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Pourquoi la justice argentine rouvre l’enquête du procureur Nisman sur Kirchner

© Eitan Abramovich, AFP | L'ancienne présidente Cristina Kirchner pourrait être inquiétée dans une nouvelle affaire.

Texte par Romain HOUEIX

Dernière modification : 30/12/2016

La justice argentine a rouvert jeudi l'enquête du procureur Alberto Nisman. Retrouvé mort en janvier 2015, il accusait la présidente Cristina Kirchner d'avoir entravé l'enquête sur l'attentat de 1994 contre une mutuelle juive.

Deux ans après la mort dans des circonstances mystérieuses d'Alberto Nisman, la justice argentine a décidé, jeudi 29 décembre, de rouvrir l'enquête sur les accusations portées par le magistrat contre l'ancienne présidente Cristina Fernandez de Kirchner. Quatre jours avant sa mort, l'ancien procureur avait affirmé que celle qui fut présidente de 2007 à 2015 et son ministre des Affaires étrangères Héctor Timerman avaient entravé son enquête sur l'attentat de 1994 contre l'Association mutuelle israélite argentine (Amia) en protégeant sciemment des responsables iraniens soupçonnés d'être les commanditaires.

• Quelles sont les accusations portées par le procureur ?

Le 14 janvier 2015, le procureur fédéral Alberto Nisman fait des déclarations de nature à faire trembler la présidence argentine. Il affirme avoir formulé une requête officielle pour que Cristina Kirchner et son ministre des Affaires étrangères, Héctor Timerman, soient interrogés par un juge. Il les accuse d'être "auteurs et complices d'entrave à la justice dans le cadre de l'enquête sur l'implication d'Iraniens dans l'attaque terroriste de l'Amia".

Il s'appuie alors sur son rapport de 300 pages qui contient selon lui des "preuves irréfutables" de l'implication de la présidente, comme des éléments en provenance d'écoutes et de témoignages de responsables politiques hauts placés, proches de Cristina Kirchner.

Il affirme notamment que la présidente aurait négocié un accord secret avec l'Iran. Sous couvert du mémorandum signé avec Téhéran en 2013 censé faire avancer l’enquête, elle aurait favorisé l'impunité des suspects iraniens en échange de juteux contrats commerciaux.

L'enquête sur l'attentat de 1994, le plus meurtrier de l'histoire du pays avec 83 morts et plus de 300 blessés, avait été confiée à Alberto Nisman en 2004 par le mari de Cristina Kirchner, Nestor Kirchner, son prédécesseur à la tête de l'Argentine de 2003 à 2007. Deux ans plus tard, le procureur avait rapidement conclu à un attentat commandité par des responsables iraniens et appuyé par le groupe terroriste libanais Hezbollah. Alberto Nisman avait alors lancé huit mandats d'arrêt visant des hauts dirigeants iraniens, parmi lesquels l'ex-président Akbar Hachémi Rafsandjani, l'ancien chef des Gardiens de la révolution Mohsen Rezaï, l'ancien patron des services secrets Ali Fallahian, et Imad Moughnieh, haut dirigeant du groupe terroriste libanais Hezbollah. Mais Téhéran a refusé de livrer les suspects.

C'est pour cette raison que Cristina Kirchner a signé en 2013 un mémorandum avec la République islamique visant à faire avancer les poursuites judiciaires. Les suspects devaient être interrogés à Téhéran par une commission composée de juristes internationaux afin faire la lumière dans cette affaire. Alberto Nisman estime que cet accord en dissimulait un autre, secret et non établi par des voies diplomatiques, visant à créer les conditions de l'impunité des suspects contre de juteux contrats commerciaux impliquant l'échange de céréales argentines contre du pétrole iranien pour résoudre la crise énergétique qu'affronte le pays.

• De l'attentat de l’Amia à "l'affaire Nisman"

Le 18 janvier 2015, quatre jours après avoir lancé ces accusations et alors qu'il devait présenter ses preuves devant le Congrès, Alberto Nisman est retrouvé mort dans sa salle de bain, une balle dans la tête et un revolver calibre 22 à son côté.

