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FRANCE 24

Démantèlement de Calais : les rêves d’Angleterre s’éloignent pour les jeunes migrants

© Tony Todd, France 24 | Des migrants afghans convergeant vers les cars affretés par les autorités françaises pour évacuer la "jungle" de Calais.

Texte par Tony TODD

Dernière modification : 25/10/2016

Au deuxième jour du démantèlement de la "jungle" de Calais, les opérations d'évacuation se poursuivaient mardi, alors que commençait également le nettoyage de la zone. Rencontre avec de jeunes migrants perdus entre espoir et résignation.

"La jungle, c’est pour les animaux, ce n'est pas pour les hommes," lance à France 24 Mohammed, un jeune réfugié soudanais, âgé de 16 ans, qui attend patiemment dans la file d’attente pour quitter la "jungle" de Calais. Quelque de ses 50 compatriotes ont quitté la cité calaisienne quelques heures plus tôt pour la Bourgogne. Le jeune migrant espère lui aussi prendre un car pour gagner l’un des 280 centres d’accueil répartis dans tout l’Hexagone. En tout, depuis lundi, 4 014 personnes ont été "mises à l'abri" a annoncé mardi 25 octobre au soir le ministère de l'Intérieur, au deuxième jour du démantèlement de la "jungle", alors que commençaient les opérations de nettoyage.

Opération de communication

Partir, comme seule obsession. Quitter cette "jungle" tentaculaire et bondée, qui a accueilli jusqu’à 8000 personnes, – des jeunes hommes pour la plupart – dans des huttes, des caravanes et des tentes de fortune.

"Il est honteux que deux pays [la France et le Royaume-Uni] parmi les plus riches du monde aient été incapables de régler ce gâchis", tempête Sally Hunt, un volontaire britannique de l’association d’aide aux réfugiés "Care 4 Calais", contemplant, sidéré, les longues files d'attente, sous l’œil avide des centaines de journalistes accrédités pour l’occasion.

Entourés par 1200 CRS, les migrants sont dirigés dans un hangar humide et froid. Là, face à une carte de France, on leur demande de choisir une ou deux régions comme destination. Puis, munis de bracelets, une fois leur identité à nouveau vérifiée, ils montent dans des bus chargés de les conduire loin de la "jungle". Aucune des personnes interrogées par France 24 ne connaît sa destination ou ce qui les attend sur place.

D’aucuns sont soulagés de quitter la jungle et ses odeurs âcres, ses dangers et ses incertitudes. Cependant, certains caressent toujours le rêve de traverser la Manche pour rejoindre l’Angleterre, où leurs chances de trouver un travail semblent plus grandes mais aussi parce que nombre d’entre eux y ont famille et amis. Ils connaissent aussi la langue. La majorité des réfugiés parlent un anglais correct, parfois excellent, "appris à la maison, sur le camp ou sur la route ". Beaucoup conservent également une image négative d'un pays dont la police leur semble hostile et sans compromis.

Calais, "c’est terminé"

Au centre du camp, une pile de conteneurs d'expédition convertis en abris, où logent des centaines de mineurs non accompagnés attendant que leur statut soit étudié par les autorités. La majorité d'entre eux, originaires d'Afghanistan, d'Érythrée et du Soudan, garde l’espoir chevillé au corps de rejoindre les 200 jeunes chanceux acceptés au Royaume-Uni au cours des dernières semaines. Suspendus à la décision des agents d'immigration britanniques en France qui les ont interrogés, ils espèrent en vain une réponse favorable.

Face à l’adversité, d’autres se résignent. Calais "c’est terminé, il n'y a plus d’espoir de gagner l'Angleterre d'ici", assure Simim, un Afghan de 18 ans venu tout droit du nord de Kinduz. Le jeune homme a vécu dans la "jungle" pendant plus d'un an. Intelligent et plein d’esprit, il raconte, autour d’un thé improvisé dans sa caravane, ses nombreuses tentatives infructueuses de gagner l’Angleterre.

Lui et ses amis, tous originaires de la même région d’Afghanistan, regrettent de ne plus avoir l’âge de bénéficier du statut réservé aux enfants. "Quand je suis arrivé dans la 'jungle', je n’étais pas encore en âge de me raser. Aujourd’hui, je suis trop vieux pour être considéré comme un enfant", raconte Ahmad, un ami de Simim, qui a fui le conflit dans son pays et rêve d'Angleterre depuis qu'il est tout petit.

British "humour"

Lundi, au premier jour de l’évacuation de la jungle, Simim et ses amis ont observé les files d'attente des migrants candidats au départ. Ensemble, ils ont cependant décidé de passer une nouvelle nuit dans le camp. Même si la "jungle leur semble désormais derrière eux", elle reste leur maison. Ils ne sont pas encore prêts à la quitter, ni à risquer de voir leur groupe se diviser. Ils sont surtout méfiants des informations qui leur sont délivrées et ce malgré les efforts des fonctionnaires qui distribuent des tracts dans la plupart des langues pour informer les migrants sur les conditions du démantèlement.

Le sergent Carson, un policier britannique venu de Barnett, près de Londres, "pour voir la réalité du terrain" entreprend une visite guidée du bidonville de 1,5 km2. Alors qu’il passe à proximité de Simim, Ahnmad et de leurs amis, il interpelle le groupe. "Alors, quelle équipe de football soutenez-vous?"

-"Manchester United !", "Liverpool !", "Chelsea !", lancent les jeunes amis sans réfléchir.
- "Si vous les soutenez à ce point, vous ne serez certainement pas les bienvenus au Royaume-Uni", leur rétorque le policier non sans humour. Une ironie toute britannique qu’ils méconnaissent. Leur expérience dans le camp se résume bien souvent à un sentiment de rejet et de grande confusion.
 

Article de Tony Todd adapté de l'anglais par Aude Mazoué.

Première publication : 25/10/2016

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