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Moyen-Orient

Des ONG dénoncent les controversées ventes d'armes françaises à l'Arabie saoudite

© Mohammed Huwais, AFP | Des habitants de Saana, capitale du Yemen, inspectent les dégâts causés par une frappe aérienne de la coalition menée par l'Arabie saoudite.

Texte par Sébastian SEIBT

Dernière modification : 23/08/2016

Des armes françaises, américaines ou britanniques servent-elles au Yémen à bombarder des civils ? Alors que s’ouvre à Genève la conférence sur le commerce d’armes, des ONG accusent les puissances occidentales, France en tête, d'"hypocrisie".

L’Arabie saoudite peut remercier tout particulièrement la France dans sa guerre contre les rebelles houthis au Yémen, d’après Control Arms, une coordination d’ONG. Elle a dénoncé les puissances occidentales, Hexagone en tête, qui vendent à Riyad des armes qui "font d’innombrables victimes civiles" au Yémen, lundi 22 août, à l’ouverture de la deuxième conférence des 133 États signataires du traité sur le commerce d’armes qui se tient à Genève.

Selon le dernier rapport de Control Arms, paru en février 2016, la France a autorisé 16 milliards d’euros de ventes d’armes à l’Arabie saoudite en 2015, loin devant les États-Unis (5,2 milliards d’euros) et le Royaume-Uni (3,5 milliards d’euros).

"Pire des hypocrisies"

Paris, Londres et Washington se rendent ainsi coupables de la "pire des hypocrisies", assure Anna Macdonald, directrice de Control Arms. Ces trois pays auraient même passé des accords illégaux au regard du traité sur le commerce des armes qu’ils ont pourtant signé. Le texte prohibe, en effet, la vente de matériel militaire qui pourrait servir à commettre des crimes contre l’Humanité, des crimes de guerre ou des "attaques dirigées contre les civils". En janvier 2016, un panel d’experts de l’ONU a conclu que la coalition militaire, sous la houlette de l’Arabie saoudite, avait conduit des bombardements aériens contre des cibles civiles au Yémen, tels que des écoles, des hôpitaux, des marchés ou des mariages.

Des accusations accablantes qui ont le mérite de soulever un vrai problème mais doivent aussi être nuancées, selon plusieurs experts contactés par France 24. Les chiffres sont ainsi à prendre avec des pincettes. "Dans le cas français, il ne s’agit pas de livraison d’armes, mais de licences de prospection, c’est-à-dire que le gouvernement a autorisé l’ouverture de discussions qui peuvent prendre plusieurs années et n’aboutir à rien", explique Brian Wood, responsable des questions de contrôle du commerce d’armes pour l’ONG Amnesty International, qui participe, par ailleurs, à Control Arms.

Le montant réel des livraisons d’armes françaises est sûrement moins élevé, assure pour sa part Benoît Muracciole, président de l’ONG Action sécurité éthique républicaines (Aser). Pour ces deux spécialistes, la France, les États-Unis et la Grande-Bretagne n’ont sont pas moins les trois principaux fournisseurs d’armes de l’Arabie saoudite.

Le tournant de mars 2015

Mais tout ce matériel militaire n’est pas forcément utilisé au Yémen. Dans ce cas, les exportations ne sont pas contraires au traité. "Je ne pourrais pas vous dire quelle proportion des armes vendues à l’Arabie saoudite peut être déployée au Yémen pour bombarder des cibles civiles", reconnaît Brian Wood.

Des petits détails peuvent faire la différence entre ce qui est permis et ce qui ne l’est pas : le modèle d’avion de chasse livré a-t-il l’autonomie suffisante pour faire un aller-retour au Yémen ? Tel hélicoptère de combat peut-il larguer des bombes ou est-il seulement équipé pour le combat aérien ? "Nous dénonçons uniquement la vente de matériel militaire susceptible d’être utilisé au Yémen et qui représente une menace sérieuse pour les populations civiles", résume le responsable d’Amnesty International.

Il faut aussi que le vendeur puisse raisonnablement se douter que l’acheteur risque de l’utiliser contre des populations civiles. "À partir de mars 2015, le conflit a escaladé et nous pensons qu’il n’était alors plus possible d’ignorer les risques d’abus dans l’utilisation de certains équipements militaires", estime Brian Wood.

Ce labyrinthe d’exceptions à la règle et de conditions à remplir fait qu’il est difficile de savoir si l’une des trois grandes puissances mises en cause par Control Arms a enfreint les règles du traité qu’elles ont signé et que leurs responsables politiques sont venus défendre à Genève cette semaine.

Certains accords commerciaux sont, en tout cas, plus louches que d’autres. La vente d’avions de chasse britanniques à Riyad, au second semestre 2015, rentre dans cette catégorie. Philippe Hammond, ancien ministre britannique des Affaires étrangères, avait même reconnu fin 2015 à la BBC "être au courant" que certaines armes étaient utilisées au Yémen et qu’il espérait qu’il y en aurait encore plus car ce commerce créait de l’emploi au Royaume-Uni.

Première publication : 23/08/2016

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