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FRANCE

Jean-Pierre Chevènement, un "connaisseur du monde musulman" devenu objet de railleries

© Stéphane de Sakutin, AFP | Jean-Pierre Chevènement, mardi 30 août 2016, arrive à l'Élysée pour assister au discours de François Hollande devant les ambassadeurs de France.

Vidéo par FRANCE 24

Texte par Romain BRUNET

Dernière modification : 30/08/2016

Les blagues fusent sur Twitter depuis que Jean-Pierre Chevènement, futur président de la Fondation pour l’islam de France, a affirmé maladroitement, lundi, bien connaître le monde musulman. Qu’en est-il exactement ?

L’arrivée de Jean-Pierre Chevènement à la tête de la Fondation pour l’islam de France n’en finit pas de faire parler d’elle. Il y a d’abord eu le débat sur la nomination d’un non-musulman de 77 ans pour occuper cette fonction. Puis la polémique qui a suivi ses propos, en pleine crise du burkini, invitant les musulmans à faire preuve de "discrétion". C’est désormais la connaissance du monde musulman de l’ancien ministre de l’Intérieur qui fait l’objet de railleries sur Internet.

Invité sur France Inter, lundi 29 août, Jean-Pierre Chevènement a en effet commis la maladresse de juxtaposer les deux phrases "Je connais bien le monde musulman" et "Je suis allé au Caire, à Alger, il y a quarante ou cinquante ans", offrant aux internautes un boulevard pour tourner en dérision ses propos sur Twitter avec le hashtag #JeConnaisBienLeMondeMusulman.

"Je connais bien le monde musulman, je compte en chiffres arabes", "Je connais bien le monde musulman, j’avais la K7 de 123 Soleil" ou encore "Je connais bien le monde musulman, j’ai vu OSS 117" ne sont ainsi que quelques exemples des dizaines de messages se payant la tête de Jean-Pierre Chevènement.

"Ce qu’on peut voir sur Twitter est très drôle, effectivement, mais la phrase est sortie de son contexte", souligne l’islamologue Ghaleb Bencheikh, futur membre du conseil d’administration de la Fondation pour l’islam de France, contacté par France 24. "On peut toujours faire dire à une phrase ce qu’on veut, surtout si on la coupe au milieu. C’est un mauvais procès qui est fait à Jean-Pierre Chevènement."

L’ancien ministre de l’Intérieur souhaitait en effet comparer la situation des femmes en Égypte et en Algérie dans les années 1960 avec leur situation actuelle. "Je suis allé au Caire, à Alger, il y a quarante ou cinquante ans, la plupart des femmes ne portaient pas le voile, a-t-il dit. Mais il y a une tendance de fond qu’il faut bien appeler la montée du fondamentalisme religieux qui fait qu’aujourd’hui l’immense majorité des femmes ne peuvent plus sortir dans la rue sans être voilées."

Pour autant, Jean-Pierre Chevènement est-il réellement un "très bon connaisseur du monde musulman", comme l’a qualifié le ministre de l’Intérieur Bernard Cazeneuve, lundi 29 août, lors de la journée de consultations sur l'islam de France organisée place Beauvau ?

"Une islamophilie réelle"

Contacté par France 24, le cabinet de Bernard Cazeneuve n’a pas souhaité préciser en quoi Jean-Pierre Chevènement est un expert du monde musulman. Également contacté, l’attaché de presse de l’ancien candidat à la présidentielle de 2002 n’a pas non plus donné suite aux demandes de France 24.

Il faut donc se contenter des éléments biographiques du "Che" qu’il est possible de glaner sur Internet. On y apprend notamment que le futur président de la Fondation pour l’islam de France a effectué un court passage en Algérie en 1962, alors que la guerre d’Algérie vivait ses derniers mois. Âgé de 23 ans, Jean-Pierre Chevènement, entre la fin de son cursus à Sciences-Po Paris et son entrée à l’ENA, est chef de cabinet adjoint du préfet d’Oran, chargé des liaisons militaires. Une expérience qui le marque, d’autant qu’il se retrouve préfet par intérim et est en poste le 5 juillet 1962, lorsque plusieurs centaines de civils européens furent massacrés à Oran.

Il garde depuis cette période des liens forts avec l’Algérie et est devenu en 2011 président de l’association France-Algérie, qui a pour but le développement des relations amicales et le progrès de la coopération entre Français et Algériens.

>> À voir sur France 24 : "Jean-Pierre Chevènement embourbé dans les gaffes"

"Les moments où j’ai eu à discuter avec lui, j’ai pu constater une islamophilie réelle, affirme Ghaleb Bencheikh. Je sais aussi qu’il fut élève de Jacques Berque, un spécialiste reconnu du monde musulman, qui a notamment traduit le Coran, et qu’il existait entre eux une réelle proximité, une relation du type maître et disciple."

Jean-Pierre Chevènement se réclame en effet volontiers de cet islamologue décédé en 1995. L’idée de faire émerger un islam républicain "devrait être rendue à Jacques Berque, très grand arabisant et immense écrivain, qui avait cette idée que les musulmans vivant en France, pour la plupart de nationalité française, devraient aider à faire évoluer l’islam et à renverser ce courant du fondamentalisme religieux qui existe dans le monde arabe musulman depuis à peu près quatre décennies", a-t-il notamment expliqué sur France Inter.

Enfin, comme le raconte sur son blog Jean-Pierre Filiu, professeur en histoire du Moyen-Orient contemporain à Sciences-Po Paris, l’ancien député du Territoire de Belfort a développé des liens privilégiés avec l’Irak à partir de 1975. Selon l’historien, il devient rapidement un ardent soutien de Saddam Hussein, allant même jusqu’à démissionner de son poste de ministre de la Défense en 1991 pour protester contre la participation de la France à la coalition engagée dans le Golfe contre l’Irak qui a envahi le Koweït quelques mois plus tôt.

Première publication : 30/08/2016

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