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Qu'est ce que cet "islamo-gauchisme" dont le camp Valls accuse Hamon ?

© Eric Feferberg, AFP | Manuel Valls reproche à Benoît Hamon ses "ambiguïtés" sur l'islamisme.

Texte par Romain HOUEIX

Dernière modification : 25/01/2017

Durant l'entre-deux tours de la primaire de gauche, le camp de Valls tire à boulets rouges sur Hamon, lui reprochant une certaine complaisance "avec l'islamo-gauchisme", un terme de plus en plus utilisé dans le débat public ces dernières années.

"Benoît Hamon est en résonance avec une frange 'islamo-gauchiste' et fait un appel du pied électoral." La petite phrase est signée Malek Boutih, député de l'Essonne et un des principaux lieutenants de Manuel Valls, dans le journal 20 minutes, mardi 24 janvier. En reprenant à son compte cet élément de langage ayant émergé ces dernières années, l'ancien président de SOS Racisme suit le mouvement impulsé par l'ancien Premier ministre pour ramener le débat prévu ce soir sur un terrain qu'il maîtrise et qu'il dit incarner : la défense intransigeante de sa vision de la laïcité. Rien d'étonnant, cela fait déjà plusieurs années que Malek Boutih défend une ligne dure face au communautarisme, dans la lignée de Manuel Valls.

Benoît Hamon : "candidat des frères musulmans" ?

Manuel Valls avait donné le ton dans la matinale de France Info du 24 janvier. Il a pointé du doigt "des ambiguïtés" et des "risques d'accommodements" avec l'islam radical chez son concurrent aux primaires citoyennes Benoît Hamon. Il a rappelé qu'"il y [avait] un débat à gauche sur la conception de la laïcité".

Depuis, les coups pleuvent sur le député des Yvelines : Malek Boutih va jusqu'à le qualifier de "candidat des Indigènes de la République" – un mouvement accusé de promouvoir le communautarisme. Des propos qui font écho à ceux d'un ministre du gouvernement qui estimait dans Libération que Benoît Hamon était "le candidat des Frères musulmans", le tout sous couvert d'anonymat.

En creux, ce qui remonte au sujet de Benoît Hamon, c'est une accusation sur sa supposée tolérance envers le communautarisme et la discrimination hommes/femmes, qui avait émergé une première fois en décembre 2016. France 2 avait diffusé un reportage montrant que les femmes sont exclues de certains cafés populaires de Sevran, en Seine-Saint-Denis, et en banlieue lyonnaise. Le reportage avait provoqué un tollé chez les associations féministes et chez les identitaires.

À la suite de la diffusion, Benoît Hamon avait voulu jouer la carte de l'apaisement en ne liant pas ces faits à des questions de religion. En rappelant notamment que "dans les cafés ouvriers, historiquement, il n'y avait pas de femmes", il s'était vite retrouvé accusé de relativiser la gravité de la discrimination. Faisant référence à cet épisode, Malek Boutih assène dans 20 minutes : "La théorie [de Benoît Hamon] est claire : il est normal qu'il y ait du communautarisme car les musulmans sont maltraités."

"Islamo-gauchiste" : une insulte floue ?

"Aujourd'hui, 'islamo-gauchiste' est devenu un mot-valise. On ne sait plus très bien ce que ça veut dire. On sait juste que c'est insultant", explique à France 24 Christian Delporte, professeur d'histoire contemporaine à l'Université de Versailles.

"Le premier à avoir utilisé ce terme serait le philosophe, politologue et historien Pierre-André Taguieff en 2002 dans son essai 'La nouvelle judéophobie'. Il s'agissait d'exprimer la connivence entre une certaine extrême gauche et l'antisionisme, continue Christian Delporte. Puis il a été repris par Pascal Bruckner, dans son livre 'La tyrannie de la pénitence '. Ce fut ensuite au tour de Caroline Fourest, Alain Finkielkraut… Peu à peu, c'est devenu un terme flou et stigmatisant."

Pour plusieurs intellectuels, l'utilité de ce concept dépend surtout de son clinquant. "Il fallait à Manuel Valls un terme fort", estime Christian Delporte. Avec "islamo-gauchisme", l'ancien Premier ministre l'a trouvé. En dénonçant une obscure collusion entre la gauche (extrême) et l'islamisme, Manuel Valls veut discréditer Benoît Hamon en jouant sur la peur. Il entend se présenter comme la sécurité face à ces dérives.

Pour Shlomo Sand, professeur d'histoire contemporaine à l'Université de Tel-Aviv, interrogé par France 24, "cela rappelle étrangement le terme 'judéo-bolchévique' en vogue dans les années 1930 en France. Sans reposer sur rien, il fait diversion." "'Islamo-gauchiste' a d'abord émergé dans le monde des idées avant d'être récupéré par quelques politiciens comme Manuel Valls", explique l'historien israélien.

Dans les faits, ce sont deux conceptions de la laïcité qui s'affrontent : "D'un côté, nous avons Manuel Valls qui fait de la laïcité une des conditions de la sécurité. Chez Benoît Hamon, les deux ne sont pas liés", explique Christian Delporte.

Le camp Hamon appelle au calme

"Ce n’est pas moi qui ai une version dévoyée de la laïcité", a riposté Benoît Hamon sur RFI mercredi 25 janvier. "On me fait le procès de quoi ? D’être élu de banlieue, d’être confronté à la réalité de ce communautarisme que je combats, autrement que par des mots", a-t-il asséné.

Pour le camp Hamon, les méthodes de Valls rappellent celles de l'extrême droite. "C’est assez bizarre, parce que d’habitude, ce genre de propos, je les retrouvais plutôt dans la bouche de Florian Philippot que dans la bouche d’un dirigeant de gauche, flingue carrément Mathieu Hanotin sur BFM TV, le directeur de campagne de Benoît Hamon. On est désagréablement surpris. C’est effectivement très violent." Alexis Bachelay, porte-parole de Benoît Hamon, a quant à lui comparé ces attaques avec la campagne de la fachosphère contre Alain Juppé, rebaptisé "Ali Juppé" durant la campagne de la primaire. Un compte sur les réseaux sociaux à l'effigie de "Bilal Hamon" a d'ailleurs été créé sur les réseaux sociaux pour discréditer Benoît Hamon.

Dans une lettre du 24 janvier adressée au premier secrétaire du PS, Jean-Christophe Cambadélis, Mathieu Hanotin a exigé la réinstauration d’un "climat serein et apaisé dans [les] débats de la primaire", mettant en cause les "dérapages" des derniers jours. Le premier secrétaire du PS a donc procédé à un rappel des règles mercredi 25 janvier.

Les deux candidats à l'investiture du PS pour la présidentielle se retrouveront ce soir pour un dernier face-à-face. Trois thématiques ont été retenues : l’économie, l’écologie, et la sécurité. Si la laïcité ne devrait pas être officiellement présente, il serait étonnant que le sujet ne donne pas lieu au moins à une passe d'armes au vu de la polémique de ces derniers jours.

Première publication : 25/01/2017

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