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Cinéma : "La Fille de Brest", "Sully", "Snowden"... la revanche des héros ordinaires

© Warner Bros., Elemiah-M, Universum Film, Caramel Films | Tom Hanks dans "Sully", Isabelle Adjani dans "Carole Matthieu", Joseph Gordon-Levitt dans "Snowden" et Sidse Babett Knudsen dans "La Fille de Brest"

Texte par Guillaume GUGUEN

Dernière modification : 23/11/2016

En salles mercredi, "La Fille de Brest" revient sur le combat de la pneumologue ayant révélé les méfaits du Mediator. Un film qui s’ajoute à la liste des longs-métrages récents sur des hommes et des femmes ordinaires aux prises avec le "système".

Hasard des sorties ou nouvelle tendance du cinéma ? Plusieurs films actuellement sur les écrans – ou qui s’apprêtent à l’être – semble faire écho à cette brûlante actualité où "le système" fait de plus en plus figure d’épouvantail pour les électeurs des démocraties libérales. Alors que la victoire de Donald Trump à la présidentielle américaine est perçue comme le triomphe des laissés-pour-compte sur les élites, les salles obscures donnent la part belle aux longs-métrages dont les personnages principaux, hommes et femmes ordinaires, se retrouvent aux prises avec la toute-puissance de la bureaucratie étatique ou des grandes firmes privées (voire des deux).

La dernière Palme d’or est la preuve de cet intérêt actuel du monde du cinéma pour les films dénonçant les effets dévastateurs du "système" sur un individu. Avec son titre remettant l'humain au centre des débats, "Moi, Daniel Blake" de Ken Loach montre en effet le parcours kafkaïen d’un menuisier anglais s’escrimant jusqu’à l’usure avec une administration lui refusant ses indemnités chômage.

Dans un genre plus poétique, on peut également citer "Aquarius" du Brésilien Kleber Mendonça Filho qui met en scène le combat mené par une sexagénaire contre d'intrusifs agents immobiliers bien décidés à la déloger de son appartement. La gentrification galopante qui boute les couches populaires hors des villes, c’est aussi le sujet de l’intimiste "Brooklyn Village" de l’Américain Ira Sachs et du passionnant documentaire "In Jackson Heights" de son compatriote Frederick Wiseman.

>> Pour voir les images et vidéos sur vos mobiles et tablettes, cliquez ici.

Si elle apparaît comme l'apanage d'un cinéma de gauche engagé, la dénonciation du "système" peut aussi servir un discours versant à droite. Prenons le prochain Clint Eastwood : attendu sur les écrans français le 30 novembre, "Sully" revient sur l’histoire vraie de ce pilote de ligne américain qui, en janvier 2009, sauva la vie de quelque 150 passagers en amerrissant d’urgence sur le fleuve Hudson.

Considéré comme un héros par la nation entière, le commandant dut toutefois s’expliquer devant une commission d’enquête remettant en cause son acte de bravoure. L’occasion pour le cinéaste, dont on rappelle qu’il compte parmi les rares soutiens de Donald Trump à Hollywood, de délivrer un message libertarien à peine voilé sur les méfaits de l’État-providence, autre avatar de ce fameux "système" peu soucieux de l’humain.

Mythe américain

Certes l'idée de mettre en scène des messieurs et mesdames "Tout-le-monde" bataillant contre les puissants n’est pas nouvelle. Surtout à Hollywood qui en a toujours fait ses choux gras. De "Serpico" à  "Promised Land" en passant par "Michael Clayton" ou encore "Erin Brockovich", on ne compte plus les longs-métrages ayant pour héros un David défiant les Goliath du pouvoir centralisé ou du grand capital mondialisé. "On peut remonter jusqu’aux films de Franck Capra dans les années 1930-1940 pour voir un homme lambda se battre contre le système. Cette figure fait partie intégrante du mythe américain et a, à cet égard, toujours intéressé les grands studios", rappelle à France 24 Jordan Mintzer, critique de The Hollywood Reporter, installé à Paris.

