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FRANCE

Quand un média américain invite les investisseurs à "parier contre la France"

© Studio Graphique France Media Monde | "Chacun des quatre principaux candidats est à ce stade capable de l’emporter et on ne sait absolument pas ce qu’il fera ensuite", écrit MarketWatch.

Texte par Sébastian SEIBT

Dernière modification : 02/02/2017

"Parier contre la France" serait le choix boursier le plus pertinent du moment, d’après le site MarketWatch. Car du grand bazar politique résulte un fort sentiment d’incertitude qui risque de plomber les marchés.

Entre le scandale qui entache la candidature à la présidentielle française de François Fillon, la perspective de voir l’extrême droite pointer au second tour, le Parti socialiste qui s’est choisi un champion très à gauche ou encore l’ascension d’Emmanuel Macron, ancien ministre des Finances sans expérience politique propulsé au rang de favori du moment… les incertitudes s’accumulent au-dessus du bateau France. N’en jetez plus, il est temps... de spéculer contre elle en Bourse !

C’est du moins le conseil prodigué par le site financier américain MarketWatch. "Le choix boursier le plus simple au monde : parier contre la France", assure cette publication respectée dans les milieux financiers qui fait partie de l’empire Dow Jones & Company.

France : symbole de l’incertitude politique

Les spéculateurs seraient bien avisés de vendre les obligations d’État français, conseille Marketwatch, car leur cours en Bourse risque de baisser dans les semaines à venir. L’autre moyen de faire un coup boursier aux dépens de l’Hexagone est la vente à découvert : c’est-à-dire que le boursicoteur vend un titre qu’il ne possède pas en espérant qu’au moment où il devra effectivement l’acquérir pour le céder à l’acheteur, le cours aura baissé, lui permettant de faire une plus-value au passage. Pascal de Lima, économiste en chef du cabinet de conseil Economic-Cell contacté par France 24, juge l’analyse du site financier plutôt réaliste : "Il existe un risque de volatilité sur le marché financier français avec des mouvements de ventes à venir à cause du contexte politique", reconnaît-il.

Le rapport entre l’affaire d’emplois présumés fictifs qui fragilise le favori d’une élection présidentielle et l’opportunité de se faire de l’argent en Bourse sur le dos d’un pays tient en un mot : l’incertitude. "Elle provient autant de l’issue de l’élection que de l’imprécision des programmes économiques des candidats", précise Pascal de Lima. Pour MarketWatch, la France est devenu le symbole du chaos politique, "davantage encore que le référendum britannique sur le Brexit ou l’élection présidentielle américaine". "Qui va gagner en France ? Chacun des quatre principaux candidats est à ce stade capable de l’emporter et on ne sait absolument pas ce qu’il fera ensuite", résume le site.

Comme un pays d’Europe du sud

Les investisseurs n’aiment pas naviguer à vue et les premières conséquences boursières de cette incertitude commencent à se faire sentir. L’un des indicateurs les plus suivis en Bourse, l’écart des taux d’intérêt sur les obligations d’État à 10 ans entre la France et l’Allemagne, s’accentue. Paris doit désormais accepter de payer de plus en plus cher par rapport à son voisin pour emprunter sur les marchés. Ce taux d’intérêt agit comme un révélateur du sentiment des investisseurs à l’égard d’un pays : plus il est élevé, plus ils estiment que la situation économique est risquée.

L'évolution des taux d'intérêt sur les obligations d'État françaises et allemandes
© Bloomberg

L’impact économique du "PenelopeGate" ou du choix de Benoît Hamon par le PS est d’autant plus fort "que l’incertitude politique s’ajoute à un climat économique en France qui inquiète", note Pascal de Lima. Le mélange entre croissance faible, chômage reparti à la hausse et flou politique représente un cocktail qui "devrait encore accentuer dans les semaines et mois à venir la spéculation".

Cette réactivité aux soubresauts politiques des marchés est aussi une spécificité de cette campagne présidentielle. "En 2007 et 2012, il n’y avait rien eu de tel", rappelle Pascal de Lima. La nervosité des investisseurs à l’égard de la situation politique d’un pays était jusqu’à présent plutôt réservée aux pays du sud de l’Europe, comme la Grèce, le Portugal ou l’Italie. Pour l’économiste français, l’appel à la spéculation de MarketWatch révèle donc avant tout un changement de perception : "Même si la France reste un pays très riche, bien considéré par les agences de notation, les marchés ont tendance à réagir presque comme s’il s’agissait d’un pays économiquement plus fragile du sud de l’Europe."

Première publication : 02/02/2017

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