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Kamuina Nsapu, le nouveau groupe armé qui déstabilise la RD Congo

© Junior D Kannah, AFP | L'armée congolaise combat depuis août 2016 les militants de Kamuina Nsapu dans les trois provinces du Kasaï, dans le Sud de la RDC.

Texte par Rémi CARLIER

Dernière modification : 27/02/2017

Trois vidéos diffusées récemment montrent le massacre de villageois par de supposés soldats congolais. Tout porte à croire que les victimes sont des membres du mouvement armé Kamuina Nsapu, qui lutte pour la valorisation des droits coutumiers.

Plusieurs vidéos, montrant des hommes en uniforme de l'armée congolaise perpétrant des massacres en République démocratique du Congo (RD Congo), se sont répandues cette semaine sur les réseaux sociaux. Face à une importante réaction internationale, le gouvernement, qui avait d’abord évoqué un "montage ridicule", a annoncé mercredi 22 février qu’il enquêtait sur ces faits. Dans l’une des vidéos, les hommes, femmes et enfants insultés et tués par des assaillants en uniforme sont identifiés comme des miliciens Kamuina Nsapu.

Les trois provinces du Kasaï, en RD Congo

Ce groupe armé a fait récemment son apparition dans les trois provinces du Kasaï, dans le centre du pays. Depuis juillet 2016, de nombreux affrontements avec les forces de sécurité ont fait plusieurs centaines de victimes, avec un bilan très lourd du côté des insurgés.

Lutte en faveur des pouvoirs coutumiers

La milice a pris le nom du chef traditionnel Kamuina Nsapu, de son vrai nom Jean-Pierre Pandi, un ancien médecin né en 1966 à Tshikula (ex-Kasaï-Occidental). Début 2016, il milite pour la prise en compte par le gouvernement de ses charges coutumières et pouvoirs mystiques. "Kamuina Nsapu (…) a fustigé la négligence de l'État congolais depuis son accession à l'indépendance, et a recommandé de reconnaître et faire fonctionner le pouvoir coutumier, émanation naturelle de la nationalité", expliquait en janvier le vice-Premier ministre congolais, Emmanuel Ramazani Shadary.

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Qualifié d’"illuminé" par les autorités, le chef coutumier lance en avril 2016 une opération de rébellion, après que des policiers ont perquisitionné chez lui en son absence, maltraitant des membres de sa famille. Il exhorte alors "tous les jeunes, mus par une fibre révolutionnaire, de défendre le sol congolais contre la présence des mercenaires étrangers et leur gouvernement d'occupation".

Quelques mois plus tard, au début du mois d'août, Jean-Pierre Pandi, à la tête de plusieurs centaines de miliciens, fait ériger des barricades autour de son village et dans le secteur environnant de Tshimbulu, dans le Kasaï-Central. Plusieurs policiers sont tués, ce qui conduit à une intervention des forces armées congolaises. Les affrontements font 19 morts, dont 11 policiers. Le leader des miliciens, Jean-Pierre Pandi, fait aussi partie des victimes.

Enterré par les autorités sans respect du rite traditionnel, le chef coutumier est considéré comme toujours vivant par ses partisans qui, loin de rendre les armes, étendent leurs actions de protestation aux régions voisines du Kasaï et du Kasaï-Oriental (où l’une des vidéos est supposée avoir été tournée). Fin septembre, ils dirigent une expédition punitive sur Kananga, capitale du Kasaï-Central, pour venger leur leader. Les miliciens, extrêmement mobiles, multiplient les accrochages contre les forces de sécurité et incendient ou pillent de nombreux bâtiments ou symboles étatiques. La riposte de l’armée est féroce. "Entre le 22 juillet et le 30 octobre, lors de 17 incidents différents, 117 personnes auraient été tuées par les soldats", s’alarmait Ban-Ki moon, alors secrétaire général de l’ONU, dans son rapport de décembre sur la mission de l’ONU en RDC (Monusco). "Les soldats ont ouvert le feu sans discrimination contre des civils", ajoutait-il.

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Toujours selon les autorités, les miliciens, "âgés de huit à plus de 40 ans", sont principalement équipés d’armes blanches (machettes, flèches ou lance-pierre) et de quelques armes à feu, et ceignent leur front d’un bandeau rouge, comme les hommes et femmes que l’on peut voir sur les vidéos de massacre. La Monusco, qui dispose d’une compagnie de Casques bleus uruguayens et d’une équipe de monitoring dans la région, enquête actuellement sur les éventuelles violations des droits de l’Homme par les deux parties. Mais ils n’ont pas encore pu évaluer le nombre exact de victimes, certainement supérieur à 200.

Désacralisation des pouvoirs coutumiers

En écho aux violences entre l’armée et les miliciens, de nombreux chefs coutumiers des trois Kasaï s’inquiètent d’une désacralisation par l’État des charges coutumières, qui pourrait remettre en cause leur succession. Plusieurs députés de la région ont réagi en ce sens après la diffusion des vidéos de massacres.

"Il revient aux autorités à tous les niveaux, provincial et national, de trouver une solution à ce problème né de leur gestion du pouvoir coutumier", déclare à l’AFP le député de la majorité Ibrahim Ikulu. Le député d’opposition Corneille Musuasua assure pour sa part que la situation se calmera si les autorités "remettent le corps de Kamuina Nsapu" pour "des obsèques dignes" d’un chef coutumier.

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En janvier 2017, le vice-Premier ministre congolais affirmait qu’"il a été prévu d’exhumer le corps et de le remettre aux membres de la famille habilités à organiser les funérailles selon le rituel coutumier approprié". Mais peu d’éléments ont filtré depuis, l’accès aux informations officielles étant restreint dans la région. Entretemps, les nouvelles de combats continuent de tomber chaque semaine.

"C’est très préoccupant car l’Ouest est resté calme pendant très longtemps, et maintenant on voit des foyers de tensions qui naissent un peu partout", commente à France 24 Félix Prosper Basse, porte-parole de la Monusco.

Lien avec l’UDPS

"La mort du leader a eu un effet boule de neige, et sa communauté ne s’est pas calmée. On peut penser que cet assassinat s’inscrit dans la crise politique actuelle", estime Thierry Vircoulon, chercheur associé à l’Ifri, spécialiste de l’Afrique centrale, contacté par France 24. Selon lui, le chef coutumier avait probablement un lien avec le parti d’opposition Union pour la démocratie et le progrès social (UDPS, fondé par Étienne Tshisekedi), dont les trois provinces du Kasaï sont un bastion.

Ainsi, l’instabilité de la région, qui n’est pas sans arranger certaines parties au pouvoir, pourrait s’inscrire dans une logique plus globale. "Depuis la fin de l’année dernière, on constate un emballement des conflits avec plusieurs foyers (Kasaï, Tanganyika, Nord-Kivu). Ce qui est inquiétant, c’est de voir ces conflits inter-communautaires prendre de l’ampleur, on craint qu'ils soient instrumentalisés. Chacun peut y trouver son avantage, au sein du pouvoir central comme de l’opposition", prévient Thierry Vircoulon.

Félix Prosper Basse, qui "ne se prononce pas" sur ces éventuelles considérations politiques, confie néanmoins que "c’est assez étrange que, d’un seul coup, tant de régions s’embrasent dans le pays".

Première publication : 23/02/2017

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