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Afrique

Journée de solidarité TenTen : "Être homosexuel en Algérie est une malédiction"

© PUNIT PARANJPE / AFP

Texte par Assiya HAMZA

Dernière modification : 10/10/2016

À l’occasion de la dixième journée de solidarité avec les LGBT algériens, TenTen, lundi 10 octobre, France 24 dresse le portrait d’un jeune étudiant du sud algérien contraint de vivre une double vie.

D’aucuns la comparent à la Gaypride. Pourtant, un gouffre les sépare. Alors que la marche des fiertés homosexuelles est célébrée dans la joie et l’allégresse dans une grande partie du monde, TenTen continue à se faire discrète. La dixième édition de la journée nationale des LGBT (lesbiennes, gays, bisexuels et transexuels) algériens, sera célébrée lundi 10 octobre à 20h avec une bougie. Un geste simple, un symbole fort de solidarité dans un pays où aimer une personne de même sexe est puni par la loi.

Anis ne déroge pas au rituel. "C’est une façon indirecte de dire à tout le monde que je suis homosexuel, que j’existe", confie l’étudiant de 25 ans. Le jeune homme, cadet d’une fratrie de cinq enfants, vit à Bechar, une ville du désert, à l’extrême sud de l’Algérie, non loin de la frontière marocaine. Son orientation sexuelle n’a jamais fait de doute dans son esprit. "Je le sais depuis mon enfance mais je ne m’assumais pas. Je savais que j’étais différent des autres parce que j’étais attiré par les garçons". Pourtant, de longues années se sont écoulées avant qu’Anis ne s’accepte tel qu’il est.

Ce n’est que lorsqu’il entame ses études universitaires que le tournant s’opère. Il a 21 ans. Une histoire d’amour ? "Non, ironise-t-il. Une histoire passagère parce qu’ici les gens ne s’assument pas". Et pour cause. En Algérie, l’homosexualité est un délit. D’après les articles 333 et 338 du Code pénal : "Tout coupable d’un acte d’homosexualité est puni d’un emprisonnement de deux mois à deux ans et d’une amende de 500 à 2 000 DA [dinars algériens, de 4 à 16 euros]. Si l’un des auteurs est mineur de 18 ans, la peine à l’égard du majeur peut être élevée jusqu’à trois ans d’emprisonnement et 10 000 DA d’amende [84 euros]." Les homosexuels vivent donc cachés, non pas pour vivre heureux comme le veut le dicton, mais pour ne pas aliéner leur liberté. Tout simplement.

Des rencontres facilitées par Facebook

Sa première rencontre amoureuse, "son histoire passagère", est liée à un homme plus âgé que lui. "On s’est rencontrés sur Facebook. Il avait 35-36 ans et s’assumait, contrairement à moi". Cet homme ne vit pas à Bechar mais dans le nord du pays. Les deux hommes échangent beaucoup virtuellement. Puis, un jour, Anis décide d’aller dans sa ville. "Je l’ai appelé et on s’est vus. Il m’a reçu chez lui et la relation a commencé comme ça. Anis peine alors à s’accepter pleinement. "Il était gentil et il s’assumait. Au début, je lui demandais pourquoi j’étais différent. C’était très difficile pour moi. J’ai fini par vouloir prendre mes distances. Il n’a pas supporté. Ça n’a pas duré longtemps, à peine 4 mois".

Depuis, les rencontres se sont multipliées. Avec un dénominateur commun : leur brièveté. "Tu rencontres les gens grâce à Facebook - c’est quasiment impossible de faire des rencontres à l’extérieur – mais ils ne s’assument pas. Tu passes une nuit et c’est tout. Chacun continue son chemin. C’est triste. Les gens sont des menteurs. Ils te promettent de vivre une vraie relation et puis une fois que tu les rencontres et que le premier rapport sexuel est passé, on t’éjecte. Ça m’est arrivé deux ou trois fois et ça me fait de la peine. C’est très difficile de rencontrer quelqu’un avec qui on peut avoir une relation". Anis a rencontré l’amour une fois, une seule. "C’était quelqu’un de très religieux que j’ai fréquenté à peine un mois. Il m’a quitté parce qu’il m’a dit que c’était un péché et que l’on ne pouvait pas continuer. Cet homme m’a dit qu’il m’aimait et qu’il m’aimerait toujours, tout comme moi. Mais j’ai respecté son choix. On ne se parle plus. On se voit rarement, on se salue mais rien de plus".

