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Afrique

Enfants kamikazes, la nouvelle arme de guerre de Boko Haram

© AFP Archives | Une jeune femme sur le marché de Maiduguri, au Nigeria.

Vidéo par FRANCE 24

Texte par FRANCE 24

Dernière modification : 13/04/2016

Le nombre d’enfants utilisés dans des attaques-suicides au Nigeria, au Cameroun, au Tchad et au Niger a brusquement augmenté en 2015, signale l’Unicef dans un rapport rendu public mardi. Plus de 75 % de ces jeunes kamikazes sont des filles.

Boko Haram a commencé par utiliser des femmes comme bombes humaines. Maintenant ce sont des enfants, surtout des petites filles. Ils sont de plus en plus nombreux à être impliqués dans des attaques-suicides dans la région du lac Tchad, où le groupe terroriste fait régner la terreur.

De quatre enfants utilisés dans des attaques kamikazes en 2014, on est passé à 44 l'année suivante, selon le fonds des Nations unies pour l'enfance, au Nigeria, Cameroun, Tchad et Niger, où sévit le groupe qui a rallié l'organisation de l'État islamique (EI).

Plus de 75 % étaient des filles, note l'Unicef dans un rapport "Beyond Chibok" ("Au-delà de Chibok"), publié mardi 12 avril, près de deux ans jour pour jour après l'enlèvement par Boko Haram de 276 lycéennes dans le nord-est du Nigeria.

Enlèvements, abus sexuels, mariages forcés

Ce rapport pointe la situation dramatique de milliers d'enfants, victimes d'enlèvements, d'abus sexuels et de mariages forcés, devenus une arme de guerre aux mains de Boko Haram, utilisés comme bombes humaines ou pour transporter des explosifs.

"Soyons clairs : ces enfants sont les victimes, et non pas les auteurs", affirme Manuel Fontaine, directeur régional de l'Unicef pour l'Afrique de l'Ouest et centrale. "Tromper les enfants et les forcer à commettre des actes mortels a été l'un des aspects les plus horribles de la violence au Nigeria et dans les pays voisins", ajoute-t-il.

Souvent très jeunes – parfois à peine 8 ans – les profils des enfants kamikazes sont divers. Il y a ceux qui, comme les filles de Chibok, ont été enlevés. Durant les attaques de villages, dans le chaos et la fuite, il y a aussi ces innombrables enfants séparés de leurs parents qui se retrouvent livrés à eux-mêmes, en brousse ou dans des camps de déplacés.

"Ce sont des proies faciles pour les recrutements, tant ils sont vulnérables", explique à l'AFP Laurent Duvillier, chargé de communication régionale pour l'Unicef, rappelant qu'environ 1,3 million d'enfants ont été déplacés par le conflit, alors qu'ils étaient 800 000 il y a encore un an. Qu'ils appuient eux-mêmes sur le détonateur ou qu'on les fasse exploser à distance, ces enfants "ne peuvent prendre de décision consciente : ils sont embrigadés ou agissent sous la pression", ajoute-t-il.

Climat de suspicion

L’utilisation des enfants "crée une atmosphère de peur et de suspicion qui a des conséquences dévastatrices" pour les enfants, souligne l'Unicef, notamment ceux qui ont été libérés après avoir vécu en captivité au sein de groupes armés. Ils sont dès lors considérés comme une menace potentielle pour leurs communautés, selon l'Unicef.

Khadidja, 17 ans, a passé près d'un an en captivité, mariée de force à un combattant de Boko Haram, dont elle a eu un garçon. Lorsqu'elle est arrivée dans un camp de déplacés après avoir enfin réussi à s'échapper, elle s'est heurtée à l'hostilité des autres femmes qui refusaient de partager l'eau de la pompe. "Certaines femmes me battaient, elles me chassaient. Elles me disaient ‘Tu es une femme de Boko Haram, ne vient pas près de nous !’", raconte-t-elle. Camerounaise, elle avait été enlevée alors qu'elle rendait visite à sa mère à Banki, au Nigeria.

"Cette méfiance à l'égard des enfants peut avoir des conséquences destructrices, estime Manuel Fontaine. Comment une communauté peut se reconstruire si elle rejette ses propres sœurs, filles et mères ?"

Avec AFP

Première publication : 13/04/2016

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