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Moyen-Orient

Offensive à Alep : la majorité des déplacés n’est pas à la frontière turque

© Bulent Kilic, AFP | Plus de 200 000 personnes ont pris la fuite dans la région d'Alep.

Texte par Amara MAKHOUL-YATIM

Dernière modification : 10/02/2016

L’offensive du régime syrien et de son allié russe dans la province d’Alep a provoqué l’exode de plusieurs dizaines de milliers de Syriens vers la Turquie. Mais la majorité se déplace pour l’heure encore à l’intérieur de la Syrie.

Depuis quatre jours environ, le flot de Syriens fuyant l’offensive du régime de Bachar al-Assad et de la Russie autour d’Alep est incessant. Ils sont près de 60 000 aujourd’hui massés à la frontière turque, qui, pour l’heure, reste fermée. Un afflux humain qui fait craindre une aggravation de la crise des réfugiés, que ce soit en Turquie qui en accueille déjà 2,5 millions, ou en Europe.

En Syrie, qui comptait quelque 23 millions d'habitants avant le conflit, 13,5 millions de personnes sont affectées ou déplacées par la guerre, selon les derniers chiffres de l'ONU. Parmi eux, environ 8 millions se trouvent toujours en Syrie. Car tous n’ont pas quitté le pays : en fait, la majorité des personnes jetées sur les routes par la guerre est déplacée à l’intérieur des frontières syriennes. Ils ont fui les violences et les bombardements vers un lieu plus sûr.

Et le cas présent d’Alep ne fait pas exception. "Nous observons que 200 000 personnes sont forcées à l’exode, dont 65 000 en direction de la Turquie et 135 000 à l’intérieur de la Syrie", a déclaré lundi 8 février le vice-Premier ministre turc Numan Kurtulmus. Mais quelles sont leurs possibilités de fuite ? Où sont allés ces nouveaux "déplacés internes", comme les appelle l’ONU ?

  • Vers le nord, en territoire kurde
    "Les civils dans le corridor d’Azaz ne descendent pas vers le sud, car c’est la ligne de front : le régime ayant avancé par le sud. Ils vont plutôt vers Afrin, en territoire kurde", explique à France 24 Fabrice Balanche, spécialiste de la Syrie et chercheur invité au Washington Institute. Là, ils se logent comme ils peuvent, parfois chez des proches, pour attendre de pouvoir revenir dans leur village. Certains tenteront par la suite de gagner la frontière turque.
     
  • Vers Idleb à l’ouest
    Il reste des routes ouvertes autour d’Alep. Outre celle du nord, il y a aussi celle qui permet d’aller vers la province d’Idleb et la ville du même nom, bastions de la rébellion.
     
  • À l’est, vers des territoires tenus par l’organisation de l’État islamique (EI)
    Même s’il est difficile de progresser vers l’est à cause des combats, il est tout à fait plausible que des Syriens tentent de s’y rendre, observe Fabrice Balanche. D’autant plus s’ils sont originaires de cette région. "Ils recherchent la sécurité avant tout, ainsi, s’ils ont de la famille qui peut les accueillir, ils n’hésiteront pas, même dans une zone tenue par Daech [acronyme arabe de l’EI]".
     
  • Quid des zones gouvernementales ?
    Certaines régions de Syrie tenues par le régime, sont relativement épargnées des violences. Mais y aller serait risqué pour les Syriens qui fuient Alep, même s'ils parvenaient à s'y rendre. "Ceux qui sont restés jusqu’à présent à Alep sont fortement soupçonnés d'être les familles des rebelles. S’ils veulent se rendre en zone gouvernementale cela sera uniquement les femmes et les enfants pour des raison de sécurité. Les hommes de plus de 15 ans iront ailleurs", car ils risqueraient d'être arrêtés, selon Fabrice Balanche.

Première publication : 09/02/2016

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