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FRANCE

Présidentielle 2017 : les résignés de Villetaneuse

© Ségolène Allemandou | À l'image de Mamadou, de nombreux jeunes de Villetaneuse n'iront pas voter à la présidentielle d'avril et mai.

Texte par Ségolène ALLEMANDOU

Dernière modification : 04/03/2017

En 2012, François Hollande avait réalisé à Villetaneuse, en région parisienne, son meilleur score lors du second tour de la présidentielle. Cinq ans plus tard, certains électeurs ne cachent plus leur déception et sont même tentés par l'abstention.

Entre ses rues quasi-désertes et son centre-ville fantôme, Villetaneuse n’a rien de très accueillant. Même les 24 000 étudiants de l’Université Paris-13, campée dans le sud-ouest de la ville, ne viennent pas s'immiscer dans ce décor.

Ville de banlieue enclavée entre Saint-Denis, Épinay-sur-Seine et Pierrefitte-sur-Seine, seule la ligne 8 du tramway, opérationnelle depuis décembre 2014, vient casser le quotidien des 13 000 Villetaneusiens. Aux abords de la station Pablo Neruda, les ouvriers s’activent, mardi 21 février, pour achever le chantier d’agrandissement de la bibliothèque universitaire Paris-13, qui doit être inaugurée en avril prochain. 

“C’est bien beau de la rénover la banlieue, mais on galère toujours autant pour trouver du boulot", déplore Marwan, Villetaneusien de 22 ans. © © Ségolène Allemandou

“Ils se fichent des quartiers, nous aussi on se fout d’eux”

Ce bâtiment en acier inoxydable laisse indifférents les quelques chômeurs qui se rendent à la Maison de l’emploi, située juste en face. “C’est bien beau de la rénover la banlieue, de nous mettre des beaux bâtiments, mais pour nous rien ne change, on galère toujours autant pour trouver du boulot, déplore Marwan, 22 ans qui s'y rend une fois par semaine depuis le début de l’année pour envoyer des CV.

Pour ce jeune homme au sweat à capuche, les politiques “ne comprennent rien à ce qu’attendent les Français”. “Ils ne viennent jamais sur le terrain, ils ne se rendent pas compte de la réalité, s’emporte-t-il. Marwan, qui habite la cité Allende juste à côté, recherche un poste de technicien de surface “‘n’importe où, de jour ou de nuit” afin d’“aider [s]a mère qui a trois enfants à charge et qui ne travaille pas”.

Pour sortir de son “quotidien de galère”, il sait qu’il ne peut pas compter sur les politiciens. “Ils s’en fichent des gens des quartiers, donc nous aussi, on s’en fout d’eux”. Estimant qu’il n’a “rien à gagner avec eux”, Marwan a décidé qu’il n’ira pas voter pour l'élection présidentielle.

“Cinq ans après, François Hollande n’a rien fait”

Dans ce bastion communiste depuis 1945 et où François Hollande a réalisé son record de voix lors du second tour de la présidentielle en 2012 (78,2 %), Marwan n’est pas le seul à être désabusé. À ses côtés, Fanir, 23 ans, tance : “Il est venu dans nos quartiers en 2012 juste pour récupérer nos votes avant les élections mais après, on ne l’a jamais revu”, reproche-t-il. À l’époque, le candidat socialiste avait suscité un grand espoir au sein des classes populaires face à un Nicolas Sarkozy “bling-bling”, provoquant une vague rose dans toute la Seine-Saint-Denis lors du second tour de l’élection présidentielle : pas moins de 14 villes du département l'avait crédité de plus de 70 % des voix.

Rapidement, les Villetaneusiens ont déchanté. Fanir, à la recherche d’un emploi dans la fibre optique, constate que “cinq ans après, on peut dire que François Hollande n’a rien fait !”. Un avis largement partagé à en croire une consultation citoyenne lancée dans le cadre de l'élection présidentielle par le collectif 2017avecnous sous la houlette du militant associatif Dieunor Excellent, auprès de 300 habitants de Villetaneuse et de Saint-Denis entre novembre 2016 et février 2017. Selon ce sondage, 80 % des personnes interrogées déclarent que leur quotidien ne s’est pas amélioré durant son mandat.

Force est de constater que le chef de l’État n’a pas tenu toutes ses promesses en banlieue : la circulaire contre les "délits de faciès" lors des contrôles d'identité n’a jamais été mise en place, le référendum destiné à statuer sur le droit de vote aux élections locales des étrangers n’a jamais eu lieu, ni le rétablissement de la police de proximité.

Près de 26 % de chômeurs

Mais l’échec le plus cuisant du quinquennat dans les quartiers prioritaires reste le chômage, dont le taux reste deux fois et demi plus élevé que la moyenne nationale, selon la Cour des comptes. Aujourd’hui à Villetaneuse, il est de 25,7 %. Ayant “bien compris que les candidats à la présidentielle n’allaient pas me trouver un travail”, Fanir n’a pas prévu “d’aller voter car ça ne va pas changer ma vie”’, ajoute-t-il.

