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Afrique Culture

Achille Mbembe : "L'Afrique doit redevenir son propre centre"

© Fatimata Wane-Sagna | L'historien camerounais Achille Mbembe, co-organisateur des Ateliers de la pensée, à Dakar.

Texte par Fatimata WANE , à Dakar (Sénégal)

Dernière modification : 03/11/2016

Libre-penseur, l'historien et philosophe camerounais Achille Mbembe figure parmi les plus brillants de sa génération. Depuis Johannesburg, où il vit et enseigne, il défend l'idée d'une Afrique forte, libre et reliée aux autres. Entretien à Dakar.

Achille Mbembe est un libre-penseur. Historien de formation, devenu depuis un philosophe de renommée internationale, il est en première ligne pour défendre une nouvelle idée de l'Afrique. Il pourfend l'idée d'une Afrique soumise, exhorte à sortir du face-à-face avec l'Occident. C'est un homme doux qui n'hésite pas à faire montre de violence lorsqu'il s'agit d'évoquer les tourments de l'Afrique, soulignant que le continent est une prison à ciel ouvert. Sortir d'un environnement carcéral mental, c'est son crédo, afin de pousser les jeunes à s'instruire. Sa mission : décoloniser les esprits africains. C'est avec son ami, l'économiste et écrivain sénégalais Felwine Sarr, qu'il a décidé de monter les ateliers de la pensée à Dakar. Entretien à Dakar.

France 24 : Achille Mbembe vous avez décidé de monter ces ateliers à Dakar. Pourquoi était-ce si important de faire ce colloque dans ce lieu ?
Achille Mbembe : L’Afrique doit redevenir son centre propre, sa puissance propre. C’est la condition pour qu’elle puisse se hisser à la hauteur du monde. Il fallait revenir en terre africaine à Dakar, qui est notre ville portes ouvertes pour le continent et pas seulement pour les Sénégalais. Il est temps que l’Afrique soit pensée à partir d’ici mais dans un rapport englobant nos diasporas.

Pouvez-vous nous parler de la planétarisation de l'Afrique. En quoi porte-t-elle la métonymie du monde ? En quoi ces débats peuvent-il concerner un Polonais par exemple ?
Ces débats concernent le Polonais, le Serbe, l’Afghan car au fond il n’y a jamais eu de monde sans l’Afrique. Le monde contemporain trouve son fondement dans une certaine relation à l’Afrique. Le monde de demain sera beaucoup plus dépendant de l’Afrique que celui d’hier, ce qui se passe chez nous a donc des conséquences colossales pour le Polonais, pour le Français, pour les nations du monde. Il est impossible de penser l’humanité et la planète en l’absence de l’Afrique.

Les crises s'accumulent sur le continent, faut-il imaginer un nouveau modèle démocratique en Afrique ?
Pas seulement en Afrique, partout dans le monde, car la démocratie est en crise à peu près partout. Il faudrait alors imaginer la démocratie dans deux ou trois directions. La démocratie historiquement a été une démocratie des semblables, il faudrait élargir la démocratie pour qu’elle puisse inclure ceux qui ne sont pas des nôtres, les passants, les réfugiés… Ceci en droite ligne de la pensée de Kant sur la paix perpétuelle et le cosmopolitisme et on ne s’en sortira pas sans un approfondissement, un élargissement du cosmopolitisme. Il faudrait réinventer la démocratie en direction des autres vivants, les autres espèces vivantes, elle aura la démocratie libérale, qui était pensée en fonction de l’humain. Or, le monde qui vient, celui dans lequel nous vivons, est un monde qui devrait se partager entre les humains et les non humains : espèces humaines, animales, végétales. À l’aire du réchauffement climatique et de la multiplicité des espèces, on ne peut plus fonctionner sur la base d’une démocratie anthropomorphique et, finalement, il faut élargir la démocratie dans une redistribution des ressources, dont nous sommes tous des ayants droit, dans le sens d’une justice universelle qui nous permettra de sortir de l’état d’illimité dans lequel le monde s’est récemment enfoncé.

Que répondez-vous à ceux qui désespèrent d’une évolution démocratique en Afrique ?
Ce sont des processus de très longue durée. Ce sont historiquement des processus, qui ont pris des siècles. Il ne sert à rien de désespérer. Il faut lutter, il faut constituer un nouveau rapport de force entre les sociétés civiles et l’État. L’institution de la démocratie dépend d’un équilibrage des relations entre l’État et la société. Pour le moment nous sommes enfoncés dans ces situations de quasi autoritarisme parce que le rapport État-société s’effectue au détriment de la société. L’institution d’un rapport équilibré dépendra d’un certain nombre de facteurs d’émergence de nouvelles élites, de nouvelles contre-élites, de la reproduction internationale de formes de solidarité avec des luttes en cours, de la capacité à produire des alliances. De toute une série de pédagogie, dont le but est d’acculturer la forme démocratique à nos pays : tout un investissement intellectuel, artistique, esthétique qui devra accompagner le surgissement de nouveaux imaginaires. Un travail colossal et il n’y a pas de place pour le désespoir.

Achille Mbembe, auteur de "Politiques de l'inimitié", aux éditions La découverte.

Propos recueillis par Fatimata Wane-Sagna avec Aïssata Bal, Birane Wane et Babacar Fall.

Première publication : 03/11/2016

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