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FRANCE

Après Calais, quel avenir pour les "mini-jungles" de Paris ?

© France 24 | Il y aurait environ 2000 personnes dans les campements parisiens.

Texte par Charlotte BOITIAUX

Dernière modification : 03/11/2016

Depuis le démantèlement de la "jungle" de Calais, plus grand bidonville de France, les migrants des campements parisiens s'interrogent sur leur avenir. Reportage dans le "triangle des migrants" du nord de Paris.

Zainudin tient sous son bras tout ce qu'il possède : une épaisse couette blanche et une tente repliée. Cet Afghan d’une trentaine d’années est arrivé il y a six mois à Paris. Ce matin-là, le lundi 31 octobre, il regarde incrédule une pelleteuse, à quelques mètres de lui, soulever du sol des dizaines de matelas, de couvertures et de tentes désertées de leurs occupants. Comme presque chaque semaine, les forces de l’ordre rasent le camp de migrants, où il a élu domicile, sous la station de métro Jaurès, dans le nord de Paris.

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Dans sa main droite, le trentenaire serre un document, plié en quatre : son récépissé de demande d’asile. Un précieux sésame lors des opérations de démantèlement, quand la police vérifie la situation administrative des centaines de migrants qui "campent" sur les trottoirs de la capitale. Zainudin ne s’affole pas. Il est en règle. "Où vais-je aller ce soir ? Ici, sûrement", répond-t-il laconiquement dans un anglais approximatif. À Jaurès, malgré les descentes quasi-hebdomadaires des forces de l’ordre, les migrants, lassés par ces contrôles répétitifs, ne partent plus.

"C’est la 29e opération depuis le mois d’août", explique Luna, une habitante du quartier, qui, depuis son appartement, a une vue direct sur les centaines de tentes s’étalant sous ses fenêtres. "C’est toujours le même rituel, la police démantèle, les migrants attendent sur les trottoirs en face, puis ils reviennent s’installer juste après leur départ". Les descentes de police n’ont rien d’exceptionnel. Ce qui étonne Luna ce jour-là, c'est le nombre de journalistes présents.

"Le triangle des migrants"

La raison principale de cette attention médiatique est liée à Calais. Depuis la semaine dernière, une rumeur persistante circule dans de nombreux médias : les campements sauvages du nord de la capitale auraient pris une ampleur considérable en raison du démantèlement de la "jungle", à 300 km de là.

Luna est sceptique sur la prétendue "explosion" de la population. "Il y a peut-être un peu plus de monde qu’avant, reconnait-elle, mais franchement, je ne vois pas une grande différence". Yann, membre de SciencesPo Refugee Help, un collectif qui apporte une aide juridique et matérielle aux occupants des lieux, partage le même sentiment. "Ici, à Jaurès, il y a peut-être une dizaine de personnes venues de la 'jungle', je ne suis même pas sûr… Je croise souvent les mêmes visages. Il faudrait aller voir vers Stalingrad, c’est peut-être différent". Non loin de lui, une famille afghane, adossée contre le mur du métro en attendant la fin de l’opération policière, confirme. "On se connaît presque tous, ici, il n’y personne de Calais".

Les migrants attendant la fin des opérations de police. Ils patientent à 10 mètres des forces de l'ordre avant de se réapproprier les trottoirs parisiens. © FRANCE 24

Les camps grossissent...

Il existe trois petits campements distincts dans le nord de Paris, sorte de "triangle des migrants" à quelques mètres d’écart les uns des autres. Sous le métro Jaurès, une "mini-jungle" rassemble une écrasante majorité d’Afghans, quelques mètres plus loin, au métro Stalingrad, un campement plus imposant regroupe essentiellement des Érythréens. Avenue de Flandres, toujours dans le même secteur, un dernier camp réunit plutôt des Soudanais. 

>> Infographie : Le deuxième exode – la France se divise sur l'accueil des migrants de Calais

"Chaque jour, une soixantaine de migrants arrivent dans les camps du nord de Paris", estime Jeanine Rochefort, docteure chez Médecins du Monde, une ONG présente dans le 19e arrondissement de Paris. "Peut-on vraiment parler ‘d’arrivée massive’ ? C’est une évolution normale d’un campement sauvage. Si on ne fait rien, il grossit de jours en jours. Ils étaient 500 il y a un mois, ils sont 2 000 aujourd’hui. Ce chiffre aurait été le même avec ou sans démantèlement de la jungle".

