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Culture

Mort de l'écrivain italien Umberto Eco, grand intellectuel et auteur du "Nom de la rose"

© Attila Kisbenedek / AFP | Umberto Eco est devenu célèbre à travers le monde après la publication de son premier roman, "Le Nom de la rose", en 1980.

Vidéo par FRANCE 3

Texte par FRANCE 24

Dernière modification : 20/02/2016

L'écrivain et philosophe italien Umberto Eco, auteur du célèbre roman "Le Nom de la rose", est décédé à l'âge de 84 ans, ont annoncé dans la nuit de vendredi à samedi plusieurs médias italiens.

Umberto Eco est décédé vendredi 19 février, vers 21h30, à son domicile, indique sur son site Internet le quotidien La Repubblica qui a contacté sa famille. L'écrivain, qui vivait à Milan, dans le nord de l'Italie, souffrait d'un cancer depuis longtemps.

Grand intellectuel italien, Umberto Eco était un universitaire, linguiste et philosophe, qui a connu la gloire mondiale avec un thriller médiéval et érudit, "Le Nom de la rose".

Ce philosophe de formation, célébré sur le tard alors qu'il approchait de la cinquantaine, a réussi un coup de maître avec son premier roman publié en 1980 : "Le Nom de la rose" s'est vendu à plusieurs millions d'exemplaires et a été traduit en 43 langues.

>> À voir sur France 24 : "Entretien avec Umberto Eco, écrivain"

Consécration : il a été adapté au cinéma en 1986 par le Français Jean-Jacques Annaud, avec Sean Connery dans le rôle du frère Guillaume de Baskerville, ex-inquisiteur chargé d'enquêter sur la mort suspecte d'un moine dans une abbaye du nord de l'Italie.

Truffé de latin, le polar de ce sémiologue de renom à la rondeur affable a même été la cible d'éditions pirate, notamment en arabe sous le titre "Sexe au couvent".

Autre conséquence, non négligeable pour l'édition italienne, "'Le Nom de la rose' a relancé le roman en Italie et la littérature italienne à l'étranger. Les écrivains italiens ont à nouveau été traduits", souligne le critique et romancier italien Alain Elkann.

Spécialiste de l'histoire médiévale, amoureux de Cyrano de Bergerac

Eco, petit-fils d'éditeur, issu de la petite bourgeoisie, a raconté avoir commencé à écrire dès l'âge de 10 ans des histoires dont il réalisait lui-même l'édition.

Né à Alessandria (nord de l'Italie) le 5 janvier 1932, il a étudié la philosophie à l'Université de Turin et consacré sa thèse au "problème esthétique chez Thomas d'Aquin".

Ce spécialiste de l'histoire médiévale, qui a traduit Nerval en italien et qui connaissait par cœur Cyrano de Bergerac, a aussi travaillé pour la radio-télévision publique italienne Rai, l'occasion pour lui d'étudier le traitement de la culture par les médias.

Polyglotte, marié à une Allemande, Eco a enseigné dans plusieurs universités, en particulier à Bologne (nord) où il a occupé la chaire de sémiotique jusqu'en octobre 2007, date à laquelle il a pris sa retraite.

Umberto Eco a expliqué s'être mis sur le tard à la fiction, car "il considérait l'écriture romanesque comme un jeu d'enfant qu'il ne prenait pas au sérieux".

Après "le Nom de la rose", il a notamment offert à ses lecteurs "Le Pendule de Foucault" (1988), "L'île du jour d'avant" (1994) et "La mystérieuse flamme de la reine Loana (2004)". Son dernier roman, "Numéro zéro", publié en 2015 est un polar contemporain centré sur le monde de la presse.

Il est aussi l'auteur de dizaines d'essais sur des sujets aussi éclectiques que l'esthétique médiévale, la poétique de Joyce, la mémoire végétale, James Bond, l'art du faux, l'histoire de la beauté ou celle de la laideur.

Loin de l’image de l’écrivain enfermé dans sa tour d’ivoire

"Le beau se situe à l'intérieur de certaines limites tandis que le laid est infini, donc plus complexe, plus varié, plus amusant", expliquait-il dans une interview en 2007, ajoutant qu'il avait "toujours eu de l'affection pour les monstres".

Affirmant "écrire pour s'amuser", Il Professore – des yeux malicieux derrière des lunettes et une barbe devenue blanche – était aussi bibliophile et possédait plus de 30 000 titres dont des éditions rares.

"Eco était un premier de la classe, très intelligent, très érudit. Il a incarné avec brio la figure de l'intellectuel européen. Il était aussi à l'aise à Paris et Berlin qu'à New York ou Rio", estime Alain Elkann.

Homme de gauche, Eco n'avait rien de l'écrivain enfermé dans sa tour d'ivoire et ce joueur de clarinette écrivait régulièrement pour l'hebdomadaire L'Espresso.

Après la victoire aux élections législatives de Silvio Berlusconi en 2008, il avait consacré un article au retour de l'esprit des années 1940, regrettant d'"entendre des discours semblables à ceux sur ‘la défense de la race’ qui n'attaquaient pas seulement les Juifs, mais aussi les Tziganes, les Marocains et les étrangers en général".

Son dernier combat l'a mené aux côtés d'autres écrivains, dont Sandro Veronesi ("Chaos calme" (2005)), pour protéger le pluralisme de l'édition en Italie après le rachat de de la maison dédition RCS Libri par Mondadori, propriété de la famille Berlusconi.

Umberto Eco a rejoint avec d'autres auteurs une nouvelle maison d'édition, baptisée La nave di Teseo (le bateau de Thésée, le mythique roi d'Athènes), dirigée par Elisabetta Sgarbi, ancienne directrice éditoriale de Bompiani, fleuron du groupe RCS, éditeur en Italie d'Umberto Eco, mais aussi du Français Michel Houellebecq.

Avec AFP

Première publication : 20/02/2016

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