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Pédophilie dans le diocèse de Lyon : un "Spotlight" à la française ?

© Safin Hamed, AFP | Des affaires de pédophilie ébranlent le diocèse de Lyon et son archevêque, le cardinal Philippe Barbarin.

Texte par Sarah LEDUC

Dernière modification : 17/03/2016

En dénonçant les crimes pédophiles commis par un prêtre de Lyon, les victimes ont contribué à briser le silence en vigueur dans l'Église française. Faut-il s'attendre à un scandale similaire à celui relaté dans le film oscarisé "Spotlight" ?

Serait-ce le début d'un "Spotlight" à la française ? Tout juste primé aux Oscars, le film américain retrace l’enquête d’une équipe de journalistes sur les agissements de près d'une centaine de prêtres pédophiles couverts par l'Église catholique dans la région de Boston, aux États-Unis, au début des années 2000. Aujourd'hui, c'est le diocèse de Lyon, en France, qui est secoué par des affaires de pédophilie.

Le cardinal Philippe Barbarin, plus haut prélat de l’Église française, est mis en cause dans deux affaires de pédophilie qu’il aurait tardé à régler. Une plainte a été déposée en février pour mise en danger de la vie d'autrui concernant des atteintes sexuelles commises par un prêtre lyonnais, Jérôme Billioud, sur un mineur de 16 ans au début des années 1990. Il était déjà visé par une enquête pour non dénonciation d'atteintes sexuelles de mineurs de moins de 15 dans l'affaire Bernard Preynat, du nom du prêtre mis en examen fin janvier pour des dizaines d'agressions pédophiles sur des scouts lyonnais, entre 1986 et 1991.

Jeudi 17 mars, une nouvelle affaire est venue éclabousser le primat des Gaules : un prêtre du diocèse de Lyon, condamné pour agressions sexuelles à Rodez, a été maintenu en activité et déplacé dans le Rhône après avoir été reconnu coupable de gestes déplacés sur de séminaristes, âgés de 19 à 34 ans. De jeunes majeurs, donc. 

Boîte de Pandore

Face à la multiplication des cas, on s'interroge : doit-on s'attendre à un scandale aussi retentissant que celui arrivé à Boston, il y a 15 ans ? "Non", a estimé Isabelle de Gaulmyn, rédactrice en chef adjointe du journal La Croix. Mais "cette affaire du père Preynat va provoquer des prises de paroles. À mon avis, ce n'est que le début de beaucoup de plaintes qui vont être déposées. Sans doute des choses très anciennes, qui sont prescrites par la loi. Donc ce n'est plus un problème de justice, c'est plus un problème de morale, de responsabilité", déclarait-elle sur France Info, mercredi 16 mars.

>> À lire sur France 24 : "Le cardinal Barbarin se défend d'avoir protégé des prêtres pédophiles"

Les langues ont déjà commencé à se délier. "La Parole libérée", l’association de défense des victimes du père Preynat, affirme avoir déjà reçu des dizaines de messages de victimes d’abus sexuels commis par d’autres prêtres, de la région et du reste de la France. "En deux mois à peine, nous sommes submergés de messages. On appréhende d’ouvrir nos mails le matin !", assure à France 24 Dominique Murillot, psychologue de l’association. "On a l’impression d’avoir ouvert une boîte de Pandore. Cela dépasse largement le problème lyonnais, c’est national !"

"C’est notre secret, mon petit loup"

Ces autres témoignages, que France 24 n’a pas pu consulter, n’ont à ce jour pas fait l’objet de plaintes. Un phénomène qui s’explique en partie par "la honte et la culpabilité" des victimes. "Ces souvenirs touchent à l’intime, ils ont parfois été profondément enfouis. La parole est douloureuse, d’autant qu’elle peut avoir des conséquences psychologiques, familiales ou sociales très lourdes", explique la psychologue.

