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Economie

L'ONU créera une base de données des entreprises implantées dans des colonies israéliennes

© Ahmad Gharabli, AFP | La décision du Haut commissariat aux droits de l'Homme fait écho au mouvement d'appel au boycot des produits israéliens fabriqués dans les colonies.

Texte par Sébastian SEIBT

Dernière modification : 30/03/2016

Le Haut commissariat aux droits de l’Homme de l’ONU veut établir une liste des entreprises qui font affaire avec les implantations israéliennes dans les Territoires palestiniens. Au grand dam de l'État hébreu.

C’est une liste qui affole le gouvernement israélien. Le Haut commissariat aux droits de l’Homme de l’ONU (HCDH) a décidé d’établir une "base de données" des entreprises établies dans les colonies israéliennes des Territoires palestiniens.

Les noms des sociétés qui y apparaîtront ne sont pas encore définitivement arrêtés, mais selon les responsables des Nations unies, contactés par le Financial Times, il y en aura pour tous les goûts : BTP, finance, sécurité, services publics… Le HCDH a déjà identifié des établissements d’Israël et d’autres pays. La liste devrait être mise à jour tous les ans.

Cette initiative a été saluée par des responsables de l’Autorité palestinienne. "C’est un message d’espoir", a déclaré Ibrahim Khreisheh, le représentant palestinien à l’ONU. Il avait d’autant plus de raisons de se réjouir que le conseil du Haut commissariat aux droits de l'Homme a adopté en même temps cinq résolutions visant à rappeler le droit des Palestiniens et condamnant la "colonisation illégale" des territoires par l’État hébreu.

Décision "absurde" pour Netanyahou

Reste que c’est l’idée d’une base de données qui a suscité une importante levée de bouclier politique en Israël, où les médias ont déjà commencé à parler de "liste noire". Le Haut commissariat aux droits de l'Homme aurait "probablement besoin d’un traitement psychiatrique en urgence", s’est agacé Emmanuel Nahshon, un porte-parole du ministère israélien des Affaires étrangères. Il a qualifié cette décision "d'obsession maladive pour Israël alors qu’il continue à ignorer des régions où les droits de l’Homme sont violés comme en Syrie, en Libye, ou en Corée du Nord".

Même son de cloche dans l’entourage du Premier ministre israélien Benjamin Netanyahou. "Il est absurde de condamner Israël au lieu de s’occuper des attaques terroristes de l’EI [organisation État islamique] en Europe", a fait savoir le cabinet du chef du gouvernement au quotidien libéral Jerusalem Post. Cette liste "fait du HCDH un complice du mouvement BDS [boycottage, désinvestissement et sanction]", a pour sa part regretté Danny Dannon, l’ambassadeur d’Israël à l’ONU.

Cette campagne, vivement critiquée par les autorités israéliennes, est la réaction d’une partie de la société civile internationale opposée à la politique de Tel Aviv dans les Territoires palestiniens. Elle a débuté en 2005. Ses promoteurs entendent utiliser les mêmes armes - économiques (boycottage des produits conçus dans les colonies israéliennes), culturelles (annulation de concerts en Israël de U2, ou Massive Attack) - que lors de la lutte contre l’apartheid en Afrique du Sud dans les années 1980.

Si Washington a toujours dénoncé ce mouvement, et s’est opposé à la décision d’établir une base de données d’entreprises liées aux implantations israéliennes en Territoires palestiniens, la position européenne est beaucoup plus alambiquée. Bruxelles condamne tout boycottage, mais a imposé, dans une règlementation de novembre 2015, l’obligation d’indiquer sur l’étiquetage si un produit israélien provient des territoires occupés.

Première publication : 25/03/2016

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