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Bangladesh : "Plutôt mourir que de me laisser marier à 14 ans"

© Plan International, Bas Bogaerts | Activiste de 21 ans, Radha Rani Sarker milite contre le mariage des petites filles au Bangladesh.

Texte par Sarah LEDUC

Dernière modification : 13/10/2016

Activiste bangladaise de 21 ans, Radha Rani Sarker est venue en Europe à l'occasion de la Journée internationale des filles, le 11 octobre, convaincre Paris et Bruxelles de soutenir son combat contre le mariage des mineures dans son pays.

Si elle avait suivi le chemin auquel les siens la prédestinaient, Radha Rani Sarker serait mariée depuis ses 14 ans et probablement, à 21 ans, mère d'une tribu d'enfants qu'elle n'aurait pas choisie d'avoir. Mais cette Bangladaise ne suit que la voie qu'elle s'est elle-même tracée. Elle a envoyé valser tradition et religion ; elle est restée hermétique à la pression sociale et familiale et s'est engagée dans un combat loin d'être gagné d'avance dans son pays : mettre fin au mariage des enfants, et plus particulièrement à celui des petites filles, qui y perdent leur santé, leur avenir, leur liberté.

Aujourd'hui, Radha Rani Sarker est devenue l'une des ambassadrices de la défense des droits des femmes et des filles au Bangladesh. Parrainée par l'ONG Plan international, elle s'est rendue en France à l'occasion de la journée internationale des filles, le 11 octobre, avant de partir à Bruxelles pour convaincre les autorités européennes de soutenir son combat. Un enjeu de taille quand on sait que le Bangladesh est l'un des pays où le mariage précoce – bien qu'illégal depuis 1929 – est le plus répandu : 73 % des filles y sont mariées avant l'âge de 18 ans et 27 % des jeunes épouses ont entre 12 et 14 ans.

© Studio graphique de France Médias Monde


>> À lire sur France 24 : "'Nojoom, 10 ans, divorcée', un film plaidoyer contre le mariage des enfants au Yémen"

La jeune activiste, qui rencontrait le 10 octobre la ministre française des Droits des femmes, Laurence Rossignol, ne se laisse impressionner ni par l'ampleur de la tâche ni pas ses interlocuteurs. Avec son visage poupon et son regard aussi noir que pétillant, elle semble afficher en toute circonstance une nonchalance désarmante. Quand nous la rencontrons à Paris, dans les locaux de Plan international, elle se prête au jeu de l'entretien sans entrain, ni désobligeance. Elle raconte comment elle a échappé au mariage forcé en sirotant un café noyé de sucre et revient sur la mort de son père en grappillant dattes et grains de raisin. Autour d'elle, une dizaine de tasses à peine entamées et des assiettes de fruits à moitié croqués, comme pour afficher qu'elle n'a toujours pas l'intention de se forcer, à quoi que ce soit.

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"Les filles, ça coûte cher et ça ne rapporte rien"

Dans sa région natale de Dinajpur, un district rural et reculé dans le nord-ouest du Bangladesh, la liberté est un droit qui ne va pas de soi. Les femmes doivent l'arracher à force d'audace et de désobéissance. Radha est née en 1995 dans une famille pauvre du village de Khanshama. Son père, un tresseur de bambous, a épousé sa mère, sur ordre des familles, alors que cette dernière n'avait que 12 ans. "C'est en voyant la souffrance de ma mère que j'ai décidé que je n'aurais pas la même vie", raconte Radha.

© Studio graphique de France Médias Monde


>> À lire sur France 24 : "Rekha, 12 ans, emblème de la lutte contre les mariages forcés en Inde"

Le couple arrangé a cinq filles, un acharnement du sort dans un pays où elles sont perçues avant tout comme une charge. Le père se tue à la tâche pour payer les dots de ses filles qu'il se hâte de marier les unes après les autres. Quand ce dernier succombe à une crise cardiaque en 2009, Radha, la cadette, a 14 ans et elle est la dernière sur la liste. Ses aînées ont quitté le foyer pour rejoindre celui de leur belle-famille ; toutes ont arrêté leurs études. "Je pense que mon père aurait bien aimé que l'on fasse des études, mais il était trop pauvre : dans mon pays, avoir cinq filles ça coûte cher et ça ne rapporte rien, explique la jeune femme sans s'émouvoir. Il faut payer les dots, et plus les filles vieillissent plus la dot est élevée".

