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FRANCE

La première "salle de shoot" de France ouvre à Paris

© Patrick Kovarik, Pool, AFP | La "salle de consommation de drogue à moindre risque" de l'hôpital Lariboisière a été inaugurée le 11 octobre 2016.

Texte par Bahar MAKOOI

Dernière modification : 15/10/2016

La première "salle de shoot" ouvrira lundi en France. Elle sera située dans les locaux de l'hôpital Lariboisière (Xe arrondissement). Tour d'horizon d'un projet controversé.

Elle a bien failli ne jamais voir le jour. Après plus de sept années de polémiques, des attaques répétées, des dizaines de banderoles déployées par les riverains, la première "salle de shoot" officielle en France a fini par être inaugurée à Paris, le 11 octobre, par la ministre de la Santé Marisol Touraine et la maire de Paris Anne Hidalgo. Elle doit ouvrir ses portes aux toxicomanes lundi 17 octobre à l'hôpital Lariboisière (Xe arrondissement).

"Cet outil n’est pas miraculeux, mais pragmatique" résume Nathalie Latour, la directrice générale de la Fédération addiction à France 24. Pour ce collectif d’associations en contact permanent avec les toxicomanes, ce programme devrait aider les usagers à "régler la régularité de leur consommation", faute de pouvoir instaurer systématiquement un sevrage.

"C’est déjà un grand pas" explique Nathalie Latour, pour qui l’ouverture des premières salles d’injection marque une étape majeure dans la réduction de risques liés à la consommation de drogue.

Une cinquantaine de toxicomanes par jour

Appelé officiellement "salle de consommation de drogue à moindre risque" (SCMR), ce premier espace ouvert en France est abrité à l'hôpital Lariboisière (Xe arrondissement), mais avec une entrée discrète et séparée.

Le lieu est réservé aux toxicomanes, majeurs uniquement, qui s'injectent des produits qu'ils apportent eux-mêmes, sous la supervision de personnes qualifiées, avec du matériel stérile. Une convention a été signée avec les ministère de l'Intérieur et de la Justice pour que les personnes ne soient pas inquiétées pour leurs activités dans cet espace. Une cinquantaine d'usagers pourront être présents en même temps, en plus du minimum de six personnes encadrant le lieu, dont un médecin, un infirmier et un agent de sécurité.

Dans des locaux dédiés et ouvert tous les après-midi, la "salle de shoot" propose un accueil, une salle de consommation, un atelier d’insertion, plusieurs bureaux de consultation mais aussi un espace de repos, conçu de sorte que "personne ne sorte en état [drogué]", explique Elisabeth Avril, la directrice de l’espace. Le temps de repos n’y est pas compté et tout est fait pour que le toxicomane puisse y rencontrer les personnes susceptibles de l’aider (infirmier, travailleur social, médecin).

Pour voir les images et vidéos sur vos tablettes et mobiles cliquez ici.

Éviter d’exposer la population locale

Cette première "salle de shoot" parisienne est implantée dans le quartier de la gare du Nord, le plus touché à Paris par la toxicomanie. "La salle n’est pas parachutée, son intérêt est de s’insérer dans un quartier où il y a déjà des toxicomanes, qui consomment habituellement en 'scène ouverte', dans les toilettes publics, les parcs, le quai du métro..., ce qui met sous les yeux de la population locale des choses auxquelles elle n’a pas à être exposée" indique Nathalie Latour.

De son point de vue, l'ouverture d'une telle structure apportera une réponse de sécurité publique. "Avoir du matériel à disposition [pas la drogue, mais les seringues seulement], un espace calme, cela apaise les tensions" assure-t-elle.

Des arguments que ne partagent pas les riverains, craignant des troubles de voisinage. Sur la façade de l’immeuble en face de la "salle de shoot", les banderoles contre le projet n’ont pas disparu.

Serge Lebigot, président de l'association "Parents contre la drogue" fait partie des voisins inquiets. Il a d’ores-et-déjà les yeux rivés sur la salle et invite les habitants du quartier à faire de même. Il a annoncé la mise en place d'un site internet où il invite chacun "à signaler les incidents" pour faire pression.

À proximité de la "salle de shoot" du Xe arrondissement de Paris, des habitants ont déployé une banderole. © Patrick Kovarik, AFP

Santé vs morale ?

Les "salles de shoot" sont très demandées par les associations et une partie du corps médical. Depuis 2010, une expertise de l’Inserm a mis en exergue la vertu de l’existence de tels espaces dans la diminution des overdoses et les risques de propagation du virus du sida et de l’hépatite C. D’après des chiffres du ministère de a Santé, qui juge la situation sanitaire des toxicomanes "très préoccupante", en 2011, plus de 10% d’entre eux étaient atteint du virus du sida et plus de 40 % par l’hépatite C.

Par ailleurs, ces espaces où les usagers de drogues auront droit au calme, permettront de reprendre le dialogue, explique Nathalie Latour. "Ce sera l’occasion d’en savoir plus sur les conditions d’hébergements, l’accompagnement psychique des toxicomanes, l’occasion de détecter et de soigner d’autres pathologies comme des problèmes de dents, des abcès..."

En France, où les débats ont été extrêmement sensibles, "le problème a été avant tout placé sur le plan moral et idéologique durant des années" raconte Nathalie Latour. "Avec une question de fond : 'Peut-on d’un côté interdire les drogues et de l’autre autoriser ce type de salle ?'", ajoute-t-elle. Le Conseil d’État a d’ailleurs opposé une impossibilité juridique à la mise en place des "salles de shoot" en 2013, les jugeant alors contraires à la loi pénale qui interdit l’usage de stupéfiants. Deux ans plus tard, le projet, passé cette fois sous le joug de la loi de Santé, a pu être considéré conforme à la loi.

Les modèles étrangers

À l’étranger de telles structures sont depuis longtemps devenues pérennes. Les salles d’injection existent depuis trente ans en Suisse, où elles ont permis la diminution de la contamination mais aussi de la délinquance. En Allemagne, en Australie, au Canada, en Espagne, au Danemark, au Luxembourg, en Norvège, au Pays-Bas, de tels espaces ont fait la preuve de leur efficacité au fil des années.

>> À revoir sur France 24 : "La plus ancienne 'salle de shoot' européenne en images"

Outre Paris, Strasbourg ouvrira prochainement une SCMR. Mais ces salles de shoot à la française restent provisoires. Ce sont des expérimentations, assurée d’exister pour une durée limitée à six ans. Deux programmes de recherche, financés par la Mildeca (Mission interministérielle de lutte contre les drogues), évalueront leur impact pour la santé publique et l'ordre public afin de décider ou non de leur reconduction.

Avec AFP

Première publication : 15/10/2016

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