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Economie

La fosse aux "bro" : des anciens de la tech racontent "l'enfer" de la Silicon Valley

© Studio Graphique France Media Monde | Le "bro" est un mâle, blanc, qui croit qu'il est encore dans une confrérie d'université alors qu'il travaille pour certaines des plus puissantes entreprises du monde.

Texte par Sébastian SEIBT

Dernière modification : 14/03/2017

Deux anciens leaders de la tech mondiale ont détaillé, durant le festival de l’innovation SXSW, à Austin, les dérives de la Silicon Valley. Ils décrivent cette "culture bro", qui consiste à vivre comme des "frères" dans un esprit ultra compétitif.

Les récents scandales qui ont frappé Uber ont révélé au public une partie de la culture de la Silicon Valley, mêlée d'arrogance et de machisme. Des dérives qui ne concernent pas seulement le géant des VTC. Elles sont même monnaies courantes dans l'épicentre californien de la tech, d’après deux "rescapés" venus livrer leur témoignage lors du festival de l’innovation South by Southwest (SXSW) d’Austin.

Le "bro" roi de la jungle tech

Les récits d’Antonio Garcia Martinez, un ancien de Facebook, et de Dan Lyons, un vétéran du journalisme qui a tenté pendant plus d’un an de travailler dans une start-up, sont précieux. Décrire la réalité de la Mecque de la tech est "un tabou", comme le note le New York Times. Difficile de critiquer ouvertement le milieu qui vous nourrit et paye des salaires mirobolants.

Antonio Garcia Martinez déballe tout dans son livre "Chaos Monkeys : Obscene fortune and Random failure in Silicon Valley" (Les singes du chaos : des fortunes obscènes et des faillites aléatoires dans la Silicon Valley). Il y détaille les coups bas qui constituent le quotidien dans la Silicon Valley, ainsi que la mentalité de "la gagne à tout prix" qui domine les rapports humains. Ce best-seller du New York Times, sorti l’an dernier, a d’autant plus de force qu’Antonio Garcia Martinez est un ancien de Wall Street, un autre univers impitoyable. Il a quitté Goldman Sachs en 2008, lorsque tout s’effondrait autour de lui, espérant se réfugier dans un oasis de paix en Californie. "J’y ai trouvé un enfer", assure-t-il.

Son parcours, qui a duré quatre ans, ressemble pourtant à un conte de fée tech. Il cofonde une start-up, la revend 10 millions de dollars à Twitter, part travailler pour Facebook, quitte le géant des réseaux sociaux après deux ans et retourne conseiller Twitter. Mais derrière les apparences, il y a la "culture bro" – qu’il décrit comme venimeuse. "Ils vivent tous comme des frères (bro) de fraternité d’université, avec un esprit ultra-compétitif et des comportements de gamins de 20 ans transposés dans un univers professionnel", précise-t-il.

Coder Facebook aux toilettes

"Par exemple, alors que j’étais en train de passer des entretiens pour travailler chez Facebook, je me suis rendu aux toilettes, et là j’ai entendu un gars qui tapotait frénétiquement sur son clavier d’ordinateur tout en étant en train de faire ses besoins. Il écrivait le code de Facebook sur les toilettes. Il se sentait obligé de travailler pour ne pas perdre la moindre seconde", raconte Antonio Garcia Martinez. Il remarque aussi, ce jour-là, des brosses à dents sur le rebord des lavabos car "les gens dormaient réellement dans le bâtiment de Facebook comme si c’était une simple maison d’étudiants alors que le groupe générait déjà à l’époque plus d’un milliard de dollars de revenus".

Il ne s’épargne pas non plus lui-même. Il raconte qu'il roulait à toute vitesse dans des voitures hors de prix et fabriquait lui-même de la bière sur le campus de Facebook. Comme un adolescent attardé qui a trop d’argent de poche. Pris dans cette "culture bro", il a même fait un enfant à une femme qu’il connaissait à peine. "J’étais un trou du cul", reconnaît-il.

Antonio Garcia Martinez décrit comme personne les dérives de la Silicon Valley. Mais il n’explique pas vraiment comment on est passé de ce qu'il appelle "l’âge des Steve Jobs, ces hippies qui ont atterri à la Silicon Valley après avoir échoué leurs études et ont inventé des choses, à celui des ‘bros’ sortis des meilleurs écoles".

Les investisseurs, "bros" en chef

Dan Lyons, lui, a tenté de donner un sens à cette évolution. Cet ancien de Forbes et Newsweek s’est aussi heurté de front à cette culture très particulière, alors qu’il avait cherché à changer de camp en passant du journalisme à celui de salarié d’une start-up.

Il a constaté que dans le secteur tech "on ne fabrique plus des produits, mais plutôt de l’argent". Les fondateurs de jeunes pousses sont obsédés par la croissance, sans s’intéresser vraiment à la pérennité de leur produit, afin de se faire racheter à prix d’or ou de faire une juteuse introduction en Bourse. "Sur les 60 introductions en Bourse d’entreprises tech depuis 2011, seules 10 font aujourd’hui des profits", souligne-t-il.

Pour nourrir cette croissance, les start-up ont besoin de fonds qui leur sont fournis par des investisseurs. "Ce sont eux les vrais maîtres de la Silicon Valley", affirme Dan Lyons. Leur nombre a quadruplé depuis 1995 et l’argent qu’ils ont investi a aussi été multiplié par quatre.

Ils sont les "bros" en chef. Majoritairement des hommes blancs, ils viennent d’universités prestigieuses et ont fréquenté les grandes confréries. "C’est l’un des rares corps de métier où le nombre de femmes a baissé ces dernières années", souligne le journaliste. Ces investisseurs choisissent des projets de start-up qui les rassurent, qui leur donnent l’impression de comprendre le fonctionnement du ou des fondateurs. C’est pour ça "qu’ils misent sur des gens qui leur ressemblent et ont ainsi largement favorisé la domination des ‘bros’ à la Silicon Valley", explique Dan Lyons.

Pour Antonio Garcia Martinez, c’est une réalité que ceux qui veulent travailler à la Silicon Valley doivent garder à l’esprit. Il faut avoir un certain profil pour survivre dans cette jungle. Lui a préféré s’acheter un bateau avec lequel il compte traverser le Pacifique, l’un des endroits les plus déconnectés du monde.

Première publication : 14/03/2017

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