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Economie

Comment l’EI met la main sur le matériel permettant de fabriquer ses bombes

© Conflict Armament Research | Des tonneaux contenant de la vaseline fabriqués en Iran et saisis en février 2015 non loin de Mosoul en Irak

Texte par Sébastian SEIBT

Dernière modification : 25/02/2016

Une ONG a tracé l’origine de 700 composants utilisés par les terroristes de l’organisation État islamique pour fabriquer leurs bombes. Des produits de 51 sociétés du monde entier sont utilisés dans la confection de ces engins explosifs.

Le Nokia 105 a les faveurs des combattants de l’organisation État islamique (EI) pour servir de détonateur à distance. Mais le fabricant finlandais de téléphones portables n’est pas le seul groupe à être cité dans le rapport sur les composants utilisés par ces jihadistes pour fabriquer leurs engins explosifs, publié par l’ONG Conflict Armement Research (CAR) pour le compte de l’Union européenne jeudi 24 février.

En 20 mois d’enquête en Syrie et en Irak, les équipes de l'ONG ont pu identifier 700 composants produits par 51 sociétés de 20 nationalités différentes. L’EI utilise ainsi de la vaseline transportée dans des tonneaux iraniens, des détonateurs libanais ou autrichiens, des smartphones de confection chinoise ou encore vietnamienne et a recours à des composants chimiques produits par un grand nombre d'entreprises turques. Pour obtenir ces informations, le CAR a envoyé des équipes qui "ont évolué au sein de groupes de Peshmerga [à la frontière entre la Syrie et la Turquie, NDLR] et de milices chiites au sud de l’Irak et suivaient les combattants lorsqu’ils prenaient possession d’une base de l’EI où ils récupéraient le matériel", précise à France 24 James Bevan, directeur exécutif du CAR.

L'EI évite les réseaux de contrebande

La plupart de ces composants sont en vente libre. Le rapport démontre que les terroristes de l’EI évitent autant que possible les réseaux de contrebande de matériel militaire, bien plus traçables, pour ne pas éveiller les soupçons. Les entreprises nommées sont impliquées dans ce commerce morbide à leur corps défendant. "Aucune d’entre elles n’était au courant et c’est nous qui, à chaque fois, les avons informés de ce qui se passait sur le terrain", précise le responsable de l’ONG.

C’est localement que cela se passe. Il peut s’agir, par exemple, du petit distributeur en Turquie qui vend de l’engrais à un intermédiaire, s’étant fait passer pour un fermier. Un engrais qui sera ensuite utilisé par l’EI dans des bombes. D’autres composants – comme les câbles – sont principalement des prises de guerre, par exemple lors du pillage des réserves du régime syrien.

Un circuit très court qui permet à l’organisation terroriste de mettre la main "facilement et très rapidement" sur ce dont le groupe a besoin. Dans certains cas, il ne se passe pas plus d’un mois entre le moment où le distributeur reçoit le matériel et celui où les terroristes l’utilisent sur le terrain.

Non coopération de la Turquie

Ce réseau d’approvisionnement très organisé permet à l'EI de produire leurs bombes à une "échelle quasi-industrielle", d’après les auteurs du rapport. "Ils achètent les composants en grande quantité car il doit s’agir du même téléphone, de la même puce électronique etc., afin de pouvoir rédiger un seul mode d’emploi valable pour tous les explosifs fournis aux combattants", explique le directeur du CAR.

Une incertitude demeure toutefois sur l’ampleur de ce commerce en Turquie. Ankara a en effet refusé de coopérer avec les enquêteurs du CAR, même "après une demande expresse des autorités européennes", regrette James Bevan. Le pouvoir turc n'a pas voulu remettre des informations sur des entreprises locales à une organisation dont il ne reconnaissait pas la légitimité. L’ONG a donc dû obtenir les informations directement auprès des fournisseurs qu’ils ont pu retrouver, au risque de n’avoir qu’une image partielle de la situation.

Reste à savoir comment court-circuiter une production qui repose essentiellement sur le commerçant du coin et le pillage des réserves de l’ennemi. James Bevan reconnaît que les sociétés internationales citées dans le rapport ne vont pas arrêter de vendre leurs produits, dont le commerce est par ailleurs parfaitement légal. "Les distributeurs locaux devraient être plus vigilant lorsque, par exemple, un client veut leur acheter cinquante smartphones à la fois", juge-t-il. Une autre piste suggérée aux autorités européennes est de mettre sur les lots d’engrais, par exemple, des traceurs afin d’aider à remonter la filière jusqu’aux centres de production de l’EI.

Première publication : 25/02/2016

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