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Syrie : "Notre fils a été décapité par un jihadiste, nous voulons que justice soit faite"

© Capture d'écran d'une vidéo de propagande diffusée par l'EI | Maxime Hauchard, français, apparaît sur la droite. La vidéo le montre en train de décapiter un soldat syrien.

Texte par Amara MAKHOUL-YATIM

Dernière modification : 30/03/2016

Ghassan et Fayza sont les parents d’un soldat syrien décapité par les jihadistes de l’EI. Parmi les bourreaux se trouve le Français Maxime Hauchard, contre qui ils ont porté plainte en France. France 24 les a rencontrés.

C’est la première fois qu’ils viennent en France. Mais visiter Paris importe peu à Ghassan et Fayza. Ce couple de retraités syriens est là pour être entendu par un juge français dans le cadre de la plainte qu’ils ont déposée contre Maxime Hauchard, jeune Normand converti à l’islam, qui a rejoint les rangs de l’organisation État islamique (EI).

Ils ignoraient tout de lui, jusqu’à ce jour de novembre 2014 où ils ont découvert avec effroi une vidéo diffusée par l’EI. On y voit leur fils aîné Ghaïth être décapité, aux côtés de 18 autres hommes présentés par les jihadistes comme des soldats syriens. Ils apprendront peu après que parmi les bourreaux figure Maxime Hauchard. Le 29 septembre dernier, la Cour d’appel de Paris a jugé cette plainte recevable.

Une famille normale

Même si elle est douloureuse, ils tiennent à raconter leur histoire, à faire entendre leur voix. Ghassan et Fayza vivent à Homs, dans le centre de la Syrie. Avec leurs trois enfants, deux garçons et une fille, ils formaient une famille classique de la classe moyenne. Le père est militaire de carrière, un métier relativement courant dans la communauté alaouite à laquelle ils appartiennent, la même dont est issu le président syrien Bachar al-Assad.

"Après avoir obtenu son baccalauréat, Ghaïth s’est engagé dans l’armée et est entré à l’académie militaire", raconte son père. Dès 2007, Ghaïth est appelé à prendre son poste à Raqqa. Impossible à l’époque de savoir que la ville du nord-est de la Syrie deviendrait le fief de l’EI. Il venait en permission voir ses parents tous les mois. En 2010 il se marie et achète un appartement à Raqqa avec son épouse.

Le soulèvement en Syrie commence en mars 2011, mais n’atteint pas immédiatement Raqqa, qui reste longtemps à l’écart des violences et loyale au pouvoir. En 2012, le jeune couple voit naître son premier enfant, un petit garçon. Tout se passe bien pour Ghaïth et sa famille, qui continue à rendre visite à ses parents à Homs. Il était encore chez eux le 13 décembre 2012. "C’est la dernière fois qu’on l’a vu, mais nous ne le savions pas à ce moment-là", se souvient son père en baissant la tête. "Le 3 janvier il nous a envoyé une photo de lui promu au grade de 'naqib' [équivalent de capitaine, NDLR], il était si heureux et fier", se souvient sa mère, qui porte toujours le deuil, en farfouillant dans son téléphone portable à la recherche de la photo en question. Ce fut les dernières nouvelles heureuses qu’ils reçoivent de leur fils.

Enlevé par les rebelles de l’ASL, puis vendu à Al-Nosra

Le 13 janvier 2013 Ghaïth se trouve à un barrage situé entre Raqqa et Deir Ezzor, quand les rebelles de l’Armée syrienne libre (ASL), qui gagnent du terrain, les attaquent. Ces derniers le font prisonnier avec plusieurs dizaines d’autres hommes. "Il y avait des soldats mais aussi des fonctionnaires de l’État et des civils de la région", explique Ghassan en montrant une vidéo publiée par les rebelles sur les réseaux sociaux. On y voit l’emblème d’une brigade rebelle affiliée à l’ASL et un groupe de plusieurs dizaines d’hommes assis par terre. On leur demande de décliner leur identité, chacun leur tour. "Là, c’est lui, c’est notre fils Ghaïth !", s’écrient les parents quand vient le tour du jeune officier. Un militaire et de surcroît alaouite est une proie précieuse pour les rebelles qui combattent Bachar al-Assad.

S’ensuivent alors plusieurs mois de négociations ardues. "Ils nous bipaient depuis le téléphone de Ghaïth, je rappelais alors, mais le deal pour qu’on puisse l’appeler c’était qu’on transfère 1 000 unités téléphoniques prépayées sur un autre numéro", poursuit Ghassan. "Nous avons pu lui parler tous les jours, et j’ai payé la somme de 135 000 livres syriennes [1 060 euros environ, NDLR*], uniquement en unités téléphoniques pour pouvoir entendre sa voix. Pendant ces appels, j’ai négocié avec celui qui le détenait : il voulait que j’obtienne la libération de 17 prisonniers du régime et ensuite les échanger contre Ghaïth". Mission impossible. "J’ai tout essayé mais je ne suis pas ministre ! Et ils ne voulaient pas me croire. Ils m’insultaient et me traitaient de chien d’alaouite. Ils me disaient : 'Puisque tu es alaouite, tu peux déjeuner quand tu veux avec Assad !'"

