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EUROPE

Chanson anti-Erdogan : pourquoi Berlin réagit tardivement

© Patrik Stollarz, AFP | La chancelière Angela Merkel et le président turc Recep Tayyip Erdogan en 2014.

Texte par Sébastian SEIBT

Dernière modification : 31/03/2016

Une chanson satirique anti-Erdogan, la fureur du président turc et le silence d'Angela Merkel... pour les médias allemands cette affaire illustre la faiblesse diplomatique de Berlin vis-à-vis d'Ankara.

"La liberté de la presse est non-négociable". Mercredi 30 mars, la réaction du ministère allemand des Affaires étrangères à la fureur du président turc, Recep Tayyip Erdogan, apparaît ferme, mais elle intervient bien tard. La presse allemande se demande pourquoi il fallu autant de temps à la diplomatie allemande pour réagir à la convocation de son ambassadeur à Ankara.

Celui-ci avait été sommé de s’expliquer au cours de la semaine dernière après la diffusion d’un clip critique à l’égard du "Boss du Bosphore" par une chaîne de télévision publique allemande. "Erdowie, Erdowo, Erdogan" est une chanson satirique qui dépeint le président turc en ennemi de la liberté d’expression qui s’en met plein les poches et ment à l’Europe.

"Autocrate hypersensible"

La fureur d’Ankara, qui a aussi demandé à ce que la vidéo soit censurée, a valu au dirigeant turc d’être taxé de "semi-dictateur" par le quotidien de centre-gauche Sueddeutsche Zeitung, d'"autocrate hypersensible" par Die Welt ou encore d'"apprenti Poutine" par le tabloïd Stern. Mais une fois que les médias ont fait le tour des noms d’oiseaux politiquement acceptable, une question a surgi : pourquoi le gouvernement allemand a-t-il autant traîné à condamner l’atteinte à la liberté d’expression made in Ankara ?

"Le vrai scandale est l’absence de réaction immédiate de Berlin", s’indigne ainsi le Huffington Post allemand. La convocation d’un ambassadeur est une sanction diplomatique importante qui ne devrait pas laisser Berlin sans voix, regrette le site.

"Heureusement qu'il y a Twitter" pour sauver les apparences, note le quotidien Frankfurter Rundschau. Des politiciens allemands de tous bords se sont donné rendez-vous sur le réseau de microblogging pour dénoncer la réaction turque. Mais qu’on ne s’y trompe pas : aucun des tweets vengeurs ne provient du gouvernement, regrette le journal.

Berlin en situation de faiblesse ?

La réaction plus que tardive du ministre des Affaires étrangères démontre, selon la quasi-intégralité des médias allemands, que Berlin est dorénavant en situation de faiblesse à l’égard de Reccep Tayyip Erdogan. Angela Merkel "doit se rendre compte du prix élevé à payer pour l’aide d’Ankara dans la crise des réfugiés", à travers cette affaire note le site d’information allemand Meedia.

La chanson originale de Nena (1984)

La chancelière a besoin de la collaboration d’Ankara pour contenir l’afflux de réfugiés, de plus en plus mal vécu en Allemagne. Aux yeux des éditorialistes allemands, en convoquant l'ambassadeur allemand, le président turc a voulu tester Angela Merkel : attache-t-elle plus d’importance à la liberté d’expression qu'à l'épineuse question de la gestion des réfugiés ? En Allemagne, la plupart des médias jugent qu’il ne faut à aucun prix détourner le regard lorsqu’on s’en prend à la liberté d’expression.

Seul le quotidien Die Zeit trouve qu’Angela Merkel a bien réagi. Pour le journal, si la chancelière venait à entamer un bras de fer avec le président turc à propos de cette vidéo, elle donnerait l’impression qu’il menace réellement la liberté d’expression en Allemagne. Il n’en est rien, assure Die Zeit puisque le coup de gueule turc fait, au final, le plus grand bien à la popularité de la vidéo.

Première publication : 30/03/2016

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