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EUROPE

Des réfugiés pris au piège dans les limbes grecques

© Sarah Leduc | Une migrante photographiée le 29 mars 2016 sur le parking du complexe aéroportuaire de Hellenikon, transformé en camp de réfugiés en décembre 2015.

Texte par Sarah LEDUC , envoyée spéciale en Grèce

Dernière modification : 31/03/2016

Depuis la signature de l'accord entre l'Europe et la Turquie, l'ancien aéroport d'Hellinikon, à Athènes, est devenu l'un des principaux centres d'accueil de réfugiés en Grèce. Près de 4 000 personnes y sont clouées au sol. Reportage.

"Départ des vols domestiques" : le panneau jaune suspendu à l'entrée de l'ancien aéroport d'Hellinikon, à Athènes, a longtemps été synonyme de séjours sur des îles paradisiaques. Aujourd'hui, pour les quelque 4 000 personnes qui y sont entassées, il annonce la fin du voyage. Quinze ans après la fin de son exploitation, l'ancien complexe aéroportuaire de la capitale grecque a été transformé en l'un des plus grands centres de réfugiés de la région de l'Attique. C'est ici que commence notre voyage* dans cette Grèce, qui aux dires de son Premier ministre Alexis Tsipras, se transforme peu à peu en "hangar des âmes". Ou, moins poétiquement, en un vaste camp pour ces réfugiés coincés aux portes de l'Europe.

"Vous savez quand les frontières vont rouvrir ?", demande Pervez Abdullahi en guise d'introduction. La question est sur toutes les lèvres. Depuis la fermeture de la frontière macédonienne fin février, qui a laissé plus de 10 000 personnes coincées dans le camp d'Idomeni, dans le nord de la Grèce, les rumeurs vont bon train. Arrivé fin février à Hellinikon, cet Afghan de 19 ans, originaire d'un village en périphérie de Mazar-e-Charif, commence à perdre patience. "Je suis parti pour fuir les Taliban qui ont tué mes deux grands frères et là, je suis coincé ! Vous ne voulez pas demander à la France d'envoyer un avion pour quoi... 2 000 personnes ? Allez, 5 000 personnes ? Nous, on veut bien venir !" lance-t-il, non sans humour, comme une bouteille à la mer.

Une mère et sa fille devant les grillages à l'entrée du camp de Hellenikon. © Sarah Leduc

Comment lui dire que la France n'enverra aucun charter ? Et même si elle le faisait, il n'en profiterait pas : Pervez n'appartient pas à la "bonne catégorie" de migrants. Seuls les Syriens et les Irakiens ont, en théorie, le droit de bénéficier du plan de relocalisation établi par les pays européens. Mais personne ne semble ici comprendre les procédures imaginées dans les bureaux bruxellois, loin de ces hangars insalubres où tous sont cloués au sol, dans l'attente d'un avenir incertain.

L'impossible défi de la Grèce

À l'entrée du site de 620 hectares, une poignée de jeunes Afghans fument clope sur clope, affalés sur le bitume, les yeux dans le vague. Plus loin, des ados tuent le temps en tapant dans le ballon. Les enfants - plus d'une centaine sur le site, selon l'Unicef - sont les seuls à avoir gardé leur insouciance, transformant les lieux en un vaste terrain de jeu : les grillages pour l'escalade, les plots de béton pour saute-mouton, les tentes pour un cache-cache. Et ils ont de quoi faire : les premières Quechua sont plantées dès le parking. Plusieurs dizaines d'entre elles sont ainsi alignées sur le bitume jusqu'à l'entrée "officielle" du camp, laissant deviner que les structures prévues pour l'accueil des réfugiés ont été rapidement submergées.

Le complexe d'Hellinikon, qui abrite également des infrastructures sportives construites pour les Jeux olympiques de 2004, est ouvert aux réfugiés depuis décembre 2015. Mais le centre s'est précipitamment rempli depuis le 20 mars, après la signature de l'accord entre l'Europe et la Turquie, qui a scellé à Bruxelles, le sort de milliers de migrants. Désormais, tous les arrivants en Grèce seront renvoyés vers la Turquie. Chargée de la mise en œuvre de ce plan européen, la République hellénique fait face à un défi impossible : comment orchestrer le renvoi de milliers de clandestins tout en respectant les droits de l'Homme ? Les autorités grecques ont déjà dû vider en quelques jours les "hotspots" des îles pour les transformer en camps de détention pour les nouveaux entrants.

