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Culture

L’auto-édition numérique, nouvel eldorado des écrivains

© Joel Saget, AFP | Les Français n’hésitent plus à se lancer dans l’auto-édition.

Texte par Sinatou SAKA

Dernière modification : 19/10/2016

Depuis 2007, 25 000 auteurs français ont choisi l'auto-édition, soit la voie numérique pour publier leur œuvre. Internet a permis aux plate-formes telles qu'Edilivre, Bookelis ou lulu.com de se multiplier pour les accompagner.

L’auto-édition sur Internet est en plein essor. En effet, des écrivains en herbe, qui se voient refuser leurs manuscrits par les maisons d’édition traditionnelles, prennent désormais en charge la publication de leurs ouvrages pour se faire connaître.

C’est l’histoire d’Agnès Martin-Lugand. Après avoir essuyé plusieurs refus d’éditeurs pour son livre "Les Gens heureux lisent et boivent du café", elle s'est tournée vers les sites d'auto-publication. D’abord confidentiel, le roman s'est vendu à 10 000 exemplaires, au prix de 2,99 €, sur la plate-forme e-books d'Amazon. Il devient l’un des best-sellers numériques du site, notamment à cause du prix. Trois semaines plus tard, il est racheté par un éditeur classique : Michel Lafon. Par ailleurs, 18 pays ont acheté les droits du livre.

"Une partie des ouvrages auto-édités sont des témoignages"

Mais ces nouveaux auteurs, qui distribuent leurs manuscrits sur des plates-formes Internet cherchent leur public, bien avant la notoriété. Des grands-parents qui publient leurs mémoires de familles, aux ouvrages dérivés des blogs, la parole se libère, notamment avec l'avènement des réseaux sociaux. Une grande partie des ouvrages auto-édités sont donc des témoignages. "Ils le font parce que c’est important pour eux de transmettre un message. Ils le portent depuis longtemps", explique David Stut, directeur d’Edilivre.

Internet permet de se faire éditer en trois semaines

Les Français qui ne pensaient pas à la possibilité d’être édités n’hésitent donc plus à se lancer dans l’auto-édition avec la rapidité qu’offre Internet. “Publier est devenu à la fois simple, facile et rapide” explique David Stut dans son bureau, au siège d’Edilivre à Saint - Denis, où s’alignent des étagères garnies de livres. Pour se faire éditer chez lui, il suffit de déposer son manuscrit sur le site internet de la maison. Les responsables vous donneront une réponse sous 3 semaines. Si votre manuscrit est accepté, Edilivre vous envoie alors un contrat. Seuls 25 % des manuscrits sont rejetés. “Ce qui est déjà énorme. On veut faire moins ” confie David Stut. Dans l’édition classique, il faut attendre au moins neuf mois pour voir son livre publié contre trois semaines sur Internet.

>> À voir : Stephen King à l'ère du numérique

Selon un sondage du Figaro Littéraire publié en 2009, les maisons d’édition recevaient 400 000 manuscrits par an. Seul 1 % de ses ouvrages est publié par les éditeurs classiques. Pourtant, ces auteurs indépendants, désormais présents au Salon du livre de Paris, représentaient un chiffre d’affaires de 82 millions d’euros en 2013. Il n’existe pas de données précises sur ce nouveau secteur du numérique, mais il représente environ 3 % du chiffre d’affaires global de l’édition, selon le syndicat national de l’édition.

Edilivre, lui, revendique près de 15 000 auteurs et plus de 22 000 livres dans son catalogue. Autant de publications qu’Hachette, Gallimard et l’Harmattan réunies. Chez Bookelis, qui revendique 1 600 auteurs sur sa plate-forme, tous les textes sont acceptés. Bookelis met gratuitement à disposition des auteurs des outils techniques pour gérer eux-mêmes la mise en ligne de leurs textes, la fabrication de la couverture et l’écriture du résumé du livre.

L’auto-édition, le choix de la liberté et de la solitude

"J'ai travaillé quotidiennement, au jour le jour depuis la parution du livre, il y a neuf mois... Quelques heures par-ci, par là. Finalement, c'est sûrement énorme et pas assez en même temps ! Je dirais plusieurs dizaines d'heures, mais il est clair qu'il faut beaucoup plus" explique Émilie Boguet, jeune auteure.

