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EUROPE

Réveillon à Cologne : la police accusée de ne contrôler que les Nord-Africains

© Patrik Stollarz, AFP | Les policiers ont contrôlé 1 300 personnes à la gare centrale de Cologne le soir du Nouvel An.

Texte par Sébastian SEIBT

Dernière modification : 03/01/2017

La police allemande a contrôlé plus de 1 000 personnes, essentiellement d’origine maghrébine, à la gare centrale de Cologne pour éviter de nouveaux incidents le soir du Nouvel An. Un zèle qui a été assimilé par certains à du racisme.

Même lieu, même date, un an plus tard. La gare centrale de Cologne, en Allemagne, s’est de nouveau hissée tout en haut de l’attention médiatique allemande lors de la nuit de la Saint-Sylvestre. Aucune agression sexuelle à déplorer cette année, mais le souvenir des nombreux incidents de 2016 a poussé la police allemande à un zèle de contrôles qui confinait, selon certains, à du délit de faciès pur et simple. Une pratique interdite dans le droit allemand.

Dans la nuit du 31 décembre au 1er janvier, les forces de l’ordre ont contrôlé environ 1 300 personnes, dont une écrasante majorité avait des origines nord-africaines. Une partie d’entre eux a été interpellée. La police de Cologne a même publié un tweet, le 31 décembre, clamant qu’elle procédait à des centaines de contrôle de ”Nafris”. Une expression malheureuse : il s’agit en effet d’une abréviation à connotation condescendante pour Nord-Afrikaner (Africains du Nord).

Le dérapage “Nafri”

La volonté assumée de viser une certaine population et l’utilisation d’un terme tendancieux ont suffi à provoquer une levée de boucliers contre la police allemande. Elle a été taxée à plus d’une reprise de racisme sur les réseaux sociaux. La porte-parole des Verts, Simone Peter, s’est interrogée, lundi 2 janvier, sur la légalité de l’action de près de 3 000 policiers qui ont visé “environ 1 000 personnes uniquement à cause de leur physique”. Elle a également déploré l'emploi “totalement inacceptable” du terme “Nafri”.

("Quelle est, en fait, la différence entre Nafri et nègre ?" - Jan Böhmermann, célèbre humoriste allemand)

Le chef de la police de Cologne, Jürgen Mathies, lui a donné raison sur ce dernier point. “Je regrette que ce terme, qui n’est pas destiné à être utilisé en public, se soit retrouvé dans un tweet et je m’en excuse”, a-t-il reconnu lors d’une conférence de presse. Il a, en revanche, défendu l’action de ses troupes lors de la nuit du Nouvel An. “Je suis content que [les policiers] aient agi comme ils l’ont fait, car je pense que sinon nous aurions connu des incidents similaires à ceux de l’an passé”, a-t-il affirmé. Les forces de l’ordre “n’ont pas agi en fonction de l’apparence mais du comportement, car nous avons constaté dès 19 h qu’il y avait des groupes de personnes, pour la plupart d’origine maghrébines, souvent alcoolisées qui se montraient agressives”, a précisé Jürgen Mathies.

Cette distinction entre apparence et comportement se révèle critique au regard du droit allemand. Le gouvernement a indiqué à plusieurs reprises que les contrôles au faciès étaient contraires à la Constitution, qui protège contre toute discrimination, rappelle le quotidien bavarois Suddeutsche Zeitung. Le ministre de l’Intérieur a d’ailleurs indiqué, après l’action policière du 31 décembre, qu’il fallait un autre “élément d’intérêt pour la police” que la simple apparence lors du contrôle pour ne pas être dans l’illégalité. D’où la référence de Jürgen Mathies à des groupes alcoolisés s'étant montrés agressifs.

Éviter un nouveau Cologne à tout prix ?

Le chef de la police de Cologne a même affirmé avoir reçu des rapports en début de soirée au sujet de “bandes” dans des trains en direction de la ville rhénane. Il soutient que dans la cohue de la gare centrale de Cologne, la police devait ensuite agir rapidement et “ce n’était pas des vieux aux cheveux grisonnant ou des jeunes femmes blondes” qui avaient commis les agressions sexuelles l’an passé au même endroit.

Un argumentaire qui en a convaincu plus d’un en Allemagne. Ce profilage a prouvé son efficacité, juge le journaliste Alan Posener dans le quotidien Die Welt. “En Israël, les Arabes ne se plaignent pas d’être traités différemment des juifs et des Européens lors des contrôles de sécurité, car ils ne veulent pas non plus être les victimes d’un fou”, écrit-il.

L’une des principales plumes du quotidien de centre gauche Süddeutsche Zeitung, Heribert Prantl, juge également que ces contrôles systématiques étaient justifiés au regard du symbole que la gare centrale de Cologne est devenu. L’Allemagne, où la politique généreuse d’accueil des réfugiés est de plus en plus contestée, ne pouvait pas se permettre de connaître une nouvelle tragédie comme celle survenue l’an passé. Les événements du réveillon de la Saint-Sylvestre de 2016 à Cologne avait été exploités jusqu’à plus soif et avec un certain succès par les populistes de l’Alternative für Deutschland (AfD) pour critiquer la politique d’accueil d’Angela Merkel.

À situation exceptionnelle, mesure exceptionnelle ? Pour Die Zeit, c’est une pente savonneuse. Un principe constitutionnel comme l’interdiction de toute discrimination ne peut, d’après le journal, souffrir d’aucune exception, même si la majorité y est favorable. “Sinon, on confond démocratie avec dictature de la majorité”, prévient le quotidien. Il met en garde contre la tentation de créer ainsi un précédent, alors que les populistes de l’AfD, qui seraient trop heureux de pouvoir s’en prévaloir pour contourner par la suite d’autres principes démocratiques, risque de créer la surprise lors des élections législatives de septembre 2017.

Première publication : 03/01/2017

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