Dans le cadre de l’affaire Preynat, "La Parole libérée" a récolté et vérifié les témoignages d’une soixantaine de victimes, et elle s'attend a en découvrir le double. Sur le site de l’association, 15 anciens scouts racontent comment Bernard Preynat usait de son autorité pour abuser d’eux et les maintenir dans le secret. "L’agresseur isole ses victimes avec des stratagèmes de l’ordre de : 'C’est notre secret, mon petit loup'. Il fait sentir à la victime qu’elle est seule au monde, empêchant un aveu public. À fortiori un dépôt de plainte", interprète-t-elle.

Les raisons psychologiques ne sont pas les seules à être avancées pour expliquer la faible judiciarisation du phénomène en France. "Aux États-Unis, on peut obtenir beaucoup d’argent de réparation, y compris pour les avocats. Certaines paroisses ont été ruinées. Mais ce n’est pas le cas en France", rappelle Guy Baret, journaliste théologien, qui ne s’attend pas à des révélations aussi massives qu’à Boston.

Levée progressive de l’omerta

L’ampleur de l’affaire Preynat contribue néanmoins à lever la culture de l’omerta qui prédominait jusque-là dans l’Église et parmi ses ouailles. "Autrefois, les victimes pensaient être seules, mais ce n’est plus le cas maintenant avec la médiatisation des cas. Il y a une impression de levée massive du silence sur les faits du passé […] Les révélations vont sans doute se poursuivre pendant un certains temps", ajoute Guy Baret.

Même analyse pour le rédacteur en chef de la revue catholique Golias, Christian Terras, qui a enquêté sur une dizaine d’affaires de pédophilie au sein de l’Église française ces 20 dernières années. "Avant, les victimes - souvent de très fidèles catholiques - refusaient de témoigner à visage découvert et de porter plainte. Elles avaient intériorisé la culture du silence de l’Église et refusaient de lui porter préjudice", affirme-t-il. "Mais aujourd’hui, l’institution s’est désacralisée, l’Église a perdu de son influence. Les gens osent sortir de l’anonymat et bénéficient d’une large visibilité médiatique qui les encourage. Il n’est pas impossible que l’affaire Preynat fasse école", soupçonne Terras.

>> À voir sur France 24 : L'Église face à ses vieux démons

Pour autant, alors que Guy Baret souligne la "levée progressive de l’omerta sous l’impulsion de Benoît XVI, puis de François", Christian Terras se montre plus critique. Cet ex-enfant de chœur, connu pour ses flèches aussi empoisonnées que médiatiques à l’encontre de l’Église, estime que la "grande muette" est toujours plombée par la culture du silence et l’inertie. "L’Église n’agit que lorsque les événements l’y contraignent. Elle n'avance qu'une épée dans les reins et ne prend pas les devants", dénonce Christian Terras, doutant de l’efficacité des "moyens qu'elle a mis en place pour endiguer la pédophilie".

Les outils de l’Église en question

Sonnée par ce dernier scandale de pédophilie, l'Église de France défend pourtant "l’énorme travail" qu'elle a mené sur ce sujet depuis 15 ans. "L'année 2000 a été un tournant décisif. Il y a eu une prise de conscience des évêques sur ces affaires sexuelles et leurs conséquences durables", a redit mardi Mgr Stanislas Lalanne, chargé d'une "cellule de veille" sur ces questions.

En novembre 2000, l’épiscopat a en effet publié un texte sans équivoque stipulant que les prêtres coupables de pédophilie "doivent répondre de ces actes devant la justice", sans éluder le rôle de l’évêque de tutelle. En 2001, un évêque, Mgr Pierre Pican, avait ainsi été condamné pour non-dénonciation de faits de pédophilie commis par un prêtre de son diocèse, l'abbé René Bissey, lui-même condamné à 18 ans de réclusion. Des condamnations en assises se sont ensuite succédé de 2003 à 2012, distribuant aux prêtres pédophiles des peines allant de un an à 15 ans de prison ferme.

Pour les associations de victimes, l’Église devrait aller plus loin. Par principe de précaution, elles estiment que tout prêtre suspect devrait être suspendu immédiatement par sa hiérarchie. "Comment l’Église peut-elle continuer à prendre le risque de mettre nos enfants en contact avec des individus potentiellement dangereux pour eux ?" s’interroge Dominique Murillot. L’épiscopat catholique n’a pas donné la réponse. 

Première publication : 16/03/2016

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