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REPORTERS

Un reportage long format tourné par nos reporters ou nos correspondants aux quatre coins du monde. Le samedi à 22h10. Et dès le vendredi, en avant-première sur internet!

Dernière modification : 12/01/2018

Vidéo : aux États-Unis, des milliers de morts sur ordonnance

Ce sont des médicaments qui tuent plus qu’ils ne soignent. Chaque jour aux États-Unis, les opioïdes, ces pilules addictives dérivés de l'opium, tuent environ 140 personnes. Ils sont devenus la première cause de mortalité des moins de 50 ans, avant les accidents de la route et les armes à feu. Nos correspondants aux États-Unis, Valérie Defert, Baptiste Fenwick et Romain Jany, ont enquêté sur le fléau de ces drogues légales.

Il ne s'agit pas de virus, ni de bactéries, mais d'antidouleurs. Des médicaments prescrits en abondance aux États-Unis pour une simple blessure ou pour l'extraction d'une dent. Les opioïdes sont des analgésiques, des anti-douleurs très puissants, dérivés de l'opium. Problème : beaucoup de patient sont devenus accros à ce médicament en quelques jours et aujourd'hui les opioïdes, qui peuvent provoquer des overdoses mortelles, tuent plus qu'ils ne soignent.

Les décès de célébrités, comme Prince ou Michaël Jackson, ont mis en lumière cette épidémie d'addictions aux anti-douleurs. Un fléau qui touche toutes les régions américaines et toutes les catégories sociales.

Scandale sanitaire

Dès le début de notre reportage, nous avons pris conscience de l'ampleur de ce fléau. Des millions de patients sont devenus accros aux opioïdes, malgré eux, simplement parce que leur médecin traitant leur a prescrit des anti-douleurs après une blessure ou une opération...

Un scandale sanitaire dans lequel tous les acteurs ont leur part de responsabilité : le gouvernement et ses agences, influencées par les lobbies pharmaceutiques et qui n’ont pas su réguler, les laboratoires pharmaceutiques, pour qui les profits se chiffrent en dizaines de milliards de dollars et qui ont dissimulé la dangerosité de certains médicaments, et certains médecins peu scrupuleux.

>> À lire : Crise des opiacés aux États-Unis : les médecins accusés d'être des "trafiquants de drogues"

Une situation aggravée par des décisions politiques hasardeuses. Une récente enquête du Washington Post a montré qu’en avril 2016, donc au plus fort de la crise des opioïdes, sous la pression des lobbies pharmaceutiques, le Congrès a voté une série de lois assouplissant les règles de distribution des anti-douleurs…

"Urgence sanitaire", selon Trump

Pourtant, dès son arrivée au pouvoir, le président Donald Trump avait promis d’enrayer cette épidémie d’overdoses. Le 26 octobre 2017, il a ainsi déclaré la crise des opiacés "urgence sanitaire nationale". Pour beaucoup de commentateurs, Donald Trump a agi rapidement pour satisfaire la base de son électorat, car les plus touchés par la crise des opioïdes sont les Américains, Blancs, de classe moyenne, et qui vivent dans le centre des États- Unis. Mais plusieurs mois après cette déclaration, rien n’a changé, les fonds ne sont toujours pas débloqués.

>> "Face à la crise des opioïdes aux États-Unis, un rapport mais peu de moyens"

L'autre scandale, fût la nomination par Donald Trump de Tom Marino pour s’occuper du dossier de la crise des opiacés. Car ce Tom Marino n’est autre que le membre républicain du Congrès qui a été chargé de faire voter la série de lois favorables à l’industrie pharmaceutique.

Enfin, pourquoi la FDA (Food and Drug Administration), l'agence américaine du médicament, a-t-elle autorisé la vente d'opioïdes, comme le OxyContin en 1998, sans effectuer de tests scientifiques valides ? Et face à l'épidémie d'addictions actuelle, pourquoi la FDA ne décide-t-elle pas d'interdire ce médicament ? Car on sait aujourd'hui que le laboratoire Purdue Pharma a dissimulé le caractère addictif de ces pilules. Il a d’ailleurs écopé d’une amende de 500 millions d'euros, un record aux États-Unis. Nous avons contacté la FDA, qui nous affirme prendre cette crise "très au sérieux". Mais pas de restrictions, l'OxyContin est toujours prescrit aujourd'hui.

Manque d'infrastructures

Pour beaucoup de spécialistes, l’une des meilleures solutions pour enrayer cette épidémie serait d’instaurer une régulation plus stricte sur la distribution des anti-douleurs, voire d’interdire les plus dangereux. Une décision qui irait à l’encontre des intérêts de l’industrie pharmaceutique.

L'administration Trump a déjà pris quelques mesures, comme par exemple limiter la quantité autorisée d’anti-douleurs prescrits après une blessure : trois jours maximum au lieu de cinq pour limiter le risque d’addiction...

Jusqu’à présent la mesure la plus efficace a été la mise en place du programme de protection des ordonnances qui permet de savoir si un patient a reçu plusieurs ordonnances d’anti-douleurs de différents médecins. Mais en limitant les ordonnances, les patients accros se tournent alors vers le marché noir ou vers des drogues de rues, comme l’héroïne.

Enfin, le grand chantier à améliorer est celui des traitements de désintoxication. Aujourd’hui, il y a un manque cruel d’infrastructures pour accueillir les personnes devenues accros. Par exemple, à Everett où nous sommes allés tourner ce reportage, il n’y a que 18 lits pour 100 000 habitants. Résultat : face au manque de prise en charge et de structures d’accueil adéquates, les héroïnomanes interpellés dans la rue sont souvent envoyés en prison... Et subissent une désintoxication forcée derrière les barreaux, sans aucune prise en charge psychologique et médicale.

À l’issue de ce reportage, le plus frustrant pour nous a été de réaliser que tout le monde parle de cette crise... mais que rien ne change. Chaque jour, des milliers d'Américains continuent à mettre leur vie en danger, sans même le savoir.

Par Valérie DEFERT , Battiste FENWICK , Romain JANY

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