Au bout de six mois, n’obtenant pas ce qu’ils voulaient du père de Ghaïth, les rebelles mettent leur menace à exécution : ils le vendent à Al-Nosra, la branche d’Al-Qaïda en Syrie, qui s’est emparée de Raqqa.

Nous sommes début juillet 2014 et cette fois, les négociations tournent autour d’une rançon, mais la somme exigée est gigantesque : 30 000 dollars (22 200 euros au taux de l'époque). "Nous n’aurions jamais pu la réunir, même si je vendais tout ce que je possédais et que mes frères faisaient pareil", s’indigne Ghassan. La famille de Ghaïth tente par tous les moyens de convaincre ses geôliers de baisser le montant de la rançon. Plusieurs intermédiaires, notamment des chefs tribaux de la région, proposent leur aide. Toujours contre une contrepartie financière. "En tout, j’ai payé 935 000 livres syriennes [environ 4 600 euros*] aux intermédiaires", raconte Ghassan.

"Le plus dur, c’est qu’ils ne m’ont pas rendu sa dépouille"

Pendant toute la durée des négociations, qui se seront étalées sur plus d’un an, Ghassan aura toujours des nouvelles de son fils et pourra régulièrement lui parler au téléphone. Pour presser Ghassan de céder, on lui faisait entendre au téléphone des cris, présentés comme ceux de son fils que l’on torturait. Puis, s’impatientant, les geôliers ont menacé de le vendre à l’organisation État islamique. "Les choses se sont précipitées et on a finalement obtenu début septembre 2014 qu’ils le libèrent contre 2,5 millions de livres [environ 12 400 euros*]", raconte-t-il.

Ses proches lui déconseillent de se rendre lui-même au rendez-vous pour l’échange. Il insiste. Mais sur place, il ne voit pas son fils. Un intermédiaire prend la somme et lui assure qu’il va la faire parvenir aux geôliers et que Ghaïth sera libéré dans les trois jours. "J’étais confiant. Ils m’ont permis d’appeler mon fils et je lui ai dit : 'C’est bon dans trois jours, tu seras avec nous'."

Malheureusement, trois mois passent sans aucune nouvelle. Plus d’appel. Rien. "Et puis, un de nos proches nous a parlé de la vidéo de décapitation. En fait, nos voisins étaient au courant et personne n’osait nous le dire", raconte Fayza. Ils ont tous deux regardé la vidéo, insoutenable, diffusée en novembre 2014 par l’EI. "J’avais besoin de voir de mes yeux pour réaliser, pour être sûr que c’était bien lui", raconte Ghassan en pleurs. "Le plus dur, c’est qu’ils ne m’ont pas rendu sa dépouille", sanglote-t-il.

De cette procédure judiciaire en France, ils n’espèrent pas de dédommagement et savent qu’elle risque d’être longue. D’ailleurs leur présence même en France était presque inespérée : après avoir payé la rançon réclamée par Al-Nosra, la famille s'est trouvée et se trouve toujours en grande difficulté financière dans une Syrie où la guerre a fait flamber le coût de la vie. Ce déplacement en France était au-dessus de leurs moyens ; il impliquait outre les billets d’avions et les frais de séjour, des allers-retours pour Beyrouth afin de faire la demande de visa, très coûteux. "Ils ont fait des démarches pour réunir la somme nécessaire, et la grande majorité de leur voyage a ainsi été payée par des tiers", explique leur avocat Fabrice Delinde. "À quelques jours du départ et vu que la justice française acceptait de les entendre, j’ai moi-même sollicité une aide auprès des autorités syriennes afin qu’ils puissent venir et être entendus", explique-t-il.

Selon certaines sources, Maxime Hauchard serait toujours en vie en Syrie, mais son absence complique la procédure qui, selon Fabrice Delinde leur avocat, est "très importante, mais symbolique". Mais cela ne les décourage pas. "Notre fils a été décapité par un jihadiste. Nous voulons que justice soit faite. Nous voulons aussi qu'on l'on reconnaisse ce qui s’est passé. Nous devons le faire pour la mémoire de notre fils mais aussi pour son enfant, notre petit-fils ", soulignent-ils en montrant la photo du petit garçon. Ils insistent sur un point : "Nous ne sommes pas les seuls à avoir vécu cela. Il y a des milliers de personnes en Syrie, victimes de Daech, au même titre que les victimes de l’attentat de Bruxelles".
 

* Les conversions en euros indiquées dans cet article ont été calculées à partir des taux de conversion euros-livre syrienne officiels de la Banque de France à l'époque des faits.

Première publication : 29/03/2016

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