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FRANCE

Ovation et émotion à l'Olympia pour le concert des Eagles of Death Metal

© Charlotte Boitiaux, France 24

Vidéo par Ludovic DE FOUCAUD

Texte par Charlotte BOITIAUX

Dernière modification : 17/02/2016

Trois mois après l'attentat au Bataclan, le groupe américain Eagles of Death Metal a rejoué pour la première fois à Paris, mardi soir. Près de 800 rescapés du 13-Novembre ont fait le déplacement pour "terminer" le concert. Reportage.

S’il fallait choisir une chanson, pourquoi pas celle-ci… C’est l’une de celles qui incarnent à merveille Paris et son image d’Épinal. S’il fallait choisir une seule chanson, celle-ci est parfaite, en fait. Les Eagles of Death Metal (EODM) l’ont bien compris. Mardi 16 février, trois mois et trois jours après les attentats qui ont frappé le Bataclan, la voix de Jacques Dutronc a résonné en ouverture du concert-hommage du groupe de métal américain, à l’Olympia.

Il est 21 heures quand les premières notes de "Paris s’éveille", cet incontournable tube français de la fin des années 60, retentissent dans la salle parisienne. Quelques minutes plus tôt, dans la salle du bas, face à la scène, la foule terminait de s’agglutiner dans la fosse. Cela faisait déjà deux heures que les plus mordus de métal attendaient dans une ambiance festive, très arrosée – voire complètement survoltée – la venue de leurs idoles. La fosse, c’est l’étage des blagues grivoises et des selfies entre potes. C’est l’étage où le souvenir du Bataclan est quelque peu éclipsé par les pintes de bière et les verres de vin.

Le chanteur du groupe s'est plusieurs fois arrêté face au public pour lui déclarer son amour. © FRANCE 24

Une ambiance qui détonne légèrement avec le premier balcon, trois mètres plus haut. C’est ici que sont assis une grande partie des rescapés du 13-Novembre, non loin des issues de secours. Dans les étroites rangées de l’Olympia, leurs encombrants attelages trahissent les traumatismes qu’ils ont subis ce soir du 13 novembre 2015. Certains ont des béquilles, des plâtres, d’autres sont en fauteuil roulant. Ils sont près de 800 dans la salle ce soir. Ici aussi, avant le début du concert, l'alcool a coulé. Mais pas à flots. L'atmosphère y est plus singulière : certains blessés fuient, avec plus ou moins de véhémence, les journalistes qui rôdent autour d’eux sans oser les approcher, d’autres apparaissent plus prostrés, aux côtés de leurs parents, mais la grande majorité affiche une mine décontractée, joviale.

>> À voir aussi sur France 24 : "Émotion sur les réseaux sociaux pour le retour des Eagles of Death Metal à Paris"

"C'est la première fois depuis les attaques que je me retrouve dans une salle fermée"

Ce n’est qu’à 21 heures, donc, quand les premières notes de Dutronc se sont mises à résonner dans la salle, que tout a sensiblement changé dans le mythique lieu parisien. En quelques secondes, la fosse et le balcon ont gommé leurs différences, sont entrés dans une sorte de communion, de transe. En quelques secondes, la foule, qui n'était pas là pour écouter de la chanson française, s’est laissée submerger par une même émotion.

Les milliers de spectateurs présents ont ovationné leurs idoles alors que les Eagles of Death Metal venaient de faire leur entrée sur scène. Pendant 1h30, les salves d’applaudissements succéderont aux (nombreuses) déclarations d’amour alcoolisées du groupe au public. Même ivre, rock'n roll oblige, EODM réussira à rester sobre et très émouvant sans tomber dans les discours-dégoulinants, appuyés et lourdauds.

À la fin du concert, Jesse Hughes, le chanteur, a brandi une guitare aux couleurs de la France. © FRANCE 24

"C’était juste parfait cette ouverture avec Dutronc", a confié Sophie*, assise au premier rang du balcon, ses béquilles entre les jambes. La jeune fille d'une trentaine d'années a été blessée par balle au niveau du nerf sciatique, en haut de la cuisse, trois mois plus tôt au Bataclan. Elle fait partie de ces victimes dont la venue à l'Olympia était une étape indispensable, peut-être même thérapeutique, pour se reconstruire. "Je suis très contente d'être là. Il fallait que je voie la fin de ce concert", explique-t-elle en se levant et en tentant de se frayer un chemin entre les centaines de spectateurs. "Je suis restée cloîtrée chez moi pendant des semaines. Je ne suis sortie que deux fois, et aujourd'hui, c’est la première fois que je me retrouve à nouveau dans une salle fermée", ajoute-t-elle en éclatant de rire. "Ça ira, j'en suis sûre".