L’emploi figure parmi les premières préoccupations des Villetaneusiens et de leurs voisins Dyonisiens (28 %), devant l’éducation (24 %) et la sécurité (10 %), selon la consultation citoyenne. “Le chômage touche à la fois les jeunes qui ont fait des études supérieures et ceux qui n’ont pas d’accès à la formation”, constate la maire de la ville, Carinne Juste. Et Dieunor Excellent, élu de l’opposition sans étiquette, âgé de 39 ans, de préciser : “Ceux qui trouvent un emploi et qui réussissent finissent souvent par quitter la ville”, note-t-il.

Les sans-emploi se raccrochent aujourd’hui à “la seule institution concrète” qui a trouvé grâce à leurs yeux : la Maison de l’emploi, financée par la communauté urbaine Plaine commune et l’Union européenne. “Ici, ils t’appellent directement le matin dès qu’ils ont une offre pour toi. À chaque fois que j’ai trouvé un travail, c’était grâce à eux, c’est pour ça que je reviens ici à chaque fois qu’un CDD se termine”, explique Fanir. “Les conseillers sont vraiment impliqués. Bien plus que la maire de la ville ou François Hollande !, tacle-t-il. Pas de blabla, juste des actes”.

Durant son mandat, le gouvernement de François Hollande a créé les 300 000 emplois d’avenir promis, destinés en priorité aux jeunes non diplômés. Des formations complémentaires, dont certaines sont certifiantes, sont également dispensées à la Maison de l’emploi.

“Dans leur programme, y’a rien sur les banlieues”

Dans les locaux, un groupe de cinq jeunes suit une formation en informatique. “Nous, c’est grâce à François Hollande qu’on peut la faire”, lance fièrement Mamadou, 19 ans. Avec son visage rond barré d’un grand sourire, il nuance : “Mais je ne voterai pas non plus, ce sont tous des rigolo !”, poursuit le jeune homme avec son bonnet à la marque crocodile. “Le problème, c’est que personne n’est convaincant”, surenchérit son ami Mathieu, le seul du groupe qui habite dans le quartier pavillonnaire de la ville. “Dans leur programme, y’a rien sur les banlieues”, déplore-t-il.

Le quotidien des quartiers populaires n'est pas un enjeu de campagne. Les candidats ont davantage misé sur des mesures pour l'emploi et la sécurité : François Fillon veut notamment supprimer la carte scolaire quand Emmanuel Macron parle de “la modifier pour mettre fin aux écoles ghettos”. Benoît Hamon et Jean-Luc Mélenchon plaident, eux, pour l'instauration d'une nouvelle carte scolaire.

Certes écœurés par les politiciens, ils ne boudent pas la politique pour autant. Les trois jeunes n’excluent pas un sursaut démocratique “si Marine Le Pen passe au premier tour”. “Alors là, bien sûr, on ira voter contre elle”, pondère Mathieu. De son côté, Mamadou aimerait “créer un parti politique”, pour lutter, entre autre, contre le racisme. “J’ai trop la haine contre l’État et l’Éducation nationale, je me suis tapé tellement de profs racistes. Il y a trop de discriminations en France”, juge-t-il. Le jeune étudiant souhaiterait également “aider les jeunes, vraiment”. “Il y a trop de décrochages scolaires, s’insurge-t-il. Les élèves sont envoyés dans des filières qu’ils n’aiment pas vraiment !” en faisant référence aux 12 voeux émis lors des inscriptions en BTS.

“J’ai eu mon dernier choix alors que j’ai des notes au-dessus de la moyenne !”, se lamente-t-il. Son ami, Mathieu, a vécu la même expérience malgré une moyenne de 12/20. Résultat : Ils se retrouvent dans des filières par dépit qui ne les motivent pas. “Il faudrait un système scolaire comme aux Etats-Unis, avec une filière identique pour tout le monde. De la 6eme au BAC”, argue-t-il.

“On n’a même pas droit à un commissariat !”

Un peu plus au nord de la ville rouge, qui compte plus de 70 % de logements sociaux, Jacky, 43 ans, locataire de la cité Victor Hugo, reproche également aux politiques de ne pas venir sur le terrain pour se rendre compte du manque de moyen en matière de sécurité. “On n’a même pas droit à un commissariat alors que des mères de famille et même le médecin se font agresser dans la cité vers 19 heures”, vitupère-t-il. “Où passent les 1080 euros d’impôts locaux que je reverse à l’État chaque année ?”

