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Economie

MyGenome, une appli pour tout savoir sur son génome à moins de 1 000 dollars

© Veritas Genetics | L'application MyGenome permettra de comprendre le séquençage du génome des utilisateurs.

Texte par Sébastian SEIBT

Dernière modification : 08/03/2016

Veritas Genetics lance aux États-Unis le premier service de séquençage du génome humain pour moins de 1 000 dollars. Une manière d’évaluer les risques de contracter certaines maladies comme le cancer du sein ou Alzheimer.

Tout savoir sur son génome pour seulement 999 dollars. Ce n’est pas la dernière promotion d’un supermarché de la santé, mais la promesse de Veritas Genetics, une société américaine cofondée par le professeur de génétique de Harvard George M. Church. Elle a annoncé, jeudi 3 mars, le lancement aux États-Unis de MyGenome, le premier scan complet du code génétique humain accessible pour moins de 1 000 dollars. Les résultats sont présentés de manière compréhensible au commun des mortels via une application sur smartphone. Les premiers échantillons de salives et de sang seront prélevés en avril et les résultats disponibles à partir de juin.

Le séquençage du génome, c’est-à-dire la lecture de l’ensemble des informations contenues dans l’ADN d’une personne, permet d’en savoir plus, notamment, sur les prédispositions à certaines affections. Il peut s’agir des risques d’être atteint de la maladie d'Alzheimer, de certains cancers ou encore de la maladie de Huntington et de la mucoviscidose. La décision très médiatique d’Angelina Jolie de procéder à une double mastectomie en 2013 (ablation des deux seins) découlait de la découverte chez l’actrice d’un gène augmentant les risques d’avoir un cancer du sein.

Casser les prix

La plupart des tests actuellement prescrits par les médecins ne concernent qu’une partie du code génétique. Ils sont plus précis qu’un séquençage complet lorsqu’on sait ce que l’on cherche, comme la prédisposition à une maladie précise, et surtout, coûtent seulement quelques centaines de dollars.

La cartographie complète du génome la moins chère était, jusqu’à présent, proposée par la société américaine Illumina pour un peu moins de 3 000 dollars, précise le quotidien “San Diego Union-Tribune”. Veritas Genetics vient donc de dynamiter ce marché avec un tarif inférieur à la barre symbolique des 1 000 dollars.

Le PDG de cette société, Mirza Cifric, n’explique pas comment il parvient ainsi à casser les prix. Dans un billet de blog publié fin février, il rappelle, cependant, qu’il travaille avec ses équipes depuis plus de dix ans sur le séquençage du génome, notamment au sein d’un groupe de travail rattaché à l’université de Harvard, baptisé Personal Genome Project.

Veritas Genetics s'assurera aussi des sources de revenus connexes en proposant à ses futurs utilisateurs de partager leurs résultats avec des “coachs” qui, une fois rémunérés, pourront prodiguer des conseils de vie en fonction des nouvelles informations génétiques. La société précise ainsi que le séquençage permet de déterminer si une personne supporte mieux ou moins bien que la moyenne l’effort physique et rappelle que les besoins nutritionnels peuvent dépendre du code génétique.

Problème avec les autorités

Mais MyGenome ne sera pas disponible d’un simple clic sur son iPhone. Pour y avoir accès, il faudra être muni d'une prescription médicale. Veritas Genetics essaie ainsi d'échapper aux foudres de la Food and drug administration (FDA), l’autorité sanitaire américaine. En 2013, la FDA avait interdit à la start-up 23andMe de vendre au quidam ses tests génétiques pendant deux ans.

Ceux-ci devaient permettre de déterminer les risques d’être atteint par 240 maladies génétiques différentes. Mais la FDA avait estimé que ces test ne permettaient pas d’établir les prédispositions pour tant d’affections. 23andMe a pu reprendre ses activités en 2015 mais n’a désormais le droit de tirer des conclusions que pour 40 types de maladies.

Mirza Cifric veut aussi mettre le corps médical dans la boucle car il assure que les résultats de son séquençage ne constituent pas un diagnostic définitif. Il s’agit de l’évaluation d’un risque qui nécessite, d’après ce chef d’entreprise, un suivi médical en cas de doute.

Reste à savoir qui peut vouloir dépenser 1 000 dollars pour ça. Ce séquençage peut être utile lorsqu’un changement de mode de vie peut réduire le risque de contracter certaines maladies. Mais qu’en est-il, par exemple, pour la maladie d’Alzheimer ? “Qu’est-ce qu’on est censé faire si l'on est prédisposé, jouer davantage au Suduku ?”, ironise le Dr Gilbert Welsh, professeur de médecine à l’institut de Darthmouth, sur Statnews, un site spécialisé dans la médecine. Il juge que dans ces cas là le séquençage ne sert, au final, qu’à augmenter l’anxiété et le stress… qui ne sont pas bons pour la santé.

Misha Angrist, professeur à l’Université de Duke, soulève quant à  lui des questions éthiques : est-il raisonnable de laisser une personne découvrir qu'il existe un risque important qu'elle développe une maladie mortelle par le biais d'une application ?

Première publication : 08/03/2016

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