Les textes auto-édités font rarement l’objet d’une relecture de la part des plates-formes intermédiaires. Émilie Boguet qui a publié “Le cri d’Antoine” chez Edilivre confie : “Aucune retouche n’est apportée à mon texte et rien ne m’est imposé en terme de couverture ou de titre.” Pour un auteur indépendant, hors de question de négliger sa liberté artistique. Cependant, cette liberté a un prix. Le prix de la qualité et du temps. Dans la vie, Émilie Boguet est professeure des écoles à Chantenay-Saint-Imbert. Quand elle ne corrige pas les copies de ses élèves, elle écrit et s’occupe seule des envois promotionnels aux journalistes, de la création d’un site internet et des démarches pour participer aux salons du livre en Bourgogne.

Par ailleurs, la jeune auteure a dépensé 118 euros pour la couverture et le site internet de son livre, publié chez Edilivre. Nous sommes loin de l’édition à compte d’auteur où ce dernier peut dépenser jusqu’à 8 000 euros pour voir son livre publié. Les marges restent cependant plus intéressantes que dans l’édition classique. À ce jour, Émilie Boguet n'a vendu que 400 exemplaires à 12,99€ chacun. La plate-forme reverse 20 % de droits d’auteur sur les livres vendus sur Edilivre.com pour le format papier contre 8 ou 10 % dans l’édition classique. Bookelis, quant à lui, ne touche que 50 % du prix de vente. Sans coût d’impression, de stockage, la plate-forme reverse le reste à l’auteur.

En plein quartier des grands magasins à Paris, Pierre Chausse, directeur de la maison d’édition Première Partie, défend, lui, le modèle traditionnel. Selon le trentenaire, “il vaut mieux vendre 10 livres à 7 ou 8 % plutôt qu’un livre à 30 % de droits d’auteur”. Choisir l’auto-édition, c’est donc prendre le risque de vendre moins en gagnant plus d’argent. C’est le choix d’Elizabeth Sutton avec son livre “Publier à l’ère numérique”.

Acquérir une légitimité auprès d’éditeurs classiques

Mais l’auto-édition permet également aux éditeurs traditionnels de repérer des talents et de voir en temps réel ce que les lecteurs veulent lire. Pour répondre à leur demande, la plate-forme d’auto-édition Librinova a lancé le programme “En route vers le papier”. Librinova représente ainsi 20 auteurs dont certains ont déjà été publiés par des éditeurs classiques comme Eyrolles, Prélude, Mosaic ou Point. Marilyse Trécourt fait partie de ceux-là. Son premier roman intitulé "Au-delà des apparences" s’est vendu à plus de 3 000 exemplaires en format numérique, et à plus de 800 en papier aux éditions Mosaïc.

L’auto-édition génère aussi des success stories. De plus en plus souvent, les auteurs sont donc sollicités par les maisons d’éditions classiques. C’est le cas de Jacques Vandroux et Aurelie Valognes. La seconde a vendu plus de 25 000 exemplaires de son livre "Mémé dans les orties" et sera bientôt publiée par Michel Lafon. "Les pierres couchées" de Jacques Vandroux, auto-édité, a dépassé les 20 000 exemplaires vendus. Plusieurs éditeurs classiques ont déjà approché l’auteur.
Dawoud Saadoun a, quant à lui, reçu, le 14 juin dernier, le Prix de l’Autre édition, attribué par un jury de correcteurs, journalistes et blogueurs, pour son roman “Un jour particulier” auto-édité. “ Mon objectif est de me faire un nom dans le milieu de l’auto-édition et d’acquérir une légitimité auprès des éditeurs classiques” explique t-il. En attendant, il est directeur de cinéma dans la Drôme.

Le secteur se professionnalise

Pour augmenter la qualité de leurs textes, certains auteurs indépendants se corrigent entre eux bénévolement et se donnent des conseils. Ils gèrent aussi des campagnes promotionnelles sur Facebook et Twitter. D’autres font appel à des prestataires comme Elizabeth Sutton pour s’occuper exclusivement des relations presse et de la gestion des pages Facebook et Twitter de leurs livres. Des services encore inaccessibles à des centaines d’écrivains qui souhaitent se faire éditer rapidement et avec très peu de moyens.

 

Première publication : 18/10/2016

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