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Moyen-Orient

Mise sous tutelle du journal turc Zaman : la filiale française devient le porte-voix de ses confrères

© Ozan Kose, AFP | Manifestation à Istanbul pour défendre le quotidien Zaman, après sa mise sous tutelle, le 4 mars 2016.

Texte par Sarah LEDUC

Dernière modification : 11/03/2016

Mis sous tutelle judiciaire le 4 mars, le quotidien turc Zaman est reparu deux jours après dans sa nouvelle version, pro-gouvernementale. Mais les journalistes turcs et ceux des franchises internationales du quotidien organisent la résistance.

Considéré par le gouvernement turc comme étant proche de l'imam Fethullah Gülen, ennemi historique du président Recep Tayyip Erdogan, le quotidien Zaman (le Temps, en turc), souvent critique à l’égard du régime, a été mis sous tutelle judiciaire il y a moins d'une semaine. Malgré les manifestations pour dénoncer ce nouvel affront à la liberté de la presse en Turquie, Ankara a rapidement mis le quotidien au pas. Dès le 6 mars, le journal affichait une nouvelle ligne éditoriale résolument pro-gouvernementale. La une faisait ainsi référence à la visite du président turc sur le site d’un troisième pont en construction au-dessus du Bosphore.

Pourtant, les journalistes du quotidien fondé en Turquie il y a 30 ans et qui a tiré jusqu’à 800 000 exemplaires par jour, ne jettent pas l’éponge. La résistance s’organise, à l’intérieur comme à l’extérieur. Notamment dans la rédaction de Zaman France, l’une des 23 rédactions internationales du journal turc. Franchise basée à Paris, indépendante financièrement, la rédaction francophone est devenue depuis six jours le porte-voix de ses confrères turcs. Interview d'Emre Demir, journaliste turc et ancien correspondant de Zaman à Paris, fondateur et rédacteur en chef de Zaman France.

France 24 : Zaman a été placé sous tutelle le 4 mars. Quelles sont les conséquences pour Zaman France ?

Emre Demir : Nous ne sommes pas concernés par cette confiscation : nous partagions la ligne éditoriale du Zaman d’avant et profitions de la marque Zaman, mais nous sommes une franchise, déclarée en France, à 100 % indépendante financièrement, avec nos propres abonnés et une distribution en kiosque. Nous pouvons donc continuer à exercer notre métier librement. Nous allons continuer comme avant et faire entendre les voix des journalistes de Turquie qui ne peuvent plus le faire.

Quelle est la situation pour vos confères en Turquie une semaine après?

Depuis samedi, une centaine de policiers ont investi les locaux de Zaman et nos collègues travaillent sous surveillance. Il y a des contrôles d’identité à tous les étages et des check-points partout autour du bâtiment pour empêcher aux éventuels manifestants de s’approcher.

Le directeur de la rédaction et le rédacteur en chef de Zaman ont été renvoyés. Ils [la tutelle] ont suspendu le site Internet, annonçant : "nous allons revenir avec une version plus objective"… Ils ont aussi supprimé la page Facebook ainsi que les comptes Twitter des journalistes qui n’ont plus accès aux serveurs. Mardi, le site a été remplacé par un blog wordpress avec des photos d’Erdogan partout mais rien sur les manifestations qui ont suivi la mise sous tutelle du journal. Ils ont changé la ligne éditoriale en 24 heures !

Ils ont purgé toutes les archives qui avaient été mises en ligne depuis 20 ans, soit 9 millions d’articles supprimés... Enfin, je viens d’apprendre que les photos de l’intervention policière au siège ont également été confisquées et nous n’avons plus les droits sur nos propres images.

Les journalistes historiques de Zaman ont-ils été contraints de suivre cette nouvelle ligne éditoriale ?

Non ! Les nouveaux contenus ont été produits par des journalistes de Sabah, un quotidien qui défend la politique de l’AKP [parti au pouvoir en Turquie]. L’agence de presse pro-gouvernementale Anatoli a également fourni des dépêches.

À Zaman, la résistance s’organise, à l’intérieur comme à l’extérieur. En Turquie, les journalistes font de la résistance et pas un seul de mes confrères n’a collaboré avec la nouvelle direction. D’après mes informations, sur environ 500 journalistes, une cinquantaine a été renvoyée. Mais beaucoup ont aussitôt recommencé à travailler. Ils ont repris Yarina Bakis, un journal local qui existait déjà et qui leur fournit une tribune libre. Ils ont attiré 200 000 nouveaux lecteurs en cinq jours et ils ont le projet de créer leur site d’information.

Quant aux journalistes qui sont toujours à Zaman, ils ne veulent pas démissionner pour ne pas donner tout le pouvoir au gouvernement. Ils continuent à écrire leurs articles même s’ils sont censurés, et ils les envoient aux éditions internationales de Zaman, comme nous à Paris.

Vous êtes donc devenus depuis Paris les porte-voix de vos confrères turcs… Avez-vous également subi des menaces ou des pressions ?

Oui, nous faisons de la résistance et je suis vraiment fier. Nous avons changé notre orientation éditoriale depuis cinq jours : avant on parlait beaucoup de la France mais là, nous avons remis la Turquie au cœur de notre journal.

Après, nous subissons des pressions et des menaces tous les jours. Pas un jour ne se passe sans que l’on ne reçoive des insultes dans nos boîtes mail. Moi-même, je n’ai pas pu mettre les pieds chez moi en Turquie depuis deux ans. Mais nous sommes en France et donc concernés seulement au deuxième degré. Et que faire d’autre que résister et dénoncer : Erdogan est en train de tuer la presse indépendante et de faire de la Turquie un régime totalitaire. La confiscation de Zaman est une étape importante et symbolique de ce changement de régime.

Étant donné la nouvelle ligne éditoriale de votre journal de tutelle, allez-vous conserver l’identité Zaman malgré tout ?

Pour l’instant oui, on garde la marque Zaman, pour sauver l’honneur du métier et de Zaman. On ne veut pas lâcher notre journal à ces incompétents ! Après, je pense qu’ils vont essayer de couler le journal et de faire en sorte qu’il fasse faillite dans les quatre prochains mois, comme ils l’ont fait avec d’autres. Mais si Zaman devait survivre pour devenir un journal comme les autres, suppôt du pouvoir, raciste et antisémite, alors nous changerons d’identité.

Première publication : 10/03/2016

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