Un enfant joue au milieu des centaines de tentes enchevêtrées dans l'ancienne salle d'attente de l'aéroport d'Hellenikon, fermé depuis 2001. © Sarah Leduc

La Grèce doit aussi assurer la prise en charge des plus de 51 400 personnes coincées sur son territoire, dont 15 000 dans la capitale et sa région, selon les derniers chiffres officiels. Le 30 mars, la municipalité d'Athènes a annoncé en conférence de presse le lancement d'un plan d'hébergement, mis en place avec le Haut-Commissariat de l’ONU pour les réfugiés (HCR), qui allouera 1 200 logements aux familles de réfugiés et demandeurs d'asile d'ici cet été. Un délai satisfaisant mais encore trop long face à l'urgence de la situation : près de 6 000 personnes - dont 60 % de femmes et d'enfants, selon le HCR - vivent toujours dans des conditions déplorables sur le port du Pirée. Quant aux migrants qui séjournaient jusqu'au 20 mars sur les îles, ils ont été répartis dans différents centres de la Grèce continentale, et notamment celui d'Hellinikon.

Un semblant de normalité

Les forces de l'ordre barrent l’entrée des stades olympiques de baseball et de hockey sur gazon. Mais il est plus facile de pénétrer dans les anciens terminaux et salles d'attente de l'aéroport, moins surveillés par la police. Alors que quelques dizaines de personnes font la queue pour récupérer les coupons de leur ration alimentaire matinale, on se faufile entre deux portes, à l'insu des volontaires qui surveillent le site et y distribuent quotidiennement nourriture, produits hygiéniques et vêtements.

À l’intérieur, des centaines de tentes s'enchevêtrent sur un lino noirci. Du linge pend sur les rampes d'escalier. L'ancien terminal est à la fois dortoir, cuisine, buanderie et terrain de jeu. Quatre douches pour les hommes, autant pour les femmes. Des toilettes qui se comptent sur les doigts d'une main. Odeur de sueur et de sommeil. Toux qui racle les gorges. Dans une première salle, une majorité d'Afghans. Dans la suivante, des Iraniens, des Pakistanais, des Irakiens et, parmi ces derniers, sept familles de Yezidis. Vingt-six personnes au total qui se sont naturellement rapprochées, comme pour recréer un semblant de vie de village, une once de normalité.

>> Crise des migrants : esprit européen es-tu là ?

Une vieille Afghane boit le thé pour tuer le temps. © Sarah Leduc

Dans un premier carré de six tentes, Ines Haji, une brune d'une vingtaine d'années, s'active pour préparer le repas de ses quatre enfants, qui s'échelonnent de 3 à 11 ans. Son seul fils, Leo, "comme Messi" précise son père avec le sourire, dort encore dans une tente, impeccablement rangée et organisée. Provisions dans un coin, lingettes dans un autre, Ines tient son carré de plastique comme elle tenait sa maison, à Bashiqa, près de Mossoul. Il en va de sa dignité. "On n'est pas des animaux", souffle son mari Hassan. Cet infirmier de 36 ans nous invite à prendre place sur les couvertures du HCR qui recouvrent le sol, comme autant de tapis où la famille élargie dort, joue, partage le thé… et les informations. "Vous savez si les frontières sont ouvertes ?", demandent à leur tour Hassan Haji et son jeune voisin de tente, Malala Alkhany.

La famille Haji a quitté l'Irak le 27 janvier, imaginant qu'elle atteindrait son but en une semaine. Depuis, ils ont passé un mois en Turquie, puis traversé la mer - clémente ce jour-là - sur un bateau pneumatique avec 90 autres personnes, toutes sont arrivées saines et sauves. Quatre heures plus tard, ils se sont échoués sur l'île de Chios, où ils ont été enregistrés par les autorités grecques puis envoyés à Athènes, avec une autorisation de rester dans le pays pendant six mois. Ils n'en attendaient pas tant : comme des milliers d'autres, ils pensaient que la Grèce ne serait qu'une étape. Mais depuis la fermeture de la "route des Balkans", l'Allemagne semble un peu plus lointaine chaque jour. "On ne peut pas rentrer ! On n'a plus rien : plus de maison, plus de voiture, bientôt plus d'argent. Chez nous, l'État islamique veut nous tuer. Jamais je ne rentrerai chez moi, mais je ne sais plus où aller…", soupire Hassan, pris au piège dans ces limbes, entre espoirs déçus et rêves brisés.

Hassan Haji (gauche) et Mallala Alkhany, deux Yezidis originaires de la région de Mossoul, installés dans le camp de Hellinikon depuis la fin février. © Sarah Leduc

* À lire prochainement sur France24.com, le reportage grand format de nos envoyés spéciaux en Grèce.

Première publication : 30/03/2016

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