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L'UE hausse le ton contre la Turquie après la mise sous tutelle d'un journal d'opposition

© Ozan Kose, AFP | Les protestataires ont continué à manifester samedi devant les locaux du journal d'opposition Zaman.

Texte par FRANCE 24

Dernière modification : 06/03/2016

Au lendemain de la mise sous tutelle du journal d'opposition turc Zaman, la police a délogé sans ménagement les manifestants rassemblés devant les locaux de quotidien. L'UE, de son côté, a appelé la Turquie à respecter la liberté de la presse.

La tension ne retombe pas à Istanbul après le placement sous tutelle judiciaire, vendredi soir, du journal d’opposition Zaman. Samedi, la police turque a une nouvelle fois fait usage de gaz lacrymogènes et tiré des balles en caoutchouc dans la capitale turque pour disperser sans ménagement des manifestants rassemblés devant les locaux du quotidien - largement hostile au président Recep Tayyip Erdogan.

Le groupe Zaman, qui possède également le journal de langue anglaise Today’s Zaman et l’agence de presse Cihan, est considéré comme proche de l’imam Fethullah Gülen, un ancien allié devenu l’ennemi numéro un du président turc Erdogan depuis un énorme scandale de corruption qui a éclaboussé le sommet de l’État fin 2013.

>> À lire sur France 24 : "Procès de Gülen, le faiseur de roi devenu ennemi d’État"

Pour les journalistes de Zaman, cette reprise en main de leur journal par les autorités n’est ni plus ni moins une volonté du pouvoir turc de les museler.

Pour le régime, qui se félicite de la décision de la justice, cette reprise en main se justifie dans le cadre de la lutte contre le terrorisme. Le président Erdogan accuse en effet depuis longtemps Fethullah Gülen de vouloir fomenter un coup d’État en infiltrant la justice, la police, les médias et d’autres institutions pour créer une "structure parallèle". Le prédicateur rejette ces accusations.

"La Turquie a le droit d’interroger ceux qui, acteurs économiques ou journalistes, participent à l’évidence à un coup d’État contre un gouvernement élu", a déclaré, samedi, le Premier ministre, Ahmet Davutoglu. Plusieurs autres organes de presse liés au mouvement de Gülen avaient été saisis en octobre et des entreprises, y compris une banque, avaient été confisquées.

"C'est une période sombre pour la démocratie"

Du côté de la communauté internationale, l’Union européenne (UE) a rappelé samedi à la Turquie ses obligations concernant la liberté de la presse. "Nous continuerons à surveiller l’affaire de près. La Turquie, en tant que pays candidat (à l’adhésion européenne), doit respecter la liberté des médias", a écrit, samedi, le commissaire européen à l’Elargissement, Johannes Hahn, sur Twitter.

Le président du Parlement européen, Martin Schulz, a estimé qu’il s’agissait "d’un nouveau coup porté à la liberté de la presse" et a promis de s’entretenir de cette question avec le Premier ministre turc, lundi.

Pour le secrétaire général du Conseil de l’Europe, Thorbjorn Jagland, la décision rendue vendredi par la justice turque est "un nouveau développement préoccupant" concernant la liberté des médias en Turquie.

Avec 650 000 exemplaires imprimés chaque jour, Zaman est le plus gros tirage de la presse turque, selon MedyaTava, un site internet spécialisé dans l’analyse des médias.

Son rédacteur en chef, Abdulhamit Bilici, et l’éditorialiste Bulent Kenes ont été licenciés. "C’est devenu une habitude ces trois, quatre dernières années : quiconque s’élève contre le gouvernement risque soit l’emprisonnement soit de tomber sous le contrôle du gouvernement. C’est une période sombre pour notre pays et pour la démocratie", a déclaré Abdulhamit Bilici.

Avec Reuters
 

Première publication : 06/03/2016

  • TURQUIE

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