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FRANCE

L’affaire Fillon vue par des correspondants étrangers

© Christophe Archambault, AFP | Une lectrice du Canard enchaîné le 1er Février 2017 à Paris.

Texte par Alcyone WEMAËRE

Dernière modification : 01/02/2017

Les révélations sur celui qui était présenté comme le favori de la présidentielle française passionnent aussi les médias étrangers. France 24 a interrogé trois correspondants.

Ils sont étrangers… mais couvrent la présidentielle française. France 24 a voulu savoir quel regard portaient les correspondants étrangers à Paris sur l’affaire Fillon. Voici le témoignage de trois d’entre eux.

  • "Il y a une différence énorme entre ce qui est autorisé en France et ce qui l’est au Canada"

Sylvain Desjardins, correspondant pour ICI Radio-Canada Première : "Je ne juge pas François Fillon : il est dans sa société et dans son contexte. Or le contraste entre ce qui est autorisé chez nous et ici est énorme. En France, les règles qui encadrent les parlementaires sont très vagues. Au Canada aussi, il arrive que des politiques jouent avec les règles… mais les règles sont plus dures.

Pour un parlementaire, employer un conjoint ou un enfant à partir des fonds publics dont il dispose est, par exemple, absolument interdit. Pour vous donner une idée, au moment où les premières révélations du Canard enchaîné sont sorties la semaine dernière, un député de l'Assemblée nationale du Québec était exclu par son propre parti pour avoir accordé un contrat à sa conjointe, par ailleurs compétente, pour l'aménagement de son bureau de circonscription. On parle d’une somme totale de 715 dollars (environ 500 euros). En matière de conflit d’intérêts, je dirais qu’au Canada l’apparence est aussi importante que la réalité. Quand bien même votre fille serait la personne la plus compétente du pays pour une mission, elle est hors-jeu d’office.

Pour ce qui est du traitement médiatique, j’avoue qu’en regardant l’interview de François Fillon au 20h la semaine dernière, je me suis dit - même si le journaliste a bien fait son travail - qu’au Canada, on aurait été plus loin."

  • "En Finlande, la pression sur Fillon serait plus grande"

Annastiina Heikkilä, correspondante de la télévision publique Yle : "Il est difficile d’imaginer une telle affaire en Finlande. Dans le contexte finlandais, le jugement et la sanction des médias et de l’opinion seraient sans doute plus sévères. Et la pression pour que François Fillon se retire de la course présidentielle serait plus grande. Notre culture politique est différente dans les pays nordiques : on est plus strict, les règles sont plus dures.

Bien sûr, on a aussi des scandales mais les affaires touchant des personnalités politiques sont quand même plus rares qu’en France. Et en Finlande, c’est aussi plus compliqué de revenir. Le problème n’est pas tant judiciaire que moral. En tout cas, l’affaire intéresse beaucoup les Finlandais : jusqu’à la semaine dernière, François Fillon était vu comme le vainqueur annoncé de la présidentielle française."

  • "En Italie aussi, dans une telle affaire, l’intéressé pourrait essayer de tenir"

Stefano Montefiori, correspondant du Corriere della Sera : "Comme en France, des personnalités politiques italiennes majeures sont parfois mises en cause dans des affaires : actuellement, la maire de Rome, du Mouvement 5 étoiles, est convoquée devant la justice dans le cadre d'une enquête pour corruption. Le dossier n’a rien à voir avec l’affaire Fillon mais, comme lui, avant d’être débordée par le scandale, elle avait fait campagne en se présentant comme 'plus honnête' que ses adversaires.

En Italie aussi, dans une affaire semblable à celle de l’affaire Fillon, l’intéressé pourrait essayer de tenir. En tout cas, l’affaire intéresse les Italiens : on y a consacré une page entière ces derniers jours alors que l’actualité internationale est par ailleurs chargée avec Donald Trump. François Fillon était le favori et ces difficultés sont intéressantes."

 

Première publication : 01/02/2017

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