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Economie

Techfugees : 36 heures de code pour aider les réfugiés

© Sebastian Seibt | L'équipe qui a développé Textfugee, un traducteur de SMS, qui a eu les faveur du jury du hackaton.

Texte par Sébastian SEIBT

Dernière modification : 14/03/2016

Traducteur automatique de SMS, plateforme d’aide pour trouver un emploi ou encore site d’échanges de services : tels sont quelques-unes des solutions numériques développées lors de techfugees, le deuxième hackaton en France pour aider les réfugiés.

“J’aurais bien aimé que lors de mon arrivée en France, des applis, comme celles présentées ici, existent déjà”. Adam Sakhr, développeur et blogueur soudanais de 37 ans, est impressionné par certains des projets soutenus lors du hackaton techfugees qui s’est déroulé à Paris samedi 12 et dimanche 13 mars.

Il a fui son pays en décembre 2014 pour échapper à une condamnation à mort, et vit en France depuis lors comme demandeur d’asile. Il n’aurait pas imaginé, à l’époque, se retrouver plus d’un an après avec une centaine d’autres participants à chercher au Wagon, une école de développement Web en plein cœur du 11e arrondissement, des solutions numériques innovantes pour aider les réfugiés ou demandeurs d’asile à mieux s’intégrer en France.

Adam Sakhr est un blogueur soudanais condamné à mort dans son pays et qui a demandé l'asile à la France. Il suit une formation à l'école de développement web de Simplon.co, partenaire de ce hackaton. © Sebastian Seibt

Il a, lui-même, aidé à créer Nowall, une application qui traduit automatiquement les échanges avec l’administration par SMS dans plusieurs langues afin de faciliter les démarches des réfugiés. L’équipe derrière ce projet – une demi-douzaine de personnes – dispose de 36 heures pour mettre au point la solution et la présenter à un jury de professionnels du Web.

Deux jours pour tout faire

Dans le même délai, un autre groupe essaie de créer un “Just Help”, un site pour donner des vivres qui seront redistribués aux réfugiés, comme lors des collectes à la sortie des supermarchés. L’association “Action emploi réfugiés” s’intéresse, de son côté, à un site qui permettrait de mettre en relation des employeurs acceptant de faire travailler des réfugiés, et des candidats. Cette plateforme “veut mettre en avant les compétences des candidats plutôt que les diplômes, car sinon les demandeurs d’asile seraient toujours à la traîne sur les autres”, précise Diane Binder, coprésidente et fondatrice d’Action emploi réfugiés.

Y arriver en moins de deux jours relève pour chacun du défi, mais c’est le principe de tous les hackatons, ces marathons où développeurs et porteurs de projets collaborent pour trouver une solution numérique à un problème.

Ils sont, en tout, une centaine à avoir répondu à "l’appel à coder" de l’association techfugees, fondée par un journaliste britannique du site d’informations technologiques TechCrunch, et de Singa, une communauté internationale d’échanges et de collaboration entre les réfugiés et ressortissants de leur lieu d’accueil.

Les participants habituels de ce genre de session – développeurs, designers, as du “business plan” et pros du "pitch" – se sont cette fois mêlés à des associatifs ou des représentants d’organismes tels que le Haut commissariat aux réfugiés (HCR) de l’ONU, beaucoup moins rompus à l’exercice.

Il y aussi les “enthousiastes”, des citoyens qui n’ont rien à voir, ou presque, avec le monde du Web ou de la demande d’asile, et qui estiment que ce hackaton est un bon moyen de s’investir. “Je me suis dit que je pouvais enfin vraiment avoir un impact sur un sujet – l’accueil des réfugiés – qui me tient à cœur”, assure Louisa Mesnard, une étudiante à HEC Entreprise. Elle a voulu apporter son savoir-faire commercial et son aisance à l’oral à un projet de traduction de SMS, baptisée Textfugee, qui a finalement remporté le concours de ce hackaton. Cet outil doit permettre d’automatiser l’envoi de SMS par des associations à des groupes en traduisant automatiquement le texte dans une quarantaine de langues susceptibles d’être parlées par les demandeurs d’asile.

“Session de massages entre 19 h et 22 h”

Après une journée d’intense labeur, une partie de ce petit monde est avachie dans les sofas, les yeux fatigués, avec les ordinateurs portables sur les genoux. D’autres sont en grande discussion autour d’une table pour affiner leur projet ou très concentrés et coupés du monde extérieur, dans un coin de cette énorme salle sous un toit en verrière, pour trouver le bout de code qui va tout changer. Les cadavres de canettes de sodas sont là pour témoigner des efforts des uns et des autres pour rester concentrés.

“Il y aura des sessions de massages entre 19 h et 22 h”, précise samedi soir Anne-Sophie, web entrepreneuse et coorganisatrice de l'événement. Preuve du niveau de fatigue et de tensions : ces petites plages de détentes de 10 minutes sont rapidement prises d’assaut. Ceux qui ont raté les massages ont pu se rattraper avec une séance de yoga le lendemain matin.

C’est la deuxième fois qu’un tel hackaton pour aider les réfugiés est organisé à Paris. Le premier avait eu lieu en janvier 2015, à l’initiative de Singa. “Il y a davantage de monde cette fois-ci, ce qui prouve que cette manière de faire marche et que la communauté reste mobilisée pour les refugiés”, se félicite Guillaume Capelle, cofondateur de Singa.

Sensibiliser aux problèmes des réfugiés

Pour lui, ce succès aide aussi à tordre le cou à l’idée préconçue selon laquelle le numérique serait tout en bas de la liste des priorités des réfugiés. “Nous avons mené une étude il y a trois ans sur leurs usages numériques qui démontre que l’une des toutes premières choses que ces personnes font en arrivant dans un pays est d’acquérir un téléphone ou trouver un moyen de se connecter à Internet”, rappelle-t-il.

Un constat avec lequel Adam Sakhr est d’accord. Pour lui c’est un moyen essentiel pour aider à s’intégrer dans un pays d’accueil. Ces hackatons servent aussi, d’après lui, à mieux sensibiliser des développeurs et porteurs de projets aux problèmes des réfugiés. “J’ai été étonné à quel point ils ont bien compris des problématiques qui n’étaient pas les leurs”, assure-t-il.

Le développement de l'application e-Migreat, qui a terminé sur la deuxième place du podium de ce hackaton. © Sebastian Seibt

La plupart des participants n’ont, en effet, pas de connaissance intime de la tragédie que peuvent vivre les réfugiés, et ce à quoi ils doivent faire face en arrivant en France. Camille et Julien, deux amis de 23 ans et 27 ans, voulaient mettre en place une base de données des profils des réfugiés pour aider les associations à partager les informations. Hélas, ils se sont très vite rendus compte, en discutant avec les professionnels sur place et des réfugiés, que l'idée d'un fichier central de réfugiés n'étaient pas une bonne idée.

Ils ont alors décidé de changer de fusil d'épaule : ils ont crée e-Migreats, un portail communautaire qui permet aux réfugiés et aux résidents d’échanger des services. Bonne pioche : cette nouvelle solution est arrivée en sur la deuxième marche du podium de ce hackathon.

Première publication : 14/03/2016

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