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Afrique

Les Gabonais redoutent de nouvelles violences en attendant l'issue juridique de la présidentielle

© Marco Longari, AFP | Des supporters de Jean Ping manifestaient, le 30 août à Libreville, faisant face aux forces de l'ordre.

Texte par Sarah LEDUC

Dernière modification : 14/09/2016

Carena a été arrêtée lors de l’assaut contre le QG de Jean Ping après la proclamation des résultats de la présidentielle au Gabon, remportée par Ali Bongo. Elle raconte cette nuit de violences qu’elle redoute de voir se répéter.

Un millier de partisans de l’opposant gabonais Jean Ping ont participé samedi 10 septembre à une "marche blanche" à Libreville, deux semaines après la réélection d'Ali Bongo Ondima à la présidence du Gabon. Hommes et femmes de tous âges s’étaient réunis au quartier général de leur candidat pour rendre hommage aux "combattants de la liberté morts pour la patrie" – trois selon les autorités, entre 50 et 100 selon le camp Ping.

Alors que la Cour constitutionnelle instruit les recours déposés à la suite de la réélection contestée d’Ali Bongo, la crainte de nouvelles violences reste vive dans la capitale gabonaise.

>> Sur France 24 : QG de Jean Ping : "Ma sœur m'a dit 'on nous embarque', depuis plus rien"

Carena, pourtant fervente supportrice de Jean Ping, n’a pas osé se joindre à la marche. "Je ne suis pas encore prête à retourner dans le QG et dans ses environs", explique-t-elle à France 24. Les souvenirs de la nuit du 31 août sont encore trop frais. Carena et sa mère Henriette se trouvaient dans le QG de Jean Ping lorsqu’il a été pris d’assaut par les forces de sécurité gabonaises. "Cette expérience restera à jamais gravée dans ma tête", confie la jeune femme de 34 ans.

"Je pensais que j’allais mourir"

La mère et la fille avaient passé la journée devant le QG de leur candidat pour attendre les résultats, mais dès la proclamation de la victoire d’Ali Bongo, la situation a commencé à dégénérer. "Il y avait des affrontements entre le peuple et la police, on se serait cru dans un film. Je voulais rentrer chez moi mais les policiers lançaient des bombes lacrymogènes et interpellaient même les simples passants. Le seul endroit sûr était le QG", se souvient Carena.

"Vers minuit, environ 300 personnes se sont ruées vers l’intérieur à cause des fumées lacrymogènes. Il y avait beaucoup de blessés. Les lumières étaient éteintes. Avec ma mère, on s’est cachées dans un couloir, personne ne bougeait. On entendait le bruit des balles et de l’hélicoptère qui survolait le QG. J’étais terrorisée, je pensais que j'allais mourir, je priais ", poursuit Carena.

Après une nuit de confrontation, les forces de l’ordre gabonaises ont fini par évacuer le QG de Jean Ping. "À 5 heures du matin, les gendarmes nous ont fait sortir comme des criminels. Ils nous ont fait mettre à genoux, mains sur la tête", note la jeune femme qui a ensuite été conduite à la Direction générale de la documentation et de l'immigration (DGDI), ex-Cedoc, qui n’est autre que le siège des services de renseignement gabonais.

Au total, 800 personnes ont été interpellées à Libreville selon les chiffres du ministère de l’Intérieur, qui a dénoncé les violences et pillages qui ont suivi l’annonce des résultats électoraux. Coupés du monde - " ils ont bien pris soin de débrancher les télévisions ", note Carena -, interdits de prévenir leurs proches, les détenus ont été maintenus en captivité sans être informés des faits qui leur étaient reprochés

Crainte de nouvelles violences

Le 7 septembre, soit une semaine après son arrestation, Carena a été relâchée après avoir comparu devant la justice gabonaise. "On nous a reproché d’avoir participé à un attroupement non armé. J’ai été fichée, puis relâchée. Mais d’autres ont été emprisonnés", ajoute la jeune femme qui, depuis, reste sur ses gardes et s’attend à de nouvelles violences. Le calme est pourtant revenu dans les rues de Libreville, mais il reste précaire.

"Il n’y a pas de gros déploiements policiers comme avant l’annonce des résultats, mais les forces de l'ordre sont toujours visibles dans les rues de Libreville, notamment les bérets verts de la Garde républicaine", témoigne Sébastien Németh, envoyé spécial de RFI à Libreville, qui constate une nervosité latente. "Certains commerçants n’ont pas réparé leurs boutiques saccagées, estimant que cela ne servirait à rien si les violences se répétaient. D'autres ont mis à l'abri une partie de leurs marchandises ", raconte le journaliste.


Quinze jours d’instruction

Jean Ping, qui se proclame "président élu", a saisi vendredi la Cour constitutionnelle pour contester les résultats officiels et provisoires du scrutin présidentiel qui donnent la victoire à Ali Bongo avec une faible avance (environ 5 000 voix). Les recours sont désormais en cours d’instruction et les neuf magistrats ont jusqu’au 23 septembre pour examiner les procès verbaux – l’examen de ceux de la province du Haut-Ogooué, où Ali Bongo a obtenu 95 % des voix, sera décisif – et rendre leur verdict. D’ici là, un juge rapporteur entendra les deux parties et présentera, lors d’une audience publique, un rapport décisif pour la suite de la procédure. L’audience ne devrait pas avoir lieu avant la semaine prochaine, selon Sébastien Németh.

Durant les quinze jours d’instruction, des rebondissements ne sont pas à exclure, vu l’ampleur de l’antagonisme entre les deux parties : chaque camp accuse l’autre de fraude et l’opposition n’a aucune confiance en la Cour constitutionnelle. "Rappelons que la présidente de la Cour [Marie-Madeleine Mborantsuo, NDLR] est la belle-mère d'Ali Bongo. Il y a peu d'espoir pour les partisans de l'alternance", redoute Carena. Native de Franceville, capitale de la fameuse province du Haut-Ogooué, Marie-Madeleine Mborantsuo a en effet eu trois enfants avec Omar Bongo, le père d’Ali Bongo Odimba. L’opposition demande donc la participation d’observateurs étrangers. Ce sera aux juges d’en décider.

 

Première publication : 13/09/2016

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