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L’ancien conseiller Patrick Buisson règle ses comptes avec Nicolas Sarkozy

© Miguel Medina, Lionel Bonaventure, AFP | Selon l'ex-conseiller de Nicolas Sarkozy, Patrick Buisson, l'ancien président de la République aurait affirmé que "les valeurs du Front national sont celles de tous les Français".

Texte par Romain BRUNET

Dernière modification : 27/09/2016

Conseiller de Nicolas Sarkozy entre 2005 et 2012, Patrick Buisson publie jeudi "La Cause du peuple", un livre dans lequel il révèle notamment que pour l’ancien chef de l'État, "les valeurs du Front national sont celles de tous les Français".

"Je ne suis pas Valérie Trierweiler", affirme Patrick Buisson à L’Express, qui publie, mardi 27 septembre, de larges extraits du livre de l’ancien conseiller de Nicolas Sarkozy, "La Cause du peuple" (Perrin), à paraître jeudi. Contrairement à "Merci pour ce moment", le livre publié par l’ancienne compagne de François Hollande en septembre 2014, cette "histoire interdite de la présidence Sarkozy", comme l’annonce le sous-titre, n’est pas un règlement de comptes, assure Patrick Buisson. Sa publication en pleine campagne de la primaire de la droite et le contenu des extraits publiés semblent pourtant indiquer le contraire.

Le théoricien du rapprochement idéologique de l’ancien président de la République avec les idées du Front national révèle ainsi comment, en 2007, Nicolas Sarkozy a fait preuve de bienveillance à l’égard de Jean-Marie Le Pen. D’abord en donnant instruction à un cadre de l’UMP de "faire remonter une cinquantaine de signatures d’élus au candidat Le Pen", afin que ce dernier obtienne ses 500 parrainages de maires pour concourir à l’élection présidentielle. Puis en l’approchant dans l’entre-deux-tours, en chargeant Buisson de contacter le fondateur du FN : "Appelle Le Pen... Demande-lui ce qu'il veut. Faut-il que je le reçoive ? S'il faut le recevoir maintenant, tu sais, je le recevrai. Je ne suis pas comme les autres. Je sais prendre mes responsabilités, moi." Selon l’ancien directeur du journal d’extrême-droite Minute, le candidat UMP fait même porter au président frontiste, samedi 28 avril, un message dans lequel il s’engage à "assurer une représentation équitable des minorités dans les deux assemblées".

>> À lire sur France 24 : "Nicolas Sarkozy et la surenchère droitière"

L’homme de l’ombre, condamné en 2014 à verser 20 000 euros au couple Sarkozy-Bruni pour atteinte à la vie privée en raison de la publication d’enregistrements clandestins de ses réunions avec le président de la République, rapporte également que pour Nicolas Sarkozy, "les valeurs du Front national sont celles de tous les Français", mais que "c'est la manière dont le FN les exprime qui est choquante". "Les Français n'aiment pas les plats trop pimentés qui emportent la gueule", aurait ajouté l’ex-chef de l’État.

Patrick Buisson, conseiller de Nicolas Sarkozy dès 2005, évoque aussi leur passage au ministère de l’Intérieur. À propos des débordements lors des manifestations anti-CPE au printemps 2006, il écrit : "Nous avions pris la décision de laisser les bandes de black et de beurs agresser les jeunes blancs aux Invalides, tout en informant les photographes de Paris Match. L'émotion fut en effet à son comble, après la publication de photos [...] dont l'opinion ne retiendrait qu'une chose : des hordes sauvages étaient entrées dans Paris". Une stratégie du "laisser pourrir" visant à miner le Premier ministre d’alors et rival de Nicolas Sarkozy pour 2007, Dominique de Villepin.

"Chirac aura été le plus détestable de tous les présidents de la Ve"

L’ancien conseiller, par ailleurs mis en examen dans l’affaire des sondages de l’Élysée, se défend d’avoir écrit "la chronique malveillante" du quinquennat de Nicolas Sarkozy. Mais ce sont bien ces quelques révélations qui suscitent le plus de commentaires. Des saillies bien évidemment peu flatteuses pour l’ancien chef de l’État et sa façon d’exercer le pouvoir.

Sur son ancien Premier ministre François Fillon, qui inaugure une mosquée à Argenteuil le 28 juin 2010, il déclare ainsi, selon Patrick Buisson : "Pauvre type, minable... Tant qu'il y est, il n'a qu'à venir mercredi au conseil des ministres en babouches et avec un tapis de prière !"

À propos de son prédécesseur Jacques Chirac, aujourd’hui hospitalisé pour une infection pulmonaire : "Chirac aura été le plus détestable de tous les présidents de la Ve. Franchement, je n'ai jamais vu un type aussi corrompu. Un jour, il a voulu me faire signer un contrat avec l'Arabie saoudite. Je me demande encore comment il a osé me mettre ça sous le nez. Il en a tant fait qu'il était fatal que ça lui pète à la gueule. J'ai rarement rencontré quelqu'un d'aussi méchant et avide."

Selon les propos de Nicolas Sarkozy rapportés dans "La Cause du peuple", la méchanceté est cependant parfois une qualité. "C'est un méchant, dit-il ainsi à propos de son ancien ministre du Travail Xavier Bertrand. Dix ans à essayer de placer des assurances en Picardie, dix ans à taper aux portes et à se prendre des râteaux, ça a de quoi vous rendre méchant pour le restant de vos jours. C'est d'ailleurs pour ça que je l'avais choisi."

Ils sont ainsi nombreux, parmi ses fidèles ou ex-fidèles, à en prendre pour leur grade. Christian Estrosi est notamment qualifié, toujours selon Buisson, d’"abruti qui a une noisette dans la tête" et Gérard Larcher est jugé "trop laid" pour être ministre.

Première publication : 27/09/2016

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