Meurtre ou suicide ? Dans un premier temps, l'enquête officielle s'oriente vers la piste du suicide en raison de l'autopsie. Mais une enquête parallèle menée par la juge Sandra Arroyo Salgado, ex-épouse du défunt, conclut quant à elle à un homicide, estimant que "le cadavre a été déplacé" et que "l’autopsie a donné lieu à des conclusions partiales, précipitées et erronées", favorisant "l’impunité du ou des meurtriers". Le 4 février 2015, convaincus par cette thèse, 400 000 Argentins se rassemblent à Buenos Aires pour exiger "la fin de l'impunité" au cri de "Yo soy Nisman" (Je suis Nisman").

En septembre dernier, l'enquête a été transférée aux enquêteurs fédéraux. À ce jour, les circonstances de la mort d'Alberto Nisman n'ont toujours pas été élucidées.

• Pourquoi cette réouverture aujourd'hui ?

Ana Maria Figueroa, Mariano Hernán Borinsky et Gustavo M.Hornos, trois juges de la Cour de cassation, la plus haute instance judiciaire argentine, ont voté à l'unanimité la décision de rouvrir l'enquête. Le tribunal a ainsi pris la décision d'accéder à la requête d'une coalition d'associations juives argentines, la Daia, qui plaidait en ce sens.

"Un pays qui recherche la justice doit enquêter. Si les accusations de Nisman s'avèrent infondées, nous l'accepterons, a déclaré Ariel Cohen Sabban, le président de la Daia à Associated Press. Ce que nous ne pouvons accepter, c'est que la justice écarte une telle allégation aux énormes conséquences politiques potentielles sans même mener une enquête."

Pas moins de quatre tribunaux argentins avaient précedemment déclaré des non-lieux dans cette affaire. Pourtant, dans leur décision, les trois juges ont bien précisé que ces instances avaient trop rapidement écarté des preuves qui avaient été présentées. Pour les magistrats, la nature délicate de l'affaire va requérir "une résolution rapide et efficace mais surtout une réponse transparente" de la part du système judiciaire. Pour ce faire, ils recommandent la nomination d'un nouveau juge par tirage au sort pour éviter que ce soit un magistrat d'une des cours inférieures qui reprenne l'affaire et bloque l'enquête.

• Que répond le camp Kirchner ?

Cristina Kirchner a toujours nié avoir couvert un accord secret avec l'Iran, tout comme les responsables iraniens ont toujours nié toute implication dans l'attentat de 1994. Devant cette réouverture de l'enquête basée sur les déclarations d'Alberto Nisman, Cristina Kirchner a ironisé sur Twitter qu'elle serait bientôt "accusée de l'assassinat de Kennedy".
 

Selon le New York Times, il est probable que le camp Kirchner fasse appel de cette décision devant la Cour suprême. Cependant, des experts judiciaires pensent que cet appel pourrait ne pas avoir de base légale étant donné que la Cour de cassation n'a pas rendu de jugement mais seulement appelé à une nouvelle enquête. Des réserves qui ne semblent pas arrêter Alejandro Rua, avocat de Héctor Timerman : "Évidemment que nous allons faire appel. Cette affaire est remplie de violations de droits constitutionnels. Et si les instances locales rejettent nos appels, nous irons devant la Commission interaméricaine des droits de l'Homme."

L'horizon judiciaire de l'ex-présidente argentine s'assombrit un peu plus. Elle a été inculpée, le 27 décembre, par un juge de Buenos Aires dans une affaire de marchés publics truqués. En mai 2016, elle avait également été mise en examen dans une affaire de spéculation sur les taux de change. Dans chacune de ces affaires, Cristina Kirchner réfute toute implication et dénonce une cabale judiciaire à son encontre menée par le nouveau gouvernement argentin élu en décembre 2015.
 

Première publication : 30/12/2016

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