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En proie à une grave crise politique, "l’État irakien n’a jamais été aussi près d’imploser"

© Haidar Hamdani, AFP | Le dignitaire chiite Moqtada Sadr et le Premier ministre, Haïdar al-Abadi, en novembre 2015.

Texte par Marc DAOU

Dernière modification : 29/04/2016

L’Irak est confronté à une grave crise politique sur fond de lutte de pouvoir. Une situation qui pourrait coûter son poste au Premier ministre, Haïdar al-Abadi, plonger le pays dans l’inconnu et paralyser la lutte contre les jihadistes de l’EI.

Les difficultés s’accumulent pour le Premier ministre irakien, Haïdar al-Abadi. Alors que l’Irak est déchiré par les tensions confessionnelles, qu’une partie du territoire est toujours aux mains de l’organisation État islamique (EI) et le cours du pétrole au plus bas au point de causer une importante crise budgétaire, le pays est empêtré dans un marasme politique de plus en plus inextricable.

Depuis plusieurs semaines, Haïdar al-Abadi, qui a pris ses fonctions en août 2014, tente de faire approuver par le Parlement un nouveau gouvernement composé de technocrates, plus à même, pense-t-il, de faire appliquer les réformes anti-corruption adoptées en 2015, que des ministres issus du sérail politique.

Mais, sans surprise dans un pays miné par la corruption et le clientélisme, il se heurte à une résistance tenace des partis politiques. Et pour cause, ces derniers profitent allègrement du système en place et des ministères, qu’ils se partagent sur la base de quotas communautaires, pour consolider leur influence. Mardi, le Parlement a approuvé seulement une partie des candidats proposés lors d'une séance chaotique qui a vu des députés lancer des bouteilles d’eau en direction du Premier ministre.

Un Premier ministre pris en otage

"Le Premier ministre est attaqué de toute part. Il mène une politique suicidaire politiquement parce qu’elle est sans issue, car personne n’est en mesure d’imposer quoi que ce soit aux partis politiques irakiens, et surtout pas Abadi qui n’en a pas les moyens, faute d’influence et de base populaire", explique à France 24 Adel Bakawan, sociologue spécialiste de la politique irakienne, l’Irak et de la question kurde (Université d’Évry et l'École des hautes études en sciences sociales de Paris).

En effet, Haïdar al-Abadi est contesté au sein même de son propre parti chiite Dawa, où son prédécesseur au poste de Premier ministre Nouri al-Maliki, qui n’a jamais digéré d’avoir été écarté du pouvoir, agit en coulisse, à la tête de la coalition de l’État de droit, pour saper son autorité et provoquer son départ.

Nouri al-Maliki
Brendan Smialowski, AFP

"Nouri al-Maliki a les moyens de perturber l’action du gouvernement et ne s’en prive pas via des élus qui lui sont fidèles, poursuit Adel Bakawan. Et ce, alors qu’il sait qu’il n’a aucune chance de reprendre le poste de Premier ministre, tant son retour constitue une ligne rouge pour les sunnites, les Kurdes et même pour une partie de la communauté chiite, dont son rival le dignitaire religieux Moqtada al-Sadr".

De fait, Haïdar al-Abadi est pris en otage par les deux pôles concurrents de la scène politique chiite : d’un côté, son prédécesseur Maliki vigoureusement opposé à la formation d’un gouvernent de technocrates. De l’autre, Moqtada al-Sadr, qui milite, lui, pour sa mise en place afin justement de porter un coup fatal au système corrompu mis en place par Maliki. Il n’a d’ailleurs pas hésité à accentuer la pression sur le chef du gouvernement en envoyant ses partisans dans la rue manifester contre la corruption et la mauvaise gouvernance.

"Le rapport entre Abadi et Moqtada al-Sadr est très complexe, dans le sens où il s’agit d’une alliance de circonstance, précise Adel Bakawan. Le chef religieux, qui veut empêcher par tous les moyens un éventuel retour de Maliki, soutient le Premier ministre tant que ce dernier sert ses intérêts, or il pourrait perdre patience face à l’incapacité de Haïdar al-Abadi d’imposer un gouvernement de technocrates, et le lâcher à tout moment".

Washington s’inquiète des conséquences de la crise sur la lutte contre l’EI

Paradoxalement, alors que son pouvoir est vacillant, que sa marge de manœuvre se réduit et qu’il semble de plus en plus isolé en Irak, Haïdar al-Abadi jouit d’un très fort soutien international. Il réussit même l’exploit d’avoir les faveurs des Américains, des Saoudiens et de leurs rivaux honnis Iraniens.

Car à mesure que l’Irak s’enfonce, semaine après semaine, dans la crise, ces puissances s’inquiètent qu’une éventuelle paralysie totale du pouvoir ne vienne fortement perturber la guerre menée par les forces irakiennes contre l’EI. Un dossier bien plus important à leurs yeux que la lutte contre la corruption et les luttes intestines irakiennes.

Le 21 avril, à Riyad, lors d’un sommet du Conseil de coopération du Golfe (CCG), le président Barack Obama avait en personne exprimé son inquiétude quant à l’avenir du Premier ministre, "un bon partenaire" dans la lutte contre l’EI et garant d’une certaine stabilité.

Signe de l’inquiétude grandissante de Washington, qui fait pression pour que la ville de Mossoul, bastion de l’EI en Irak, soit reprise avant la fin de l’année aux jihadistes, le vice-président américain Joe Biden a effectué jeudi une visite surprise à Bagdad. Sa première depuis le retrait des forces américaines d'Irak fin 2011. Il s’est entretenu avec le Premier ministre et des responsables politiques, "afin d'encourager l'unité nationale et la poursuite de la lutte contre l'EI".

"C'est une affaire politique qui prend beaucoup d'énergie", a concédé de son côté un haut responsable américain, cité par l’agence Reuters.

"Mais pas plus les États-Unis, que l’Iran, qui peut agir en Irak grâce à son influence sur le camp chiite mais qui ne peut pas gérer ce pays, ne peuvent forcer la classe politique à s’entendre autour de Haïdar al-Abadi. Même si en coulisse, nul n’a intérêt à le voir partir car les acteurs au pouvoir préfère garder un Premier ministre faible pour garantir un certain équilibre", estime Adel Bakawan.

Ce dernier se montre sceptique quant à l’avenir du pays. "Le chaos irakien est de plus en plus ingérable, jamais, malgré toutes les crises passées, l’État irakien n’a été aussi prêt d’imploser", conclut-il. À moins que les partis ne parviennent à s’entendre, après un énième marchandage politique, sur quelques concessions qui ne remettront pas en cause un statu quo très profitable à bon nombre d’entre eux.
 

Première publication : 29/04/2016

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