Moines, dans l'Iowa, le 1er février 2016.

Texte par Charlotte BOITIAUX

Dernière modification : 10/02/2016

Bernie Sanders, quasi-inconnu au début de la campagne, donne des sueurs froides à Hillary Clinton, en la talonnant dans l’Iowa, le premier État à voter pour les primaires démocrates. Portrait d’un "socialiste" américain.

Alors que tous les républicains ont eu les yeux rivés sur le très singulier Donald Trump pendant la campagne des primaires américaines, côté démocrate, personne ne s'est inquiété d'un éventuel challenger qui viendrait bousculer Hillary Clinton dans la course à l'investiture. Et pourtant, Bernie Sanders, ce candidat presque invisible que le président Obama avait récemment traité de "fumeur de haschich socialiste" a été un sérieux grain de sable dans la chaussure de l’ex-Première dame, lors du caucus de l’Iowa, mardi 2 février.

Hillary Clinton l'a finalement emporté avec 0,2 % d'avance sur Bernie Sanders. C’est donc sur le fil, et parfois même à pile ou face, que la candidate s'est imposée dans le Midwest. "Les résultats de cette nuit sont les plus serrés dans toute l’histoire du caucus démocrate de l’Iowa", a d’ailleurs déclaré Andy Mc Guire, le chef du parti démocrate.

"Un fumeur de haschich à la Maison Blanche"

Car rien ne prédisait que Bernie Sanders, ce sénateur du Vermont, qui partait avec de nombreux handicaps - il était quasi-inconnu et désargenté - réussirait à talonner de la sorte la puissante Hillary. "C'est comme si on avait dû escalader une montagne à mains nues, alors que notre adversaire utilisait un escalator climatisé", expliquait lundi soir à l'AFP un bénévole de sa campagne.

La quasi-égalité des scores avec sa rivale constitue un important succès pour Sanders. Même si Clinton revendique la victoire des chiffres, Sanders, lui, revendique la "victoire morale" dans cet État qui donnait le coup d’envoi des primaires américaines. "Nous avons réussi ce que les élites politiques jugeaient impossible. Ne nous sous-estimez pas", a-t-il déclaré. Hier, une injonction, aujourd'hui, presque une menace pour les caciques du parti.

Le mot "socialiste" n’est plus un gros mot

Force est de reconnaître que contre toute attente, le discours de ce vieux sénateur "socialiste" - un gros mot aux États-Unis - plaît. Pourfendeur de Wall Street, Bernie Sanders dénonce un système politique manipulé selon lui par les lobbies et la collusion des hommes politiques avec le monde de la finance. Infatigable défenseur de la classe moyenne, il souhaite augmenter à 15 dollars le salaire minimum (7,25 dollars actuellement au niveau fédéral), et prêche pour une assurance maladie universelle en citant le modèle européen.

Un discours très marqué à gauche qui a surtout séduit les jeunes. Selon un sondage de CNN, plus de 70 % de ses électeurs de l’Iowa avaient moins de 30 ans. Avec Donald Trump, c'est d’ailleurs lui qui attire les plus grandes foules à ses meetings. Nombreux sont ceux qui se laissent tenter par ce septuagénaire aux costumes froissés, qui promet la gratuité de l'université, dans un pays où la dette moyenne des étudiants atteint 35 000 dollars.

"Quand les jeunes, les travailleurs et les personnes âgées commencent à se lever pour dire haut et fort : 'ça suffit !', [quand ils se lèvent pour dire] que notre gouvernement, le gouvernement de notre grand pays appartient à tous et pas seulement une poignée de milliardaires, voilà ce qui arrive : nous allons transformer ce pays !", a déclaré, enthousiaste, Sanders, dans l'Iowa.

Manque d’expérience à l’international

Sa force, reconnaissent les médias américains, réside dans sa constance - ou dans son intégrité, selon ses partisans. Il n’a jamais bougé de ligne politique depuis le temps où il était maire de Burlington (1981-1989), la plus grosse ville du Vermont (42 000 habitants). "Je pense que les Américains adorent l'authenticité, et je pense qu'il n'y en a pas beaucoup en politique. Mais Bernie Sanders, qu'on le veuille ou non, est authentique", a déclaré à ce propos, le célèbre journaliste américain Al Hunt sur la chaîne Bloomberg.

"Enough is enough" ("Ca suffit !")

Sa faiblesse : son manque d’expérience à l’international. Pourtant, quand Hillary Clinton l'attaque sur son manque de connaissances en politique étrangère, il répond que le vote le plus important de l'histoire moderne américaine a été celui sur la guerre d'Irak, qu'elle a voté pour et qu'il a voté contre. Quand on l'accuse d'être trop "radical", il évoque, entre autres, l'exemple scandinave : "Je ne pense que ce soit une idée terriblement radicale de dire que quelqu'un qui travaille 40 heures par semaine ne devrait pas vivre dans la pauvreté".

Selon le politologue Eric Davis, professeur au collège de Middlebury et spécialiste de la politique du Vermont, interrogé par le site canadien La Presse, Bernie Sanders doit également relever un autre défi : convaincre les Noirs et les Latinos, dont le vote est plutôt acquis à Clinton, de se tourner vers lui.

"Personne ne pensait…"

Né à Brooklyn, de parents juifs polonais, le jeune Bernie, s’est intéressé très tôt à la politique. Étudiant à l'université de Chicago, il a rejoint la Ligue des jeunes socialistes, a milité contre la guerre du Vietnam, s'est engagé pour le mouvement des droits civiques. Il a ensuite déménagé dans le Vermont. Sa carrière n’a pas décollé spectaculairement comme celle de Ted Cruz, par exemple. Avant d’être élu en 1991, à la Chambre des représentants, il perdra de nombreuses élections, à plates coutures. Tout démarrera vraiment en 1981 quand il sera élu maire de Burlington, sous l’étiquette "indépendant". Il est aujourd’hui sénateur du Vermont depuis 2007.

"Personne ne pensait que je deviendrais maire de Burlington", a-t-il récemment déclaré sur ABC News. "Peu de personnes pensait que je gagnerais de 16 points contre un républicain, à la Chambre des représentants", a-t-il continué. "Puis, beaucoup ont douté que je puisse devenir sénateur […]". Et aujourd'hui, personne n’aurait pensé qu’il aurait donné tant de sueurs froides à Hillary Clinton dans l’Iowa. Comme Bernie Sanders l'a répété tant de fois à ces adversaires : ne le sous-estimez pas.

Avec AFP

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Première publication : 02/02/2016

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