© FRANCE 24

Même analyse de Chapelle Debout, un collectif militant qui apporte au quotidien une aide juridique aux migrants de la capitale. "Les camps de Paris ne sont pas un dommage collatéral de Calais. Le principe même d’un campement sauvage, c’est de grandir !", rétorque Patrick, un de ses membres, une pancarte "Non aux rafles de migrants", à la main.

L’accroissement de la population se remarque surtout le long de l’avenue de Flandres, où le nombre des tentes collées les unes aux autres augmente de jour en jour. Depuis le métro Stalingrad, on n’en voit pas le bout. Sur le terre-plein central, entre les voies de circulation, une vie parallèle s’est développée : les lampadaires servent de porte-manteaux, les arbres font office de séchoirs, et des bâches tirées entre deux poteaux permettent de s'abriter lorsqu'il pleut.  

La situation sanitaire est alarmante sur l'avenue de Flandres, dans le 19e arrondissement de Paris. © FRANCE 24

...mais les arrivants viennent d'Italie, pas de Calais

Comme de nombreux bénévoles, Sylvie, une habitante du quartier, s’étonne du lien constamment établi entre Stalingrad et Calais. Elle n’a pas le souvenir d’avoir croisé un migrant ayant fui les départs en bus vers les centres d’accueil et d’orientation (CAO) en régions. Sur l’avenue de Flandres, seul Ahmed, un jeune homme croisé furtivement, correspond au scénario. Le jeune soudanais dit être arrivé le 30 octobre de la "jungle" à Paris, il ne sait pas encore s’il retentera prochainement le passage vers l’Angleterre.

Autour d'Ahmed, tous les autres migrants interrogés affirment être récemment arrivés d’Italie. Abdel, un étudiant soudanais, a débarqué il y a un mois dans la capitale française. "Je suis passé par Vintimille [à la frontière italienne]. J’ai mis deux semaines pour venir ici depuis Khartoum", explique-t-il dans un français parfait, appris à l’université. "Au début, j’ai voulu aller vers Calais pour passer en Angleterre, mais j’ai laissé tomber quand j’ai compris que les frontières étaient complètement fermées". 

À l'instar d'Abdel, Mohammad et Osmane, deux Soudanais d’une trentaine d’années, ont demandé l’asile en France. Tous deux sont arrivés à Stalingrad il y a une semaine. Ils sont aussi passés par Vintimille. Ils racontent leur "pénible" périple Soudan-Libye-Méditerranée-Italie-France. "J’ai rendez-vous le 11 décembre avec France Terre d’asile pour lancer ma procédure de demande d’asile (FTA)", explique Mohammad en montrant son précieux récépissé. Son acolyte, lui, a rendez-vous à la fin du mois. En attendant leurs entretiens, ils comptent rester là, métro Stalingrad. 

Mohammad et Osmane, deux Soudanais arrivés il y a une semaine à Paris, montrent leur récépissé d'un rendez-vous avec France Terre d'asile. © FRANCE 24

Des centres d'accueil complets

À Paris, les migrants sont confrontés à trois épreuves : la saturation des centres d’accueil, la complexité des démarches administratives pour régulariser leur situation et les opérations de démantèlement de la police. Tout cela participe à faire grossir les campements parisiens. "Il n’y a plus de places en Cada [centres d’accueil pour demandeurs d’asile], ou en CHU [centres d’hébergement d’urgence]. Les gens sont obligés de dormir là en attendant de faire leur demande d’asile ou en attendant qu’elle soit examinée. Ça peut prendre des mois. Pendant ce temps-là, d’autres migrants arrivent", explique encore Yann, le bénévole de SciencePo Refugees Help.

La situation devrait évoluer dans les jours à venir. Une évacuation de Stalingrad et Jaurès doit avoir lieu prochainement. "D'ici le 15 novembre, même peut-être avant", assure le préfet d'Ile-de-France. Le démantèlement des "mini-jungles" parisiennes doit coïncider avec l'ouverture du premier centre d'accueil humanitaire pour les migrants de la capitale, d'une capacité initiale de 400 lits. Pas sûr que la construction de ce camp règle le problème des campements sauvages parisiens à lui tout seul, précise Yann. "Il y a trop peu de places, on ne peut y rester que 10 jours maximum". Il aura néanmoins un avantage, ajoute-t-il, "un accès à une information claire sur la procédure d’asile." Une épreuve en moins pour les naufragés de Jaurès, Stalingrad et Flandres.

Abdel, jeune Soudanais, arrivé début octobre à Paris, vient de faire sa demande d'asile. Il affirme que dans le campement, peu de gens viennent de Calais. © FRANCE 24

Première publication : 01/11/2016

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