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FRANCE

Accusé d'interdire son bar aux femmes, le patron d'un café de Sevran porte plainte

© Patrick Kovarik, AFP | Le bar PMU incriminé par le reportage de France 2 se situe à Sevran en Seine-Saint-Denis.

Texte par Bahar MAKOOI

Dernière modification : 16/03/2017

Le propriétaire d’un café de Sevran décrit comme interdit aux femmes dans un reportage a, d’après son avocat, porté plainte contre France Télévision. Plusieurs contre-enquêtes montrent que ce bar PMU de Seine-Saint-Denis n’est pas réservé aux hommes.

Accusé dans un reportage de France 2, d’avoir refusé l’accès aux femmes dans son café de Sevran, Amar Salhi, le patron de ce bar PMU de Seine-Saint-Denis a porté plainte contre France télévision pour diffamation et provocation à la haine raciale, annonce son avocat, Farid Bouzidi dans un article du Bondy Blog le 10 mars 2017.

"Le reportage contient des propos et diffuse des images à caractère diffamatoire à raison de l’origine et de la religion supposée du propriétaire", a-t-il précisé. Amar Salhi s’est retrouvé malgré lui au cœur d’une polémique qui a alimenté le débat politique français pendant plusieurs semaines fin janvier.

À l'origine d'une polémique

Dans le sujet de France 2 diffusé le 7 décembre 2016, deux militantes de l’association locale, "La Brigade des mères", prônant le respect des droits des femmes, se voient notifiées par un client du bar qu’elles ne sont pas les bienvenues parce que "y a que des mecs dans ce café". Interviewées à la suite de cet échange, elles mettent l’agressivité ambiante sur le compte de "la tradition, la culture et la religion" d’après le commentaire de la journaliste de France 2. "L’islam, ils [les hommes de ce quartier populaire] l’ont mixé (...), tout est interdit alors qu’on est en France", explique l’une des militantes.

Le reportage a suscité de nombreuses réactions, chez des partisans de François Fillon notamment, comme Valérie Boyer, qui a parlé d’un "reportage effrayant", au Front national, où Florian Philippot a dénoncé "des décennies de soumission", mais aussi au parti socialiste, avec Axelle Lemaire, secrétaire d’État au numérique à l’époque - et soutient de Benoit Hamon aujourd’hui – qui a qualifié les faits dénoncés de "pratiques intolérables". Le candidat du parti socialiste, alors en lisse, Benoît Hamon, avait d’ailleurs été pris à parti par la droite et par son propre camp, l’accusant de minimiser la non-mixité des lieux publics dans "certains quartiers populaires".

Des affiches publicitaires de grandes marques d’alcool

Se confiant à une journaliste du Monde, Amar Salhi, s’est pourtant défendu contre toute accusation d’intégrisme dans le bar qu’il tient depuis sept ans. "Si j’étais un intégriste, il n’y aurait ni alcool ni jeux", explique-t-il au quotidien français le 3 février. Dans une contre-enquête publiée par le Bondy Blog, les constatations des journalistes du média en ligne vont dans le même sens. Au mur de ce café PMU, Nassira el Moaddem décrit des "affiches publicitaires de grandes marques d’alcool", comme on en trouve dans de nombreux bistrots traditionnels. Au comptoir, des hommes en majorité s’adonnent aux "jeux de grattage" et aux "courses hippiques", ce qui entre en contradiction avec les pratiques recommandées par un islam rigoriste. Le Coran mentionne que les jeux de hasard et la consommation d’alcool sont interdits.

La journaliste, qui s’est rendue plusieurs fois sur place, y a rencontré des femmes, habituées des jeux de grattages elles aussi. "Je suis de confession israélite, juive marocaine. Ils m’ouvrent toujours leur porte, je sais que si j’ai un problème, je peux compter sur eux", témoigne l’une d’entre elle.

Le client aux propos violents regrette

Autre fait marquant : Amar Salhi soutient qu’il a invité les deux témoins du reportage "à s’installer et à consommer", ajoutant qu’il a même voulu les inviter à boire un verre après l’altercation, pourtant cet épisode ne figure pas dans le reportage.

Du reste, sur la vidéo tournée en caméra cachée par les deux femmes, on entend des propos lourds de sens, clairement intimidants, et émanant d'un client qui s’adresse aux militantes en ces termes : "Dans ce café, il n’y a pas de mixité. On est à Sevran, on n’est pas à Paris. T’es dans le 93 ici ! C’est des mentalités différentes, c’est comme au bled". L'homme en question, interrogé lui aussi par le Bondy Blog, tente une justification en jurant que les deux militantes l’ont "provoqué". Il dit regretter ses paroles, et assure avoir proposé de leur offrir une consommation une fois l’incident clos, déplorant que ce passage n’ait pas été gardé au montage.

L'avocat d’Amar Salhi déclare, quant à lui, avoir demandé par voie d'huissier, de pouvoir récupérer la cassette de la vidéo filmée en caméra cachée dans le café de son client. Ce qui n’a pas été possible, explique-t-il à l’Express, car la chaîne se protège derrière le "secret des sources", selon lui.

En attendant que la justice fasse son travail, Amar Salhi se désole, depuis la diffusion du reportage, il a vu sa clientèle chuter de 10 à 15 %. Ironie du sort, son bar PMU de banlieue parisienne "Le Jockey Club", porte le même nom qu’un établissement cossu situé lui dans le 8e arrondissement de Paris, un club élitiste pour gentlemen, dont les femmes sont, cette fois, véritablement exclues.

Première publication : 16/03/2017

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