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Météo, choix politiques et sanctions : les raisons de "l'état de catastrophe naturelle" au Zimbabwe

© Alexandre Joe, AFP | Le Zimbabwe est souvent touché par de fortes sécheresses, comme ici en 2007, où des récoltes de maïs avaient été perdues. Mais celle de 2015 est sans précédent depuis que Robert Mugabe est devenu président, en 1987.

Texte par Alexandre CAPRON

Dernière modification : 05/02/2016

Le Zimbabwe a déclaré vendredi "l'état de catastrophe naturelle" pour alerter sur la pénurie alimentaire que traverse le pays, touché par une sécheresse inhabituelle. Mais les températures ne sont pas les seules responsables.

"L'état de catastrophe naturelle est déclaré", a annoncé le président du Zimbabwe Robert Mugabe, vendredi 5 février. Son ministre des Gouvernements locaux et des Travaux publics, Saviour Kasukuwere, a précisé l’urgence de la situation : 26 % de la population, soit 2,44 millions de personnes, vont se retrouver en situation d’insécurité alimentaire, principalement dans les zones rurales. Une crise alimentaire qui pourrait durer un an, a précisé le ministre.

C’est la première fois depuis 2008 que le Zimbabwe déclare l’état de catastrophe naturelle. Le pays l’avait alors déclaré pour lutter contre une épidémie de choléra. Comment ce pays, considéré jusque là comme le grenier de l'Afrique, en arrive à déclarer "l'état de catastrophe naturelle" ?

Une météo très défavorable

Ces derniers jours, les températures ont atteint jusqu’à 37 degrés dans certaines régions, environ 10 degrés de plus en moyenne par rapport à une température normale pour le mois de février, selon le site World Ag Wheather.

Parallèlement, le niveau de précipitations est de "75 % inférieur à la normale" dans une période étant habituellement dans la saison des pluies. Les climatologues estiment que 2015 a été l'année la plus sèche depuis un siècle au Zimbabwe.

Cette situation est en partie due au phénomène el Niño, un courant chaud équatorial du Pacifique qui modifie l’équilibre des courants marins, et entraîne un dérèglement des saisons. Si certaines parties du globe sont touchées par des pluies torrentielles, il provoque des sécheresses dans d’autres. L’OMS prévenait dès la fin 2015 que le Kenya, la Somalie, le Soudan ou le Zimbabwe seraient particulièrement touchés au cours du premier semestre 2016.

Les mois à venir ne s'annoncent pas rassurants pour le Zimbabwe : le pays rentrera en avril dans la saison sèche, qui devrait durer jusqu’en août au minimum.

Des réserves épuisées

Selon le ministre Saviour Kasukuwere, les réserves commencent à s'épuiser peu à peu. "Les réservoirs d’eau sont à moitié vides, et près de 16 000 vaches sont déjà mortes en raison de la sécheresse", a-t-il expliqué vendredi. Dans le seul district du Manicaland, dans l'est du pays, les agriculteurs estiment avoir perdu jusqu'à 3 200 têtes de bétail

"Dans certaines régions du pays, on voit même que les gens, les agriculteurs, utilisent le chaume de leur toit pour nourrir leur bétail", expliquait Jan Vossen, le directeur de Oxfam Zimbabwe, dans une interview à la BBC en février.

Comme dans beaucoup d’autres pays d’Afrique australe, environ 75 % de ses récoltes du Zimbabwe ont été ravagées par la sécheresse. Une situation qui s’ajoute aux mauvaises récoltes de l’année 2015, de 50 % inférieures à celle de l’année précédente. Selon l'ex-président de l'Union des fermiers commerciaux du Zimbabwe, le pays sera obligé d’importer 1,3 million de tonnes de maïs pour pouvoir nourrir sa population en 2016. Par ailleurs, le prix des denrées a augmenté dans la région, celui du maïs ayant déjà bondi de 73 % par rapport à son prix moyen.

Entre sanctions internationales et choix politiques néfastes

Selon Robert Mugabe, une des explications à la crise alimentaire se trouverait dans les sanctions qui ont été imposées pendant quinze ans le pays.

La plupart de ces sanctions avaient été mises en place en réponse à la réforme agraire menée par Robert Mugabe en 2000. Le président avait exproprié 4 000 fermiers blancs pour redistribuer leurs terres à près de 300 000 paysans noirs, une décision jugée comme une violation des droits de l’Homme par la plupart des pays membres de l’ONU.

Fin février, Robert Mugabe a admis pour la première fois que cette réforme avait été néfaste pour le pays : les nouveaux propriétaires noirs n'ont pas été capables de poursuivre l'exploitation, faute de formation adéquate et de capital pour s'équiper, renforçant ainsi la crise alimentaire.

Les sanctions pesant sur le Zimbabwe ont depuis été allégées. Washington a décidé de lever le 4 février l’embargo qui pesait sur les deux plus grosses banques zimbabwéennes, Agribank et IDBZ, jusque là interdites de traiter avec les banques américaines. L'Union européenne a aussi levé progressivement ses sanctions depuis 2014.

Situation d'urgence, qu'est ce que ça change ?

Depuis plusieurs mois, des ONG au Zimbabwe réclamaient que l'état d'urgence soit déclaré. Le président zimbabwéen y était réticent jusque là, car il s'agissait pour lui d'un aveu d'échec vis-à-vis de sa politique agricole.

Concrètement, la déclaration d'état d'urgence va permettre de faciliter les démarches pour les donateurs internationaux. "Jusque là, l’absence de déclaration du Zimbabwe ne le plaçait pas en priorité de l'aide humanitaire, compte tenu des demandes de pays similaires", a expliqué Eddie Rowe du Programme alimentaire mondiale à Reuters.

Les associations sur place comme Oxfam ou Action contre la faim pourront à présent élargir l’aide à des zones secondaires des provinces les plus touchées comme dans le Manicaland, où les autorités affirment que "15 des 36 districts" ont besoin de davantage d’aide.

Le Zimbabwe n'est pas le seul pays affecté par cette catastrophe naturelle : l'ONU estime que 14 millions de personnes pourraient manquer de nourriture en 2016 dans la région, en raison des maigres récoltes de l'an dernier combinées à cette grave sécheresse. Le Malawi, où 2,8 millions de personnes sont menacées par la faim, est aussi en première ligne.

Première publication : 05/02/2016

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