Pas étonnant dès lors que l’industrie du cinéma américain se soit précipitée sur ceux qui incarnent aujourd’hui les parangons du combat contre l’ordre établi : les lanceurs d’alerte. À peine trois ans après s’être fait connaître du monde entier, pour avoir publié sur WikiLeaks des documents confidentiels de l'armée américaine, Julian Assange faisait ainsi l’objet, en 2013, d’un biopic intitulé "Le Cinquième pouvoir".

Les retentissantes révélations d’Edward Snowden sur l’espionnage de masse de la NSA ont, quant à elles, été au centre du documentaire oscarisé "Citizenfour" et d’une biographie signée Oliver Stone. Avec son look d’inoffensif ingénieur informatique, l’ancien employé des services de renseignement américains incarne le héros moderne par excellence : "un jeune homme ordinaire qui a pris une décision extraordinaire, en abandonnant travail, famille et patrie pour rendre public un secret dont il était le détenteur accidentel", comme l’écrivait Le Monde.

D’habitude moins enclin à glorifier des héros solitaires, le cinéma français semble toutefois suivre le mouvement. Il y a deux ans, le réalisateur Vincent Garenq signait avec "L’Enquête" un thriller autour de Denis Robert, le journaliste à l’origine des révélations sur l’affaire Clearstream. Laborieux dans sa narration, le long-métrage parvenait toutefois à montrer le peu d’intérêt de l’opinion publique pour les complexes imbroglios politico-financiers.

Dans "La Fille de Brest", en salles ce mercredi 23 novembre, Emmanuelle Bercot se penche, elle, sur le cas d’Irène Frachon, la pneumologue qui mit au jour les conséquences meurtrières du médicament Mediator en 2009. Là encore, il s’agit de montrer le combat d’une femme d’aujourd’hui (mère de famille, épouse et salariée) qui va dépasser ses attributions sociales pour aller défier, quasiment seule, la position dominante des laboratoires pharmaceutiques, en l’occurrence Servier. Le film n’hésite pas, au passage, à jouer sur le schéma "irréductibles Bretons contre cyniques élites parisiennes", à la manière d’une production hollywoodienne opposant "citoyens contre État".

La campagne promotionnelle de "La Fille de Brest" revendique d’ailleurs une filiation avec "Erin Brockovich" qui, il y a plus de 15 ans, relatait l’histoire – vraie elle aussi – d’une assistante juridique à l’origine d’un scandale écologique en Californie. "Le film d’Emmanuelle Bercot détonne un peu dans le paysage cinématographique français, constate Thomas Baurez, critique à Studio-Ciné Live et chroniqueur à France 24. Dans la vision française, et plus généralement européenne, c’est davantage un groupe qui agit pour la défense de mêmes valeurs, l’héroïsme n’est pas individuel."

De fait, en France, le mythe du chevalier blanc partant en croisade contre "le système" semble mieux s’accommoder de la fiction que de la reconstitution de faits réels. Le sujet a donné lieu à plusieurs comédies populaires bon enfant qui, à l’instar du cinéma social britannique du type "Les Virtuoses" ou "The Full Monty", permettent de glorifier les valeurs de fraternité au sein d’une même catégorie sociale. En 2012, Marie-Castille Mention-Schaar a mis en scène dans "Bowling" un groupe de femmes s’opposant à la fermeture d’une maternité dans le centre de la Bretagne. Plus récemment, "Discount" de Louis-Julien Petit faisait l’éloge de la solidarité entre employés de supermarché ayant été licenciés pour être remplacés par des machines. Autant de "feel good movies" qui agissent comme un calmant passager face aux peurs suscitées par la mondialisation.

Le combat des pots de terre contre les pots de fer ne finit pas toujours cependant en "happy end". Dans une veine cinéma d’auteur beaucoup plus française, le même Louis-Julien Petit sortira en décembre prochain "Carole Matthieu" dans lequel Isabelle Adjani incarne une médecin du travail essayant d’alerter sa hiérarchie sur les pratiques managériales inhumaines d’une société de ventes par téléphone. Le film dresse un portrait extrêmement sombre et quasi abstrait de l’enfer des entreprises nourries aux potions néo-libérales. Comme dans "Moi, Daniel Blake", à la fin, c’est "le système" qui gagne. La fabrique des héros n’est pas près de s’arrêter.

 

Première publication : 23/11/2016

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