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QG de Jean Ping : "Ma sœur m'a dit 'on nous embarque', depuis plus rien"

© Sébastien Németh, RFI | Environ 200 personnes devant palais justice de Libreville, le 5 septembre 2016, dans l'espoir d'avoir des nouvelles des disparus.

Texte par Sarah LEDUC

Dernière modification : 06/09/2016

Bruna, une jeune gabonaise installée en France, est toujours sans nouvelles de sa mère et de sa sœur depuis l’assaut donné mercredi 31 août par les forces de l’ordre contre le QG de Jean Ping. Elle dénonce des arrestations arbitraires.

Un calme précaire est revenu en début de semaine dans les rues de Libreville, la capitale du Gabon, après les violences meurtrières qui ont suivi l'annonce de la réélection contestée du président Ali Bongo Ondimba. Mais pour ceux qui sont sans nouvelles de certains de leurs proches, la crise est loin d'être finie. Parmi les disparus, Carena et Henriette, une mère et sa fille, dont on est sans nouvelles depuis la nuit de mercredi 31 août au jeudi 1er septembre, date de l'assaut mené par les forces de sécurité contre le siège de l'opposant Jean Ping.

Ferventes supportrices du candidat vaincu à la présidentielle, les deux femmes de 34 et 56 ans se trouvaient devant le QG de Jean Ping lorsque les tensions ont éclaté. "Ma mère et ma grande sœur ont soutenu Jean Ping pendant toute sa campagne ; ma mère se rendait à tous ses meetings dans le pays. Elles attendaient donc les résultats devant le QG mercredi", raconte à France 24 Bruna, jeune sœur de Carena, installée en France depuis 8 ans.

"Mercredi en début de soirée, j’ai appelé Carena et elle était paniquée. Elle m’a dit : ‘ils sont en train de nous tirer dessus, Ali [Bongo] est en train de nous tuer’. Quand l’assaut a commencé, elles étaient dans le QG et Carena a rappelé pour prévenir qu’on les embarquait", poursuit-elle.

Auditions à la chaîne

Depuis, Henri, le père de Bruna, cherche sa femme et sa fille partout : à la prison centrale, dans les commissariats, dans les locaux de la police judiciaire. Lundi, comme des dizaines d’autres personnes, il s’est rendu devant le palais de justice de Libreville, alors que le parquet commençait à auditionner les centaines de personnes arrêtées lors des troubles de la semaine dernière.

Cet ancien diplomate de 61 ans espérait apercevoir les visages familiers alors que des camions de la gendarmerie déchargeaient des prisonniers, conduits sous haute surveillance policière vers l’intérieur du bâtiment, comme a pu le constater Sébastien Németh, envoyé spécial de RFI à Libreville. Mais ses espoirs sont restés vains. "On pensait qu'elles seraient peut-être jugées, même si elles n'ont aucune raison de l'être : elles n'ont rien à voir avec les violences. Mais elles n’étaient pas là", déplore Bruna, en contact permanent avec son père. 

Au total, 200 personnes ont été déférées lundi, a indiqué lundi à l’AFP le bâtonnier de l'ordre des avocats. Le reste devrait suivre. Au total, 800 personnes ont été interpellées à Libreville selon les chiffres du ministère de l’Intérieur, qui a dénoncé les violences et pillages qui ont suivi l’annonce des résultats électoraux. Des dizaines sont toujours portées disparues, dont plusieurs ressortissants franco-gabonais, comme l’a indiqué lundi soir le Quai d’Orsay dans un communiqué.

Manque d’informations

Dans ses recherches, Henri a toutefois retrouvé une trace de Carena : il a vu son nom sur une liste de prisonniers qui seraient détenues à la Direction Générale de la Documentation et de l'Immigration – ex-Cedoc qui n’est autre que le QG des services de renseignements gabonais. "Plusieurs personnes m’ont fait part de soupçons similaires sur de potentiels détentions au Cedoc. Mais ces informations sont invérifiables. La prison centrale, la police et a fortiori les renseignements ne disent rien des arrestations ou des conditions de détention", explique Sébastien Németh.

De manière générale, l'information est restée denrée rare au Gabon ces derniers jours. Internet a été coupé totalement pendant cinq jours, les journaux ne sont pas parus et deux télévisions privées ont été attaquées. Lundi matin, Internet a été partiellement rétabli et des photos d’une grande violence, des images d’arrestations musclées et de prisonniers blessés ont commencé à circuler, mais là encore, impossible à vérifier.

"Ces photos nous inquiètent sur les conditions dans lesquelles ma mère et ma sœur pourraient être retenues", s’alarme Bruna. Samedi, le bâtonnier, Jean-Pierre Akumbu M'Oluna avait déploré " des conditions [de détention] dégradantes et insupportables". Un journaliste de 26 ans a par ailleurs raconté à l'AFP avoir été détenu de jeudi matin à samedi midi entièrement nu dans une cellule, avec quatre autres personnes, à la direction générale des douanes.

Depuis Clermont-Ferrand où elle vit, Bruna a publié une photo de sa mère et de sa sœur sur Facebook, sur la page "Nos disparus 241" lancée ce week-end par des Gabonais de la diaspora et dédiée aux avis de recherche. Sous la photo d'Henriette et Caréna, une légende: "Libérez les prisonniers politiques ! Que nous cache-t-on ?" Une interrogation restée lettre morte à ce jour.  "Pour l’instant, ça n’a rien donné, cela a juste servi à mettre en contact des Gabonais de l’étranger. Mais nous ne perdons pas espoir, ajoute Bruna, d’ailleurs mon père n’a pas encore fait la tournée des morgues et des hôpitaux pour ne pas envisager le pire".

Première publication : 06/09/2016

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