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Le programme économique de Bernie Sanders vu de France

© Joe Raedle, Getty images, AFP | Bernie Sanders à Des Moines (Iowa) le 26 janvier.

Texte par Sylvain ATTAL

Dernière modification : 10/02/2016

Bernie Sanders, sénateur du Vermont candidat à l'investiture démocrate en vue de la présidentielle américaine, mérite-t-il vraiment l'étiquette de "socialiste"? Et comment le situer sur un échiquier politique français ou européen?

Bernie Sanders peut-il devenir le premier président socialiste des États-Unis ? Ce n’est certainement pas encore fait, même si les étudiants de la Western Illinois University, après avoir prédit avec un taux de réussite de 100 % tous les vainqueurs depuis 1976, ont pronostiqué la victoire du sénateur démocrate du Vermont.

Depuis sa victoire sur Hillary Clinton à la primaire du New Hampshire et son quasi match nul lors du Caucus de l’Iowa, le monde entier se demande ce qui peut bien attirer autant d'électeurs démocrates chez un homme qui se réclame du "socialisme". Un qualificatif qui vaut injure aux États-Unis, ou a au moins permis à Barack Obama de ridiculiser Sanders, "un socialiste fumeur de joints".

En réalité, Sanders utilise de moins en moins cet adjectif, même si le portrait du syndicaliste bolchevique Eugene Victor Debs (1855-1926) est accroché dans son bureau. Mais c’était une autre époque.

Sanders, une transposition de "Occupy Wall Street"

Étudiant, il a adhéré au Parti socialiste d’Amérique et a commencé sa carrière au petit Parti progressiste du Vermont, puis comme indépendant. Mais depuis au moins une décennie, à la Chambre des représentants puis au Sénat, Sanders a voté presque tout le temps comme les autres démocrates, avant de rejoindre le parti.

À 74 ans, Bernie Sanders serait plutôt devenu un démocrate "progressiste", ce qui suffit largement à le différencier de sa rivale Hillary Clinton sur à peu près tous les sujets, en politique étrangère (Sanders fut un adversaire acharné des deux guerres en Irak), mais surtout sur ses propositions économiques.

Bernie Sanders est la parfaite transposition politique du mouvement "Occupy Wall Street" qui entendait incarner la voix de 99 % des Américains contre l’accaparement des richesses par 1% de la population. En réalité, il s’indigne surtout du fait que, lors des 30 dernières années, les 0,1 % les plus fortunés ont plus que doublé la part de leur richesse dans le revenu national, par rapport au revenu étale de la classe moyenne.

Ceci explique sans doute le succès de ses propositions auprès des jeunes électeurs, ceux-là même qui s’étaient illustrés lors du mouvement "Occupy".

Wall Street, c’est la bête noire de Sanders. Pour financer ses coûteuses mesures sociales en faveur des pauvres et de la classe moyenne, il veut faire payer le monde de la finance, qui, rappelle-t-il, a failli mettre à terre l’économie mondiale en 2008 avant d’être sauvé par les contribuables. Bernie estime que c’est au tour de Wall Street de payer pour éradiquer la pauvreté. Mais il ne va pas aussi loin que François Hollande lorsqu’il déclarait lors de sa campagne de 2012 : "Mon ennemi, c’est la finance", avec les suites que l’on sait.

Le cousin d’Amérique d’Arnaud Montebourg

Dans ses meetings et ses clips de campagne, Sanders n’utilise pas ce vocabulaire de lutte des classes. Son argumentation ressemble plutôt à celle d’un social-démocrate suédois redistributif, modèle Olof Palme (1927-1986). Il souhaite créer un impôt progressif sur les héritages supérieurs à 3,5 millions de dollars (0,3 % d’Américains sont concernés) ; la sécurité sociale pour tous ; le déplafonnement des cotisations retraites au dessus de 250 000 dollars de revenus par an afin d’accorder aux plus modestes une retraite décente ; la gratuité des frais d’études universitaires pour tous ; 12 semaines de congé médical ou familial et des crèches gratuites pour tous les parents (sa conception de la défense des valeurs familiales).

Protectionniste, Il prône un "produire américain" et l’inversion de la tendance au libre-échange généralisé, ce qui en fait le cousin d’Amérique d’Arnaud Montebourg. Sur le modèle français, il veut créer un million d’"emploi-jeunes" pour réinsérer les laissés-pour-compte du système éducatif.

À l'instar de nombreux partis européens (pas forcément tous de gauche), il veut séparer les banques de dépôts des banques d’affaires pour qu’elles ne soient plus "too big to fail", c’est-à-dire trop importantes pour qu’on les laisse faire faillite.

Il estime également que les États-Unis sont suffisamment riches pour financer un programme de grands travaux d’infrastructure de 1 000 milliards de dollars, sur 10 ans. Vous avez bien lu. C’est autrement plus ambitieux que les 230 millions d’euros des grands travaux européens. Mais c’est seulement une différence de volume.

Bref, dans les grandes lignes, le programme de Bernie Sanders tendrait à transformer le pays du capitalisme libéral par excellence en une démocratie sociale bon teint "à l’européenne". Et même très avancée.

Mais comment Bernie va-t-il financer tout cela ?

C’est là que le bat blesse. Car pour rattraper le retard des États-Unis en matière sociale, il envisage un choc fiscal à côté duquel celui des premières années de François Hollande passerait pour une gentille pichenette.

Non seulement le démocrate "progressiste" veut taxer les "spéculateurs" de Wall Street (ce qui se fait déjà en France avec les taxes sur les transactions financières), mais il veut aussi augmenter massivement l’impôt sur les sociétés (qui "optimisent" en délocalisant leurs profits dans des paradis fiscaux), les cotisations patronales pour financer sa sécurité sociale pour tous. Sans compter que les entreprises supporteraient entièrement le fardeau d’un quasi doublement du salaire minimum fédéral. De 7,25 à 15 dollars de l’heure, alors qu’en France il est de 9,67 euros, soit à peine plus de 10 dollars. Enfin, il entend éliminer les niches fiscales qui profitent aux plus riches.

Cet homme veut transformer les États-Unis en une grande France, ou une grande Suède. On imagine l’angle d’attaque du candidat républicain si Sanders venait à obtenir l’investiture démocrate. C’est pourquoi le sénateur du Vermont mise sur une sorte de "front de la classe moyenne". Il demande à ses partisans de partager ses vidéos avec leurs amis, et surtout avec les électeurs républicains qu’ils connaissent car il ne comprend pas que des Américains de la petite classe moyenne, ceux-là même dont il veut tant améliorer la situation materielle, s’apprêtent à voter pour des milliardaires comme Trump. Il pense pouvoir les réveiller du "rêve américain".

Quelque part il mériterait bien l’étiquette de "révolutionnaire". 

Première publication : 10/02/2016

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