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EUROPE

Pédophilie : le Vatican envisage des révocations en cas de négligence

© HO, Osservatore Romano, AFP

Texte par Amara MAKHOUL-YATIM

Dernière modification : 06/06/2016

Le pape François a pris une nouvelle mesure qui rend possible la révocation d’un évêque pour "négligence", notamment dans des cas de pédophilie. Une mesure qui accentue la pression sur les prélats. Explications.

Le pape François veut accentuer la pression sur les évêques. Le souverain pontife a en effet signé samedi 4 juin un "motu proprio" [en latin : de son propre chef], acte législatif qui rend possible la révocation d’évêques pour "négligence", notamment dans des cas de pédophilie dans l’Église.

"Avec la présente, j'entends préciser que parmi ces dites 'causes graves', est comprise la négligence des évêques dans l'exercice de leur fonction, en particulier vis-à-vis des cas d'abus sexuels commis sur des mineurs et des adultes vulnérables", écrit ainsi le pape François dans ce texte intitulé "Comme une mère aimante".

Le fait de pouvoir révoquer un évêque n’est pas nouveau en soi : le droit canon prévoyait déjà en effet cette éventualité pour "causes très graves". Ce qui a changé, c’est le motif. "On parle là de causes graves uniquement", relève Guy Baret, spécialiste du Vatican et auteur de "Pape François, le grand malentendu" (éditions du Moment). "Il y a donc une gradation dans le motif d’une telle sanction", poursuit-il. Plus que cela, "on introduit la notion de négligence, donc il ne s’agit pas uniquement d’avoir couvert ou dissimulé des crimes pédophiles, mais aussi d’avoir manqué d’attention, de diligence ou d’avoir mal géré une telle affaire", explique-t-il encore.

La négligence, un concept "flou et subjectif"

Pour Guy Baret, toute la complexité de cette mesure réside dans cette notion de négligence. "Où commence-t-elle, où se finit-elle, et qu’appelle-t-on vraiment négligence ?", interroge ce spécialiste du Saint-Siège. "C’est à la foi flou mais aussi très subjectif", constate-t-il, estimant que "quand il y a de la subjectivité, il y a toujours de l’arbitraire". Probablement pour pallier à cela, il est également prévu par la nouvelle mesure que la décision de révocation ne soit pas prise pas le pape seul, mais qu'il sera assisté d'un collège de juristes, probablement constitué de cardinaux et d'évêques.

Dans un communiqué, la Snap, une association regroupant des victimes d'abus sexuels de prêtres, s'est dite "extrêmement sceptique" quant à cette décision. "Nous craignons que cette nouvelle cause permettant de révoquer des évêques soit utilisée une ou deux fois rapidement puis qu'elle soit oubliée", affirme-t-elle.

Guy Baret remarque pour sa part que même si elle constitue une prise de position forte, la mesure reste "symbolique, dans le sens où elle s’inscrit dans un processus de communication de l’Église qui cherche à se disculper de toute complicité avec les crimes pédophiles de certains prêtres". "Le pape François est particulièrement sensible au retentissement médiatique des choses, et les affaires de pédophilie ont été très médiatisées, il veut ainsi montrer que l’Église réagit et prend les choses en main", poursuit-il.

Une analyse que ne partage pas Bernard Lecomte, spécialiste du Vatican et auteur du "Dictionnaire amoureux des papes" (éditions Plon), qui ne voit pas dans cette décision du pape François une dimension uniquement symbolique. Au contraire, "le pape, sous pression des sociétés, a défini ainsi la négligence dans les affaires de pédophilie comme un nouveau crime grave. Cela témoigne du fait que le curseur s’est déplacé dans la société, des crimes de pédophilie eux-mêmes au fait de les couvrir ou de ne pas les gérer correctement", observe-t-il.

"Une décision liée à l’affaire Barbarin"

Il rappelle en effet que toutes les affaires de pédophilie qui éclatent aujourd’hui relatent des faits qui remontent à 20 ou 30 ans, et que les victimes demandent des comptes non pas uniquement aux auteurs de ces faits, mais aussi à ceux qui les ont couverts et plus encore, à ceux qui n’ont pas su prendre les décisions nécessaires. "Comme le cardinal Barbarin ", cite Bernard Lecomte. L’archevêque de Lyon est mis en cause dans des affaires de pédophilie dans le diocèse de Lyon. Le cardinal est visé par deux enquêtes préliminaires en France pour, précisément, "non dénonciation" d'agressions sexuelles commises sur de jeunes scouts entre 1986 et 1991 par un prêtre de ce diocèse

Pour le spécialiste, malgré les dénégations du Vatican, cette décision du pape François est directement liée à l’affaire Barbarin. Le pape François l’a d'ailleurs reçu au Vatican le 20 mai dernier et lui a apporté son soutien. Mais "un soutien nuancé", souligne Bernard Lecomte, qui rappelle que le pape, ami du cardinal Barbarin, soutenait ce dernier jusqu’à ce que l’affaire soit jugée.

Le pape François a créé au Vatican une instance judiciaire pour juger les prêtres pédophiles, mis en place une commission internationale d'experts chargée de proposer des mesures de prévention et rencontré des victimes à Rome et à Philadelphie. Depuis le début des années 2000, le Vatican a pris de nombreuses mesures pour lutter contre les crimes pédophiles en son sein, notamment à l’initiative de Benoit XVI. Mais à travers le monde, où de nombreux cas d'ecclésiastes pédophiles ont fait scandale ces dernières années, l'amertume et la déception prédominent parmi les victimes, estimant que l'Église a encore beaucoup à faire pour écarter et punir les coupables.

Première publication : 06/06/2016

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