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Moyen-Orient

Qui est Mohammad Allouche, le chef de la délégation rebelle syrienne à Astana ?

© Kirill Kudryavtsev, AFP | Mohammad Allouche, chef de la délégation des rebelles à Astana, photographié le 23 janvier 2017.

Vidéo par FRANCE 24

Texte par Marc DAOU

Dernière modification : 24/01/2017

Proche de l’Arabie saoudite et chef d’un important groupe de combattants islamistes, Mohammad Allouche avait la tâche de conduire la délégation des rebelles syriens qui a négocié pour la première fois, avec le régime de Damas, à Astana. Portrait.

La barbe noire bien taillée, et costume-cravate inhabituel pour un islamiste convaincu, Mohammad Allouche avait la tâche de conduire la délégation rebelle syrienne, qui a négocié pour la première fois – du moins publiquement et officiellement – avec le régime de Damas, du 23 au 24 janvier à Astana.

Le chef du bureau politique du groupe rebelle Jaïch al-Islam (l'Armée de l'Islam), fréquemment qualifié de terroriste par l’émissaire de Damas, l’ambassadeur Bachar Jaafari, est apparu tantôt souriant, tantôt grave, dans les travées de l'hôtel Rixos d'Astana, théâtre de la conférence qui s’est conclue mardi 24 janvier.

Un islamiste formé à l’école wahhabite

Ancien étudiant en jurisprudence islamique en Arabie saoudite, le royaume wahhabite qui prône la pratique et la propagation d’un islam rigoriste, Mohammad Allouche n’est autre que le cousin de l’ancien leader de Jaïch al-Islam Zahran Allouche. Celui-ci a été tué dans un raid aérien de l’armée syrienne, le 25 décembre 2015.

Membre du Haut Comité des négociations (HCN) de l'opposition, l’instance qui représente les principaux groupes politiques et armés de l'opposition syrienne, mise sur pied fin 2015 avec l'appui de l'Arabie saoudite et des Occidentaux, Mohammad Allouche représente surtout l'un des plus importants groupes rebelles syriens.

Très actif dans les zones rurales de la région de Damas, notamment dans la Ghouta orientale (banlieue est de la capitale), Jaïch al-Islam serait constitué de 15 000 à 20 000 combattants islamistes, selon des services de renseignement occidentaux.

Qualifié de terroriste par Moscou et Damas, il est accusé par le régime syrien de bombarder la capitale. D’inspiration salafiste, profondément anti-chiite (confession majoritaire en Iran) et anti-alaouite (confession du président Bachar al-Assad), Jaïch al-Islam est soutenu financièrement par des capitaux saoudiens. En conflit ouvert avec l’organisation de l’État islamique (EI), le groupe avait un temps lui-même souhaité l’établissement d’un régime islamique en Syrie, avant de modérer ses positions.

Viscéralement anti-iranien

Mohammad Allouche, qui ne vit pas en Syrie, n’a jamais fait mystère de sa détestation du groupe jihadiste né en Irak, comme du régime syrien. "Le peuple de Syrie fait face à deux sortes de terrorisme : celui de Bachar al-Assad, et celui de Daech [acronyme arabe de l'EI]", a-t-il coutume de dire.

Viscéralement anti-iranien, "les insurgés n'accepteront jamais que l'Iran ait son mot à dire dans l'avenir de la Syrie", Mohammad Allouche avait annoncé avant le début des pourparlers d’Astana que les rebelles avaient accepté de se rendre dans la capitale kazakh "afin de neutraliser le rôle criminel de Téhéran".

Alliés indéfectibles du régime de Damas, les Iraniens et les milices chiites pro-iraniennes, comme le Hezbollah libanais, jouent un rôle actif et décisif sur le terrain, contre les combattants rebelles.

Récemment interrogé par France 24 sur le personnage, Thomas Pierret, spécialiste de la Syrie et enseignant à l’université d’Edimbourg, avait estimé qu’il était "indéniable que Mohamed Allouche n’[était] pas la personne la plus consensuelle". Mais selon le chercheur, "il est fondamental qu’un tel groupe, acteur majeur dans le conflit soit représenté dans les pourparlers, car il est représentatif de la rébellion armée".

Réagissant au communiqué final de la conférence d’Astana, confisquée par les parrains russes, iraniens et turcs, Mohammad Allouche, s’est montré réservé. Il a dit soutenir une solution politique parrainée par les Nations unies aux négociations à venir à Genève, dont le but, souvent réitéré par lui, sera le retrait de Bachar al-Assad du pouvoir.

Évincer l’Iran de la scène syrienne, et écarter Bachar al-Assad du pouvoir, autant de points sensibles qui restent non-négociables pour le camp pro-Damas, et qui risquent de prolonger encore longtemps le statu quo en Syrie.

Première publication : 24/01/2017

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