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FRANCE

Attentats du 13 novembre : la vie en miettes de celle qui a dénoncé l’ennemi public numéro 1

© Capture d'écran site Robert Laffont | Claire Andrieux, journaliste à RMC a écrit avec Sonia le livre "Témoin", dans lequel elle retrace son parcours depuis le 16 novembre.

Texte par Aude MAZOUÉ

Dernière modification : 03/12/2016

Le 16 novembre, la vie de Sonia bascule. Celle qui a permis de localiser Abdelhamid Abaaoud après les attentats de Paris, se retrouve isolée de tous. Sortie de son silence, son témoignage a permis la reconnaissance de son statut de témoin.

Le 16 novembre 2015, trois jours après les attentats de Paris, Sonia, qui héberge Hasna Aït Boulahcen dans son foyer, délivre des informations capitales à la police qui permettent l’arrestation d’Abdelhamid Abaaoud et empêchent une nouvelle série d'attaques terroristes d’être commise sur le sol français. Depuis, la mère de famille qui a tout quitté de son ancienne existence pour mettre sa vie et celle de ses proches à l'écart du danger, vit condamnée à l’exil. Rencontre avec Claire Andrieux, journaliste pour RMC, qui a recueilli son témoignage dans le livre "Témoin", sorti le 3 novembre.

>> À lire sur France 24 : Attentats du 13 novembre : les victimes oubliées de l’assaut de Saint-Denis

Claire Andrieux, journaliste police justice de RMC et auteur du livre Témoin, (édition Robert Laffont). © Aude Mazoué

 

France 24 : Pourquoi et comment Sonia a-t-elle décidé de sortir de son silence ?

Claire Andrieux : Il faut revenir sur la chronologie des événements pour comprendre. Après avoir contacté la police pour donner les renseignements dont elle disposait sur Hasna Aït Boulahcen et son cousin Abdelhamid Abaaoud, Sonia se retrouve en garde à vue. D’abord logée à l’hôtel, elle est ensuite placée par les autorités dans un appartement à l’abri du danger, avec son compagnon et ses enfants, loin de son ancienne vie. Isolée, perdue, elle décide un soir de grand désespoir d’appeler la radio RMC.

Spécialisée dans les affaires de police et justice, je prends tout de suite son appel au sérieux et décide de la rencontrer. Sans attendre, nous convenons d’un rendez-vous à mi-chemin entre nous. Je découvre alors une femme d’une quarantaine d’années, squelettique, cernée par la fatigue et la peur. Les semaines d’isolement l’ont rendue paranoïaque. Il faut dire que ce qu’elle vient de vivre est inimaginable : en quelques semaines, elle a radicalement changé de vie, perdu ses amis, sa famille, son travail, son appartement, son quartier… Elle a aussi perdue Hasna, qu’elle considérait comme sa propre fille. Elle n'avait surtout personne à qui livrer son lourd secret. Elle est sortie de son silence parce qu’elle avait avant tout un grand besoin de parler.

>> À lire sur France 24 : Attentats du 13 novembre : la femme qui a dénoncé Abaaoud témoigne

Pourquoi la police ne l’a-t-elle pas davantage aidée ?

C.A. : Les services de police n’ont jamais eu pareil cas auparavant. Et la loi ne prévoit rien pour les témoins en danger. En France, la justice ne permet qu’aux repentis de bénéficier d’un statut particulier qui prévoit un changement d’identité et d’une protection. Hors cadre, Sonia est vite délaissée des autorités. Dans les jours qui ont suivi sa garde à vue, la jeune femme a été prise en charge par le service interministériel d'assistance technique (SIAT). Mais le numéro d’urgence qu’on lui fournit pour répondre à ses questions sonne dans le vide.

Ce qui m’a le plus écœuré dans cette histoire, c’est de voir que les autorités, au plus haut niveau de l’État, ont publiquement menti en prétendant que la jeune femme bénéficiait d’une prise en charge psychologique et financière alors que Sonia vivait sans le sou, coupée de toute assistance psychologique.

 

Aujourd’hui, que devient Sonia ?

C.A. : Depuis l’interview diffusée sur notre antenne le 4 février, elle bénéficie d’une prise en charge psychologique et perçoit une indemnité de 2 000 euros par mois, somme qu’elle gagnait avant les attentats.

Si Sonia a souhaité témoigner dans ce livre, c’est pour que les autorités prennent leur responsabilité et fassent en sorte qu’une loi puisse reconnaître son statut. L’affaire est en bonne voie puisque une nouvelle loi destinée à protéger les témoins a été votée. Son décret d’application devrait entrer en vigueur début décembre. Dès lors, elle pourra enfin changer d’identité et recommencer une nouvelle vie, changer de région, retrouver un travail, un appartement et des amis.

En attendant la reconnaissance de son statut, la mère de famille va mieux mais reste quand même nostalgique. Malgré toutes les souffrances, elle ne regrette en rien ce qu’elle a fait. Elle n’attend pas spécialement d’honneur. Juste refaire sa vie. Heureusement, car elle n’a pas reçu le moindre remerciement de François Hollande ni de Bernard Cazeneuve. Seul le procureur de la République François Mollins s’est fendu d’un merci lors de sa garde à vue via une visioconférence. Qu’importe, elle sait qu’elle n’a pas fait tout cela pour rien. Tous les services de police sont unanimes : son alerte à la police a permis d’épargner des vies. Ce qu’elle a fait est héroïque.
 

Première publication : 02/12/2016

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