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Dadaab : 4 questions sur le plus grand camp de réfugiés au monde, au Kenya

© Tony Karumba, AFP | Le complexe kenyan de Dadaab, situé près de la frontière avec la Somalie, est constitué de six camps qui ont accueilli jusqu'à 500 000 réfugiés.

Vidéo par FRANCE 24

Texte par Florence RICHARD

Dernière modification : 10/02/2017

Dadaab, au Kenya, est le plus grand complexe de camps de réfugiés au monde. Le gouvernement a décidé de le fermer en 2017, mais la justice du pays a annulé cette décision jeudi. Questions autour d'un camp que l'on démantèle en silence.

Qui sont les réfugiés de Dadaab ?

Ces réfugiés sont très majoritairement des Somaliens qui ont fui leur pays à partir de 1991, année de la chute de l’ancien président Siyad Barré et début de la guerre civile. Le camp, situé au Kenya à seulement 90 kilomètres de la frontière somalienne, est alors établi à titre d’abris provisoires pour 90 000 personnes. Mais au grè de l’intensification des violences, de la menace islamiste, de la famine et des phénomènes de sécheresse, Dadaab a compté jusqu'à un demi-million de personnes.

>> À lire : En Somalie, l'ex-Premier ministre Mohamed Abdullahi Farmajo élu président

Le complexe tentaculaire est aujourd’hui constitué de six camps où vivent actuellement 256 000 réfugiés. Les conditions de vie y sont "misérables" selon Médecins sans frontières (MSF) qui œuvre dans le camp, où l’aide humanitaire est assurée par les ONG. Selon le Haut-Commissariat des réfugiés (HCR), la diminution du nombre d'occupants s'explique notamment par des rapatriements volontaires et des relocalisations vers le camp de Kakuma, situé dans le nord-ouest du Kenya.

Pourquoi le gouvernement kenyan veut-il fermer ce camp ?

Pour justifier sa décision, il met en avant la sécurité nationale, assurant, sans en fournir la preuve, que le camp a été le lieu de planification des attaques des islamistes somaliens shebab contre le centre commercial Westgate à Nairobi en 2013 et l'université de Garissa en 2015.

Initialement, Nairobi avait annoncé vouloir le fermer fin novembre 2016, mais a repoussé cette fermeture au 21 mai 2017 à la suite d'une requête du HCR, qui gère Dadaab, et sur fond d'accusations de retours forcés de réfugiés somaliens.

Pourquoi la justice kenyane se prononce-t-elle contre la décision du gouvernement ?

"La décision du gouvernement de la république du Kenya de fermer le camp de réfugiés de Dadaab (...) est nulle et non avenue", a déclaré le juge de la Haute Cour du Kenya, John Mativo, qui se prononçait, jeudi 9 février, sur une plainte déposée par la Commission nationale kényane des droits de l'Homme (KNCHR) et l'ONG kényane Kituo Cha Sheria. "La décision du gouvernement de viser spécifiquement les réfugiés somaliens constitue un acte de persécution d'un groupe. Elle est illégale, discriminatoire et donc anticonstitutionnelle", a ajouté le juge, pour qui le gouvernement viole ses obligations au regard du droit international en ordonnant le rapatriement de réfugiés somaliens.

Nairobi a déjà annoncé son intention de déposer un recours. Il a 30 jours pour le faire.

>> À voir : "Génération Dadaab", rencontre avec la jeunesse du camp somalo-kenyan

Peuvent-ils rentrer dans leur pays ?

"Non" estime MSF dans une vaste enquête publiée fin 2016, intitulée "Dadaab, retour forcé en Somalie". "L’état d’extrême insécurité et la dangereuse absence de soins médicaux démontrent que les conditions requises pour un retour digne et sans danger ne sont tout simplement pas encore rassemblées dans de nombreuses régions en Somalie. Des centaines de milliers de vies seraient mises en danger", selon l’ONG.

L’enquête démontre par ailleurs que 86 % des réfugiés interrogés ne souhaitent pas retourner en Somalie, principalement en raison de l’insécurité.

En novembre 2016, Amnesty International dénonçait des pressions du gouvernement sur les réfugiés pour qu’ils quittent le camp et retournent dans leur pays. "Ces réfugiés sont donc face à une cruelle alternative. Des représentants du gouvernement kenyan leur disent qu’ils doivent quitter les lieux avant la fin du mois ou qu’ils seront contraints à partir sans bénéficier de la moindre assistance , expliquait Michelle Kagari, directrice adjointe pour l’Afrique de l’Est, la Corne de l’Afrique et les Grands Lacs à Amnesty International. Ces agissements contredisent les assurances données par le gouvernement kenyan à la communauté internationale, selon lesquelles il s’assurerait que tous les retours de réfugiés seraient volontaires et menés de manière sûre et digne."

Première publication : 09/02/2017

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