Pour aider et rassurer les rescapés comme Sophie, l'Olympia a mis les bouchées doubles. Au niveau sécurité d'abord. Impossible de rentrer dans l'enceinte du lieu sans avoir subi au préalable quatre contrôles de sécurité dont trois fouilles corporelles. Impossible de ressortir fumer avant le début du concert, à l'entrée, et surtout impossible de se déplacer à l'intérieur sans son billet, contrôlé à chaque retour du bar ou des toilettes. "Ce qui est sûr, c'est qu'aucune arme ne peut entrer ici", se rassure Étienne, un autre rescapé du Bataclan, venu seul au concert. "Jusqu'à 18h30, je me suis demandé si je devais venir. Puis à 19 h, je me suis décidé. J'ai dit à ma femme que je l'aimais. Elle m'a répondu : 'Arrête tes conneries !'"

"Je suis coincé sur mon siège avec ma blessure mais j'irais bien dans la fosse"

Étienne n'a pas été blessé physiquement pendant les attaques du Bataclan. "Je suis l'incarnation parfaite de ce qu'on appelle la 'culpabilité du survivant'. Je n'ai pas dormi pendant des semaines entières. Je faisais toujours le même cauchemar. J'ai retrouvé le sommeil grâce au Xanax", explique-t-il. Pour les cas comme lui, plus anxieux, des cellules d'aide ont été déployées dans la salle. Ils sont d'ailleurs des centaines présents ce soir à partager des histoires similaires, des deuils insurmontables, des insomnies à devenir fou.

Le chanteur du groupe Jesse Hughes est monté au 1er étage, au balcon, pendant le concert, pour saluer les rescapés des attentats du Bataclan. © FRANCE 24

"Nous avons mis en place deux cellules psy, huit box d'écoute avec des secouristes et des médecins", explique Sabrina Bellucci, la directrice du réseau d'associations d'aide aux victimes (INAVEM), qui ne cesse de courir derrière son équipe toute la soirée. "Nous sommes environ 25 personnes, nous faisons des rondes dans la salle, nous restons sur le qui-vive pour repérer des cas de stress, d'angoisse", ajoute-t-elle tout en déplorant que ce concert "soit arrivé si tôt". "Les gens ont besoin de plus de temps pour se remettre", explique-t-elle. "Trois mois, c’est un délai très court..."

Ce n'est pourtant pas l'avis d'Alice* et de son mari, Bertrand*, tous deux parents de deux enfants en bas âge, et tous deux victimes des Kalachnikov du Bataclan. Assis, eux aussi, au premier rang du balcon, ils n’ont pas hésité longtemps avant d’appeler la baby-sitter. "Ça fait des semaines que j'attends de terminer ce concert", confie en souriant Bertrand. "Je suis coincé sur le balcon à cause de ma blessure, mais je serais bien allé dans la fosse", regrette ce fan des Eagles of Death Metal. Bertrand a reçu plusieurs balles dans l'estomac, Alice, une balle dans la jambe. Aujourd’hui, ils affirment avoir repris le dessus et disent vouloir fuir les associations d’aide aux victimes "trop larmoyantes". Pendant le concert, coincés malgré eux sur leurs sièges, ils ont pris des dizaines de photos du groupe en hurlant à plein poumons leurs morceaux préférés.

Un peu partout, sur le balcon, les "assis malgré eux" ont trouvé mille et une astuces pour ne pas rester "invisibles" face à leurs idoles. Ici, une béquille a servi à simuler une guitare, là, une canne a été levée fièrement en l'air en guise de résistance. À chaque discours du chanteur Jesse Hughes, dont les propos ont souvent été répétitifs mais toujours pleins de tendresse ("Je vous aime tellement bande d'enculés", ou sa variante "Putain, qu'est-ce que je vous aime bande de fils de putes"), les rescapés n'ont voulu ne ressembler à rien d'autre qu'à de simples fans, se déchaînant au son des batteries et des guitares électriques du groupe. Pendant 1h30, ils ont mis de côté les meurtrissures de leur chair. Pendant 1h30, Paris s'est vraiment éveillé et irradiait d'insouciance.

* Les prénoms ont été changés

© FRANCE 24

Première publication : 17/02/2016

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