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Afrique

Présidentielle en Ouganda : Yoweri Museveni, un ex-guérillero qui s'accroche au pouvoir

© Isaac Kasamani, AFP | Le premier tour de l'élection présidentielle en Ouganda doit avoir lieu jeudi 18 février 2016.

Texte par FRANCE 24

Dernière modification : 18/02/2016

Le président Yoweri Museveni tentera jeudi de décrocher un cinquième mandat lors du premier tour de l'élection présidentielle en Ouganda. À la tête du pays depuis 1986, il estime que "ce n'est pas le bon moment" de quitter le pouvoir.

Tacticien dans l'âme, autoritaire dans le sang, le président ougandais Yoweri Museveni a défait une quinzaine de rébellions et écarté tous ses opposants en 30 ans de pouvoir, offrant une stabilité inédite à son pays mais considéré désormais comme un leader qui s'accroche au pouvoir.

À la tête du pays depuis 1986, le dirigeant n'a depuis montré aucune intention de lâcher les rênes du pouvoir et jeudi 18 février, premier tour de l'élection présidentielle, il tentera de remporter un cinquième mandat consécutif

"Ceux qui disent : ‘Laissez-le partir, laissez-le partir’, il faut qu'ils sachent que ce n'est pas le bon moment", a déclaré lors d'un récent meeting le président, né en 1944.

"Ce vieil homme qui a sauvé le pays, comment voulez-vous qu'il parte ? Comment pourrais-je quitter une bananeraie que j'ai plantée et qui commence à donner ses fruits ?", a-t-il ajouté.

Personnage charismatique, n'hésitant pas à faire de l'humour en public, reconnaissable à son éternel chapeau rond à large bords et ses tenues décontractées, il a su s'attirer la bienveillance de la communauté internationale pour avoir mis en place une armée disciplinée, lutté contre la pandémie du VIH-sida et développé l'économie de son pays.

Revers de la médaille, l'Ouganda de Museveni est également marquée par une corruption endémique, une absence dans les faits de séparation des pouvoirs au profit de la présidence et des violations récurrentes des droits de l'Homme. Mais le chef de l'État semble n'avoir que faire des critiques de la communauté internationale, qu'il se plaît régulièrement à brocarder, d'autant qu'il s'est imposé au fil des ans comme un acteur régional incontournable.

Le contingent ougandais forme depuis 2007 la colonne vertébrale de la force de l'Union africaine en Somalie (Amisom), qui lutte contre les insurgés shebab, affiliés à Al-Qaïda.

Une carrière bien remplie de guérillero et d'homme politique

Plus récemment, les troupes ougandaises ont joué un rôle-clé au Soudan du Sud, en guerre civile depuis plus de deux ans. Leur intervention fin 2013 a contribué à conforter le gouvernement du président Salva Kiir face aux rebelles.

"Alors que le glissement autoritaire de l'Ouganda, couplé à des lois criminalisant l'homosexualité et régulant le travail des ONG, risque de susciter la désapprobation des partenaires occidentaux, Museveni s'est imposé de telle manière que la communauté internationale accepte d'une main ses contributions militaires et agite un doigt critique avec l'autre", explique Magnus Taylor, du groupe de réflexion International Crisis Group (ICG).

Fils d'éleveurs de bétail issu de la tribu Ankole (ouest) et diplômé en sciences politiques et en économie à Dar es-Salaam, en Tanzanie, Museveni a une carrière bien remplie de guérillero et d'homme politique.

Ancien combattant de la guérilla mozambicaine, il travaille brièvement aux services d'espionnage sous la première présidence ougandaise de Milton Obote (1966-1971).

Mais après le coup d'État du commandant de l'armée Idi Amin Dada, en 1971, il fuit en Tanzanie et participe à la création du Front pour le salut national (Fronasa), qui, allié à l'armée tanzanienne, reprend le pouvoir en 1979, mettant fin à huit années de terreur.

Museveni occupe les portefeuilles de la Défense et de la Coopération avant les élections de 1980, truquées selon lui et remportées par Milton Obote.

"Si je perds l'élection, je quitterai le pouvoir"

Début 1981, il créé l'Armée de résistance nationale (NRA), composée au départ de 27 hommes, et lance des raids victorieux sur des casernes militaires dans l'ouest du pays.

Après cinq ans de lutte contre le régime despotique d'Obote, la NRA prend Kampala. Museveni, investi président le 29 janvier 1986, entame son long règne. Il interdit le multipartisme, estimant que les formations politiques sont à l'origine des violences qui ont ensanglanté l'Ouganda depuis son indépendance en 1962.

En 2005, tout en réintroduisant le multipartisme à la faveur d'un référendum, il modifie la Constitution pour abroger la limitation du nombre de mandats présidentiels, ce que bon nombre d'anciens alliés ne lui pardonneront pas.

Entre-temps, il a défait des rébellions ou conclu des accords avec pas moins de quatorze mouvements rebelles et s'est finalement débarrassé de l'Armée de résistance du Seigneur (LRA), qui a fui le nord du pays il y a une dizaine d'années vers les pays voisins.

"Si je perds l'élection, je quitterai le pouvoir. J'ai du travail qui m'attend à la maison, des vaches à garder", a récemment assuré le dirigeant.

Mais la popularité de Museveni en province et la machine électorale de son parti face à une opposition en ordre dispersé en font une nouvelle fois le favori du scrutin.

AFP

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Première publication : 16/02/2016

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