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FRANCE

Grande Guerre : dans la boue avec les fantômes de Verdun

© Stéphanie Trouillard, France 24

Vidéo par FRANCE 2

Texte par Stéphanie TROUILLARD , Envoyée spéciale à Verdun

Dernière modification : 22/02/2016

Pour les cent ans du début de la bataille de Verdun, plusieurs commémorations ont eu lieu dimanche. Au petit matin, une cérémonie émouvante s'est déroulée au Bois des Caures, théâtre de combats particulièrement violents.

Une pluie fine tombe sur le bois des Caures en ce dimanche de février. Il est 6 h 45 et pourtant plus de 300 personnes ont bravé le mauvais temps pour assister à la première commémoration du centenaire de Verdun. Le long d'un chemin boueux, éclairé à la seule lumière des bougies, ces courageux s'apprêtent à faire un voyage dans le temps.

Il y a exactement cent ans jour pour jour, dans cette forêt de la Meuse, une pluie d'obus s'abattait sur les soldats français, marquant le début d'une bataille de plus de 300 jours. Dans ce bois situé à une quinzaine de kilomètres au nord de Verdun se trouvent alors les 56e et 59e bataillons de chasseurs à pied commandés par le lieutenant-colonel Driant. À l'emplacement de son ancien PC, des bénévoles de l'association Connaissance de la Meuse, évoquent le souvenir de ces hommes et de leur chef qui en quelques minutes ont connu l'enfer.

Vers 7 h en ce 21 février 1916, l'artillerie allemande commence à pilonner les positions adverses. Près de 1 400 canons vomissent près d'un million d'obus en une seule journée. Selon les estimations, 80 000 tombent sur le seul bois des Caures. Un siècle plus tard, le son de ces bombardements a été reconstitué par l'association historique. Des fumigènes et des flashs crépitent également de tous les côtés. L'intensité n’est sûrement pas comparable à ce qu'ont connu les poilus à l'époque, mais l'effet est terrifiant. Dans la pénombre et avec cette boue qui colle aux pieds, les spectateurs réalisent le cauchemar vécu à l'époque par leurs aïeux. "Cette évocation prend aux tripes ; ce n'est pas un spectacle assis tranquillement dans une salle de cinéma", commente le secrétaire d'État aux Anciens combattants et à la Mémoire Jean-Marc Todeschini, présent pour cette commémoration d'un genre particulier. "Revenir sur le champ de bataille, c'est vivre une émotion", ajoute-t-il.

 

Des soldats immobiles

Invités à poursuivre le parcours, les participants s'enfoncent encore un peu plus dans la forêt, alors que le soleil commence timidement à se lever. C'est alors qu'apparaissent des ombres. De loin, on a l'impression de voir des mannequins de cire, mais il s'agit bien de figurants. Incroyablement figés dans la terre, fusils dans la main, uniformes sur le dos, ils font revivre les chasseurs du bois des Caures. Le silence est seulement brisé par d'autres bénévoles qui lisent des témoignages de ces soldats venus d'un autre temps. Un peu plus loin sur le chemin, ce sont des combattants allemands qui surgissent eux aussi du passé. Les deux armées se font de nouveau face cent ans après, mais pas une balle ni un cri ne perce dans la forêt. L'effet est encore plus saisissant et l'émotion plus forte. "On ne peut pas se mettre à la place de ces hommes, mais on voit un peu l'épreuve qu'ils ont endurée", commente Alain, un Meusien, venu avec sa femme, tout spécialement à l'occasion de ce centenaire.

Certains figurants portent leur camarade blessé, tandis que d'autres sont déjà tombés au sol, les yeux définitivement fermés. Il y a un siècle, ce fut le cas du lieutenant-colonel Driant, qui, après avoir résisté plus de 36 heures à l'offensive allemande, tomba dans ce bois. Une stèle marque le lieu de sa mort. Comme lui, la grande majorité des chasseurs n'ont pas survécu à cette terrible journée. Sur les 1 200 hommes de Driant, seulement une centaine ont réussi à sortir vivants de ce déluge de feu. Un monument a été érigé en hommage à leur courage qui a permis de retarder l'avancée allemande. "Les chasseurs ne se rendent pas", avait l'habitude de répéter leur chef, qui est d'ailleurs enterré au pied de cet énorme bloc de pierre. "On les appelait les diables bleus" rappellent également une bénévole lors d'un moment de recueillement à cet endroit. "Durant la Première Guerre mondiale, 82 000 chasseurs ont été tués, mais c'est ici qu'ils ont écrit une des plus glorieuses pages de leur histoire", précise-t-elle.

"L'amitié franco-allemande d'aujourd'hui"

Dans les rangs, les spectateurs parlent peu comme saisis d'effroi à l'évocation de tous ces morts. Malgré la dureté de cette page de notre histoire, beaucoup sont venus en famille dans le but de passer le relai à la nouvelle génération, à l'image de Louane, accompagnée par son père. "C'était important d'être ici au jour et à l'heure auxquels cela a débuté il y a cent ans", explique cette jeune fille originaire de la région. "C'est chez moi. Depuis que je suis toute petite, c'est une histoire que je connais." D'autres ont en revanche fait des centaines de kilomètres pour assister à cette commémoration. Michael a fait le voyage depuis l'Allemagne. Même s'il n'a pas eu d'ancêtres qui ont fait Verdun, c'est un mordu de la Grande Guerre. "Nous sommes tout un groupe qui vient ici depuis 15 ans. Nous faisons des recherches historiques. C'est ma passion !", explique-t-il entouré par ces deux petits garçons.

Il y a un siècle, Allemands et Français s'entretuaient dans un déchaînement de violence pour un tout petit bout de territoire. "Verdun, c'est bien sûr la bataille, les ennemis d'hier, mais c'est surtout l'amitié franco-allemande d'aujourd'hui", insiste Jean-Marc Todeschini. Cent ans plus tard, les canons se sont tus, mais les soldats des deux camps n'ont pas été oubliés. Leurs enfants marchent désormais côte à côte sur le même chemin de la mémoire.

Première publication : 21/02/2016

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