Les Villetaneusiens dépendent du commissariat d’Épinay-sur-Seine, la ville voisine. “Mais quand on les appelle, ils nous disent qu’ils sont en sous-effectif”, soupire-t-il. “On manque de moyens humains”, confirme la maire Carinne Juste, qui “préfère miser sur la prévention en déployant trois médiateurs et en installant des caméras dans certains quartiers de sa ville”, où la délinquance reste, selon elle, “très mesurée”.

Dans leur programme, les candidats ont proposé des mesures sécuritaires avec le renforcement des forces de l’ordre : Marine Le Pen, qui souhaite mettre en place un "plan de désarmement des banlieues" et de "reprise en main par l'État de zones de non-droit" en ciblant "5 000 chefs de bande", propose de recruter 15 000 policiers et gendarmes contre 10 000 postes pour l'ex-ministre de l'Économie Emmanuel Macron et 5 000 pour le socialiste Benoît Hamon. Ce dernier et le candidat de La France insoumise Jean-Luc Mélenchon appellent également à lutter contre les contrôles au faciès et plaident pour la mise en place d'un récépissé lors des contrôles d'identité. De son côté, François Fillon veut "renforcer le rôle" des policiers municipaux.

Dans la cité Victor Hugo de Villetaneuse, les locataires n’ont pas encore choisi leur candidat pour la présidentielle. © © Ségolène Allemandou

Le maintien de la candidature du candidat LR à la présidentielle, malgré les soupçons d'emplois fictifs qui pèsent sur lui, ne fait qu'ébranler davantage la confiance des électeurs envers les élus. Les mains glissées dans son jogging bleu et vert, Jacky ne cache pas son incrédulité sur l’affaire Penelope Fillon. “Il est déjà bien payé comme député mais faire travailler sa femme en plus alors qu’il y en a qui crève de faim. Non mais quelle honte !”, s’insurge-t-il.

Il se dit aussi “résigné” devant les élections en général, rien qu'à observer la politique locale, qu’il soupçonne de clientélisme. “Après les municipales de 2014, certaines personnes ont subitement bénéficié d’un nouveau logement social, plus grand, alors que alors j’en connais qui ont fait la demande depuis bien plus longtemps et qui attendent toujours”, dit-il en désignant son ami en face de lui Amid, 45 ans, qui vit dans un F3 avec ses trois enfants et qui attend un F4 depuis huit ans maintenant. “Y’en a marre des passe-droits”, s’emporte-t-il. La maire de la ville Carinne Juste dément tout favoritisme dans l’attribution des logements “qui se fait de façon anonyme”.

“Ni Fillon le voleur, ni Macron la girouette, ni Hamon la couleuvre”

Malgré tout, Jacky prévoit de se rendre aux urnes le 23 avril prochain. Quel bulletin glissera-t-il dans l'urne ? Il hésite encore. “Ce ne sera ni Fillon le voleur, ni Macron la girouette ni Hamon la couleuvre. Y’a Mélenchon, je ne sais pas ce qu’il vaut… “, analyse-t-il. Quid de Marine Le Pen ? “Par moment, je me dis que je vais voter pour elle. Elle a des convictions qui me plaisent : elle veut fermer les frontières, ce qui est bien pour éviter les attentats en France”, analyse-t-il avant de préciser : “Y’a juste l’économie, je ne sais pas ce qu’elle vaut…”

Sur cette question, Anne, qui vit aussi dans la cité, a un tout autre point de vue. Divorcée avec deux enfants à charge, cette mère de famille de 42 ans qui ne perçoit plus l’Aide personnalisée au logement (APL) parce que ses revenus “dépassent le plafond de la CAF de 20 euros”, veut encore croire en la gauche. “Mais pour l’instant, personne ne m’a encore convaincue. La question est, selon moi, qui veut vraiment changer les choses ? J’attends de voir”.

“Pourquoi ne pas reconnaître le vote blanc ?”

Tout aussi amer que les autres, Stéphane, ce père de 3 enfants âgé de 46 ans, estime que les politiciens ont atteint un point de non retour. “Aujourd’hui, ça devient vraiment n’importe quoi. Vous vous rendez compte que Fillon avait basé sa campagne sur son honnêteté ?!”, fulmine ce cuisinier dans la restauration scolaire. “Vous allez voir qu’on va finir par regretter Hollande qui, certes, n’a pas fait de miracle, mais c’est le seul président qui ne traîne pas de casseroles”, souligne le quadragénaire. Pour la première fois, il envisage de voter blanc. “Pourquoi ne pas enfin reconnaître ce type de suffrage ?”, lance-t-il.

Par ailleurs, 60 % des Villetaneusiens de l’étude menée par 2017avecnous affirment ne pas encore savoir pour qui voter. Selon Dieunor Excellent, “il existe encore un espace pour convaincre et proposer des choses aux habitants des quartiers populaires". 

Première publication : 04/03/2017

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