La veillée funéraire du père à peine entamée, les oncles se mettent en tête de trouver un mari à Radha. Ils veulent épargner à la famille l'humiliation d'avoir une fille pubère et non mariée à charge. "Ils ont commencé à tout planifier alors qu'on n'avait même pas fini d'organiser les funérailles de mon père ! s'exclame Radha, réveillant soudain une ancienne colère. Et moi je perdais tout : mon père, mes droits, mon avenir." La famille trouve à Radha un prétendant de dix ans son aîné et sa mère, veuve et désormais sans revenu, n'a pas la force de s'opposer à un mariage que sa cadette refuse catégoriquement.

L'impunité des mariages précoces

Radha est emmenée de force chez l'une de ses sœurs aînées et son mari. "J'aurais préféré être morte à la place de mon père. Ils m'ont enfermée dans une chambre. Je passais mes journées allongée, à pleurer. Un jour, mon beau-frère est venu ramasser le repas, je me suis enfuie. J'ai sauté dans un bus et je suis rentrée chez ma mère", raconte la jeune femme. Les claques de sa sœur ne la feront pas revenir. L'adolescente s'entête et arrive à s'assurer le soutien d'un "cousin éduqué" et de sa mère. "Ils ont fini par me laisser tranquille !" s'enorgueillit Radha. Le premier acte de rébellion d'une longue série.

Radha reprend alors ses études, financées par des prêts de ses professeurs et des aides humanitaires. Aujourd'hui, elle étudie les sciences sociales à l'université régionale de Dinajpur, tout en poursuivant son combat contre le mariage précoce. Elle est ce que l'on appelle une "wedding buster", une casseuse de mariage. À force de travail de persuasion auprès des familles, elle a réussi à sauver plus de 20 jeunes femmes d'une union non désirée. Elle projette aussi de mettre en place un centre d'accueil où les filles pourraient se réfugier jusqu'à leur majorité. "La situation s'est un peu améliorée ces dernières années mais le mariage précoce bénéficie toujours de l'impunité. Des parents continuent de marier leurs enfants, quitte à le faire de nuit, alors que c'est illégal", explique Radha. Et pourquoi mettre un frein à la coutume : en 2015, la Première ministre du Bangladesh, Sheikh Hasina, a proposé d'abaisser l'âge minimum du mariage pour les filles à 16 ans. 

Radha Rani Sarker au Bangladesh milite contre le mariage des mineures. Une tâche d'une vaste ampleur qui implique de convaincre les femmes, comme les hommes. © Plan International-Bas Bogaerts 23

Quant au mariage, une obligation sociale au Bangladesh où 90 % des adultes sont mariés, Radha y pense… quand elle a le temps. Elle a déjà refusé sept propositions. "Me marier ? Pourquoi pas, mais ce n'est pas un but en soi dans la vie ! J'attends de rencontrer un homme qui comprendra qui je suis et ne mettra aucune barrière sur mon chemin", affirme-t-elle dans un éclat de rire. Radha n'est pas de celles que l'on peut mettre en cage. Elle croque dans une datte et s'échappe de la salle. Finalement revient et entonne un chant langoureux en bengali qui pourrait faire croire, à l'oreille profane, à une chanson d'amour. La traductrice nous détrompe : il s'agit d'une diatribe dénonçant ceux qui sacrifient l'avenir de leurs filles sur l'autel des traditions. Derrière les notes suaves, il y a des flèches ; et derrière la nonchalante séductrice, une guerrière qui espère devenir un modèle pour une génération de femmes qui a tout à y gagner.

© Studio graphique de France Médias Monde

Première publication : 11/10/2016

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