"Vous êtes obligé d’être hypocrite"

Omerta. Personne dans l’entourage d’Anis ne sait qu’il est homosexuel. "Je suis quelqu’un de très discret. J’ai pu me faire quelques amis homosexuels grâce à Facebook mais ils se comptent sur les doigts de la main. Ils sont comme moi. On se rencontre de temps en temps, on peut discuter et se dire des choses très intimes". Le jeune homme évoque pudiquement le manque de "sexualité", "de relation stable". "On s’entraide, on est dans la même galère", souligne-t-il.

Pourtant, Anis est loin d’avoir fait la paix avec lui-même. Pis encore, il se juge durement. "Quand vous êtes homosexuel à Bechar, vous êtes obligé d’être hypocrite – je suis désolé pour le mot. Je vis une double vie ici : une vie d’hétérosexuel devant ma famille et, une vie homosexuelle que je vis très très secrètement. Par exemple, j’ai deux comptes Facebook : un anonyme pour les rencontres et un autre avec ma véritable identité. Le vrai, je l’utilise pour discuter, draguer des filles et montrer à mes amis, au monde qui m’entoure que je suis comme eux. Ça me fait de la peine".

Bien que prudent, Anis a failli voir sa vie basculer lors d’une rencontre. Une mauvaise. "C’était juste un plan cul. Je ne voulais pas le revoir. Il m’a alors menacé de venir chez moi et de dire à mes parents que j’étais homosexuel. J’ai dû coucher avec lui pour éviter qu’il ne me dénonce", raconte-t-il en essayant de minimiser l’incident. Blessure d’orgueil. "Je suis un intellectuel, j’ai une vie universitaire. Je suis très actif et j’ai été menacé par quelqu’un qui n’a aucun diplôme, qui ne sait rien… ça m’a blessé". La situation aurait pu mal tourner. Le chantage aurait pu durer, s’installer. Mais il n’en fut rien. "C’était la première et la dernière fois. Je crois qu’il s’est marié parce qu’il a arrêté de me menacer. Le mariage c’est sacré, tu ne peux pas avoir d’autres relations".

"C'est un péché dans l'islam"

Quand on le questionne sur son avenir, Anis botte en touche. "Je ne veux pas y penser, je veux vivre le moment présent. Mon avenir est très flou, très sombre si je continue à vivre en Algérie. Si je peux partir ailleurs, aux États-Unis ou au Canada, je pourrai vivre librement ma sexualité. Si je reste ici, je ne pourrai qu’être hypocrite et continuer ma vie actuelle".

Le jeune homme exclut de faire son coming out. "Dire à mes parents que je suis homosexuel, c’est risquer de les perdre et je ne veux pas. Peut-être qu’un jour ils changeront d’avis mais à l’heure actuelle c’est impossible. Le poids de la religion et des traditions est très lourd. Ma mère se vante d’avoir un fils qui est beau, plein d’avenir et qui fera un bon mariage. Si je lui dit que je suis homosexuel, tous ses rêves vont disparaître. Ça va être un choc pour elle". Anis préfère donc se sacrifier même s’il n’emploie pas ces mots. Il insiste sur le poids de la tradition, de la religion. "Tout le monde pense que c’est haram, interdit, que c’est un péché dans l’islam", martèle-t-il.

Mais, même s’il est prêt à se sacrifier, Anis refuse de jouer davantage la comédie. Alors que de nombreux homosexuels choisissent de se marier pour sauver les apparences, lui refuse catégoriquement. "Ce serait une prison pour moi. Je rêve encore de trouver un mec qui me comprend et qui m’aime, qui me fasse sortir de cette chambre noire dans laquelle je vis. Une fois, poursuit-il, j’ai eu une discussion avec un ami homosexuel plus âgé qui s’est marié. Il m’a dit qu’être homosexuel en Algérie était une malédiction. J’ai toujours ça en tête. Je crois que c’est vrai".

 

 

Première publication : 10/10/2016

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